Wil et la louve - 9 janvier 2016

Nous voici arrivés, Régis et moi, au Cloître Saint Thégonnec, pour notre premier trail de l'année 2016 : le trail « Entre chiens et loups » réputé pour son relief et sa boue. Et en parlant de cette dernière nous allions être particulièrement gâtés.

Le temps était très maussade pour partir de Brest et nous vîmes plusieurs fois les éclairs vers les monts d'Arrée et le pays de Morlaix : Zeus va être présent parmi les coureurs, en plus de Nyx et Eole !

Garés non loin du musée du loup, au Cloître Saint Thégonnec, nous allons vers la grande salle commune pour retirer les dossards. On y croise un jeune traileur qui doit approcher V3 qui nous demande comment se couvrir (coupe vent ou manche longue) : réponse catégorique de Régis, manche longue car coupe vent ça risque d'être trop chaud. J'avais à peu près la même réponse sans regret malgré les éléments qui allaient venir nous jouer des tours et mettre notre détermination à rude épreuve.

Dans la salle commune, le retrait des dossards se fait sans difficultés, Régis rencontre des copains plongeurs et j'en profite pour regarder le parcours sur une carte de courbe à niveau : il y a de belles bosses qui s'annoncent et ça semble assez sinueux. Ça ressemble à une grande boucle sinueuse autour du Cloître St-Thégonnec qui part vers l'Est en passant par le Nord puis l'Ouest et qui revient par le Sud en faisant le tour complet des environs du bourg.

Nous repartons rapidement vers la voiture car le temps passe vite.

Après s'être habillés et mis en place le dossard avec les épingles (j'ai oublié mon porte-dossard, j'en profite pour prendre une deuxième frontale à la ceinture dans une pochette), nous croisons Céline qui est venue, parce que c'est pas très loin de chez elle, et qui avait envie de se tester sur ce trail de nuit. Elle nous dit qu'en même temps elle appréhende un peu la boue. Nous sommes un peu inquiets pour elle mais au final nous saurons que ce n'était pas utile.

Un peu plus loin, c'est Rémi, qui va pratiquer son 2ème trail de nuit seulement après la Noz Cavalcade de fin décembre, que nous retrouvons et nous partons ensemble faire un petit échauffement.

Nous voici donc en train de faire des « gammes » comme dit Régis : montée de genoux, pas latéraux, etc... puis nous nous redirigeons vers la ligne de départ, en face du musée du loup pour nous mettre en place et chercher une place dans le premier tiers, histoire de ne pas trop subir de rétrécissement, comme Régis le prévoyait. Il est à ce moment à H – 4 min….

A peine arrivés derrière les coureurs du fond, nous entendons le top départ, facilement 2 min trop tôt et alors que nous ne sommes pas placés. Trop tard pour assurer, il va falloir limiter la casse et envoyer durant les quelques centaines de mètres de la ville. Je perds tout de suite Régis, qui part comme une flèche vers l'avant, je perds rapidement Rémi, derrière moi et je me retrouve en train de slalomer parmi les coureurs les plus lents pour remonter ce paquet compact. En plus, le parcours nous fait littéralement tournoyer dans la ville !

Nous abordons ensuite une descente sur le bitume au bout de la rue du Roudour et nous nous retrouvons sur le sol meuble, qui se transforme rapidement en boue.

Très vite, des monotraces se forment et vu le terrain, impossible de doubler. Un ralentissement se forme dans une très grosse étendue de boue qui suit un torrent boueux à remonter. Les monotraces s’enchaînent ensuite et sur terrain ouvert au bout d'à peine quelques km, une grêle bien glaçante se met à tomber. Je remonte mon tour de cou bien haut, descend un peu plus mon bonnet (je suis très content de l'avoir mis) et commence à regretter de ne pas avoir pris de coupe-vent, avant de me rendre compte que ça va bien. Le vent, la pluie la nuit, la boue : c'est Moncontour. La grêle en plus c'est le loup ! Un peu plus loin, je glisse sur les fesses sans gravité vers le 5ème km et me relève aussitôt. Je ne suis pas le seul et souvent les autres traileurs s'arrêtent pour aider celui qui est tombé, demander si tout va bien, c'est ça l'esprit trail. Cela fait dans les 33 min que l'on court, donc je pense pouvoir faire le circuit en 2 heures environ. Je calme un peu l'allure car jusqu'à présent j'ai pas mal envoyé pour remonter du monde et je sais qu'il faut que je ralentisse désormais sinon je risque une défaillance un peu plus loin.

Certains plaisantent, comparent le circuit avec « Holiday on Ice » (rebatisé « Holiday on mud » ou à oser les comparaison avec Moncontour).

Vers le 6ème km, revenu vers l'ouest du bourg du côté de la route de Pleyber-Christ, je fais le point : 45 minutes ! Mince, ce n'est plus bon pour tenir en 2 heures. Tant pis, du coup je reste cool et je ne regarderai plus ma montre jusqu'au bout pour bien profiter.

Il faut dire que nous enchaînons les difficultés et quelques belles montées à faire les mains sur les genoux et des descentes bien traîtres qui tournent au dernier moment.

Peu de personnes sautent les obstacles de troncs d'arbres ou encore les murets. Je suis souvent à la hauteur d'un groupe de 2 coureurs avec qui je discuterai sur la fin car un des deux est un Cavaleur.

Nous nous retrouvons en forêt, dans un calme absolu et autour de moi j'ai l’impression étrange de voir des géants silencieux qui s'élancent juste derrière moi, courent sur les côtés, arrivent à ma hauteur et s'évanouissent dans l'obscurité. Ce sont les ombres des jambes des coureurs derrière moi qui se voient sur les arbres à ma hauteur. C'est assez nouveau comme impression et je pense que c'est dû aux lampes pectorales, désormais très répandues, des coureurs derrière qui éclairent les jambes d'autres coureurs juste derrière moi.

Je croise un coureur qui cherche quelque chose, je lui demande quoi, il a perdu sa pâte de fruit dans la boue. On est vers le 7ème Km, et ça me fait penser à en prendre une.

Une étendue dans les champs arrive et je constate que la grêle a cessé et fait place à un magnifique ciel étoilé.

Vers le 10ème km, à Kermorgant, je prend un gel et peu de temps après, je vois que le ravito arrive. Je n'ai pas envie de m'arrêter, je viens d'absorber ce gel et j'ai encore un camel bien rempli pour les 6 km qui restent.

La pluie est de retour ! Vers le 13ème km nous retrouvons quelques passages sur bitume du côté du lieu dit du Voaz. Je retrouve une certaine énergie et m'élance pour la fin. Un peu plus loin, dans un chemin de tracteur, avec le choix entre les flaques de boues sur les côtés et la patinoire au milieu en bosse, je m'étale littéralement à 4 pattes, les mains en avant, dans une grande flaque de boue, la boue m'asperge le visage, les yeux et l'embout du camel.

Je reste quelques instants comme cela, les mains plongées dans la boue à reprendre mes esprits. Comme je suis seul à ce moment là, les quelques traileurs derrière moi sont encore loin quand je me relève. Je suis même contraint de plonger plusieurs fois mes mains dans l'eau boueuse pour ma laver les mains et m'essuyer le visage avec les mains.

Au bout d'un moment je me vois contraint de passer mes mains dans le cou pour attraper de la sueur pour laver mon embout de camel. J'aurais pu sortir un mouchoir mais je n'y ai pas pensé.

Vers la fin, à 1 km de l'arrivée, nous croisons le loup blanc ! Il est là à nous regarder, lui et le photographe juste derrière.

Ça y est, le retour sur le bitume est là et je peux même remonter à la hauteur des 2 collègues de tout à l'heure et du Cavaleur avec qui nous n'aurons pas arrêté de nous croiser. Vu qu'ils ont un bon rythme, j'ai l'impression qu'ils n'ont pas envie que je les dépasse et forcent aussi un peu. Aussi nous finissons ensemble tous les 3 (moi en dernier) par la rue du télégraphe vers la salle commune. Là un loup (ou plutôt une louve) à taille humaine et en peluche nous offre un joyeux hurlement à l'arrivée dans la salle et une tape dans la main. A peine plus loin sur ce « tapis rouge » avant l'arche, c'est Régis qui m'attend et me tape dans la main aussi. J'arrive sous l'arche. Je stoppe le chrono et j'ai la bonne surprise de voir que j'ai mis 1h56. Moins de 2 heures, je suis ravi. Je retrouve Régis et nous attendons Rémi. Il m'apprend que Céline a fait 5ème féminine et avec un beau chrono. Bravo pour elle, c'est génial si elle se met à réussir les trails aussi bien que la route.

Au bout d'un moment, nous convenons que Régis parte chercher son appareil photo pendant que j'attends Rémi. Celui-ci arrive au moment où Régis revient avec.

Nous faisons une petite séance photo avec la louve en peluche et sous l'arche avant d'aller vers le banquet. Malheureusement il n'y a plus de soupe, mais encore du vin chaud et du cake au jambon ainsi qu'un excellent far. J'en profite pour demander à une collègue de course que j'ai déjà croisée ce qu'elle pense de sa lampe pectorale (Régis est persuadé qu’il s’agit d’une ancienne camarade de lycée). Elle me dit très bien mais qu'elle l'a placée autour de l'abdomen car la lanière d'épaule la gêne et fait tourner la lampe. Elle estime que c'est très complémentaire de la frontale et que ça ne bouge pas. A tester donc. Un peu plus loin nous croisons 2 autres Cavaleurs avec qui nous échangeons nos impressions de « boues ». Tous trouvent ce trail particulièrement technique et difficile. Certains ne le font qu'une fois…

Avant de partir je profite de la bassine d'eau froide et des brosses pour entrer dedans pour nettoyer mes chaussures et me changer plus facilement (et ne pas trop salir la voiture de Régis). Cela sera finalement inutile car le lendemain je constaterai que mes réparations de mesh avec de la colle n'ont pas tenu sur un côté. Les chaussures sont fichues. Heureusement que je savais qu'elles étaient à bout et que le père Noël en avait prévu de nouvelles.

Je me change sur le parking, sous la pluie pendant que Régis fait chauffer sa voiture. Je me retrouve torse nu sous la pluie à enfiler un tee shirt sec et un pantalon de survêt sur le corsair que j'ai gardé. Enfin j'essaye de mettre des chaussures et chaussettes propres mais j'ai les doigts engourdis par le froid et je n'arrive pas à défaire les lacets bien serrés de mes chaussures de trail. Finalement je vais les enlever par le talon, me retrouver pied nu sur le bitume mouillé avant de réussir à enfiler des chaussettes propres sur mes pieds sales de boue et enfin des chaussures. Je vais mettre tout le retour à me réchauffer et arrêter de trembler après cet épisode sous la pluie. Un grand merci à Régis pour avoir assurer ce covoiturage. Un grand bravo encore à Céline pour sa performance et à Rémi pour son deuxième trail, très difficile.

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