Wil à Moncontour - 5 décembre 2015

Moncontour 2015 - La cambrousse 33 km de nuit

     Parti de Brest vers 12h30, j'arrive à Moncontour vers 14h30 et je monte au camping où m'attend le chalet loué par Arnaud. Je rejoins donc le lieu de mes 3 compagnons de trail, partis ce matin, dans ce qui sera un week-end mémorable : PYLG, Régis et Arnaud. Sabine et ses copines et Manu ont aussi loué un chalet dans le même camping mais ne sont pas encore arrivés.

     Il faut dire que le lieu est idéal, à 100 m à peine de la ligne de départ et d'arrivée. Arnaud et ses compères se sont chargés de tout, des courses et des dossards et je n'ai qu'à les attendre sans rien à faire.

     Je passe faire un tour dans la grande salle qui est encore bien vide. On a un petit fond musical. J'y viens pour y examiner les parcours et surtout les dénivelés, bien visible sur cette carte avec les courbes de niveau. En regardant de près la carte du 33 km, qui est plutôt au N-E de Moncontour, je constate que ce trail va vraiment être un gros morceau, et de nuit en plus ! Le 22 km est comme il y a deux ans, une grosse montée au S-W de Moncontour vers le pic de Bel air.

     Je retrouve mes compères vers 15h et nous nous reposons un peu avant de nous habiller pour la course. Vers 16h15 tout le monde se prépare. J'essaye 3 formules différentes, en hésitant pour le haut entre un manches longues dessous + tee shirt par dessus ou un tee shirt trail zippé + manchons aux bras. Finalement j'opte pour la première solution. Pour les jambes, j'ai un peu hésité avec un bas long et chaud (trop) mais finalement j'opte pour un cuissard + manchons pour les mollets.

     Je prépare mon camel rempli à bloc, zut pas de sel ! Je dilue juste du jus de raisin dans de l'eau et ça ira. Les poches se remplissent de barres, gels et pâtes de fruit.

     Avec le bonnet (du challenge Armorik trail) et la frontale sur le front, un foulard en tube (de la Cap Iroise) autour du cou, le camel, une poche (de St Divy) pour une deuxième frontale. C'est complet. PYLG nous fait la réflexion qu'on utilise bien les cadeaux des autres courses !

     Nous partons du chalet et nous dirigeons vers le départ pour y faire quelques tours de piste. Il est 16h45. On y croise Micke et Dom des BLAT entre autre. Sur ce 33 km, la première chose qui me frappe c'est d'abord que c'est nettement moins féminisé que ce que je connais d'habitude et ensuite que tout le monde a l'air d'être très pro dans l'équipement et l'allure (ça se voit). Je ne vois pas d'amateur. Du coup je commence vraiment à me dire que c'est du lourd cette course. Il y a des grosses pointures qui font le défi en plus (genre C. Malardé).

     L'organisateur nous fait le briefing avant course et pour une fois tout le monde écoute. Il nous montre les panneaux jaunes et rouges équipés de marques réfléchissantes puis nous parle du parcours. La partie située après le premier ravito du 11 km va être très technique, il faut faire attention. Il nous parle alors de l'existence de la barrière horaire : surprise ! Et oui, au 21ème km, il annonce qu'il faut passer avant 20h00 soit 3h de course maximum, afin de ne pas laisser les bénévoles dans le froid trop tard. Il faut dire que le temps est sec mais que le vent souffle. Sur le stade je me dis que je suis content de ma tenue et qu'en plus j'ai un coupe-vent accroché dans le dos au camel.

     A 17h05, suite à une ambulance sur le 12 km, le départ est donné, très rapide autour du stade ! Je lâche immédiatement mes compagnons pour garder l'allure qui me convient et je me retrouve dans les 20 derniers, à vu de nez en me retournant. Il fait encore bien jour. Nous finissons le tour de stade et nous élançons dans cette magnifique ville médiévale de Moncontour. Nous entamons une descente dans la vieille ville, dans la rue de l'abbaye puis la rue de l'éperon. Je suis trop rapide, moins de 5'/km... et puis là, deux surprises : Un premier bouchon qui se forme au pied d'escaliers en bas de la rue de l'Etang Martin, qu'il va falloir monter 2 par 2. Ensuite, Sabine et Manu sont là pour nous encourager ! Du coup, j'ai le temps de discuter quelques instants avec eux. Ils n'ont pas encore pris le chalet. Manu est en forme pour son 54 km et Sabine est prête pour son 22 km avec ses copines les sénégazelles.

     Viens mon tour de monter les escaliers, je dis au revoir à Sabine et Manu et je monte en trottinant. Personne n'ose déjà marcher à 200 m du départ, or c'est ce qu'il faut faire en réalité. Arrivé en haut de ce bel escalier, nous enchaînons ensuite les vieilles rues, rue des dames, place de Penthièvre, rue du Temple, avec les maisons à colombages et les remparts qui nous offrent une magnifique vue sur la campagne environnante, très encaissée mais bien visible en cette fin d'après-midi.

     Nous descendons des remparts par la venelle du parc et nous traversons la route en bas du bourg pour débuter le chemin de terre qui se dirige vers la colline. Un peu de boue plus loin, là surprise, un deuxième bouchon et pas des moindres ! C'est un gros bouchon qui précède une montée abrupte, qui oblige à marcher un par un pour arriver jusqu'au plateau situé au dessus de nous. Ça discute barrière horaire devant moi : un couple s'inquiète. Ils se disent que ça va être chaud en 3h de parcourir les 21 km, surtout avec les bouchons actuels.

     5 bonnes minutes plus tard, c'est mon tour de grimper en marchant, mains sur les cuisses. J'arrive en haut sans difficulté et nous entamons un parcours mi champ – mi forêt où la luminosité commence à baisser. Je constate que je suis à peine à 3,5 km en 30 min. Ce n’est pas beaucoup et c'est surtout dû aux bouchons. Là, sur du plat, j'arrive à tenir mon allure marathon autour de 6'15 – 6'30/ km. Nous traversons un manoir (le château des Granges) et nous continuons pour commencer à nous enfoncer dans la forêt. Je commence à mettre la frontale en marche car la luminosité baisse et le peloton se distend tandis que les monotraces s’enchaînent.

     J'ai dépassé le couple du début depuis longtemps mais j’apprendrai par la suite qu'ils font le 22 km le lendemain (ni le petit ni le grand défi mais un sacré challenge quand même). Je fais une partie du chemin avec un V2 en orange qui a une bonne allure.

     Nous arrivons devant une première méchante descente et passons à côté une fille en bas qui est tombée apparemment sans gravité. Un collègue l'aide à se relever, pas besoin de s'arrêter. Plus loin, un gars vient de se fouler la cheville. Il commence à rebrousser chemin, c'est fini pour lui. Les rubans des lumières naviguent alors dans la campagne devenue nocturne comme une sorte de dragon chinois invisible et enfin, la nuit tombe véritablement lorsque, après avoir traversé cette partie de forêt sombre, nous nous retrouvons en plein champs amis aussi en pleine nuit du côté du Beaucadalu.

     Je fais le point avec ma montre : 55 minutes au 7ème km, j'ai donc, à cette allure, une marge de 15 minutes sur la barrière horaire. En plus le ruban de coureur est fluide, on arrive à doubler sans trop de problèmes. D'ailleurs les coureurs sont super sympa comme toujours, quand on se double on se dit bon courage. Pourtant, les difficultés commencent à s’enchaîner car le plat du champ et de la route qui a suivi est terminé et on entame une série de monotraces en forêt et en bord de champs dont certaines en dévers.

     A un moment, on descend, pour se retrouver face à un fil électrique qui borde un champ et heureusement, un bénévole de la course est là pour nous prévenir. Les bénévoles sont très attentionnés avec nous et le parcours est remarquablement bien balisé. Pourtant il n'y a qu'une marque tous les 50m mais elle est bien visible avec nos frontales.

     Par endroit, nous sommes protégés et là il fait un peu chaud, j'enlève alors mon bonnet et je retrousse les manches sur mes avants bras, ce qui me convient bien. Je me sens parfaitement bien dans la tenue choisie, c'est un sacré confort. Par contre les mollets sont durs et j'ai un doigt de pied qui me fait déjà un peu souffrir. Lorsque le vent souffle, je remets le bonnet et déplie les manches. Tout va bien, l'allure est encore bonne.

     Quelques passages d'eau plus loin et quelques bosses au-delà, le 10ème Km s'annonce à 1h30 environ.

Nous arrivons alors au premier ravito de Fetabry, au 11ème km. Un banquet fantastique nous attend ! Des tucs et du coca (formule extraordinaire découverte au TBM 37 il y a deux ans !). En effet, je n'ai pas mis de sel dans mon camel cette fois-ci. Je croyais qu'il y en aurait au chalet. J'ai juste du jus de raison dilué dans de l'eau. Le sel me manque déjà car les mollets sont de plus en plus durs.

     Je reste quelques minutes au ravito pour absorber les tucs avec le coca sans s'étouffer et compléter avec un peu de banane. Je regarde ma montre : plus de 1h30 ! Je n'ai donc plus aucune marge pour la barrière horaire. Il ne va pas falloir traîner sur cette partie qui arrive alors que je sais que je vais entamer un morceau difficile et technique de ce trail. Je repars seul et je tiens une allure moins rapide qu'au début (plutôt 7 – 8' / KM) mais tenable. J'aperçois des lumières au loin. On entend bientôt les chouettes. C'est surprenant et très « reposant ». Nous sommes du côté des Alleux et les difficultés s’enchaînent. Je suis parfois seul mais j'arrive très souvent à retrouver un groupe devant. Pour le moment, ce sont toujours des groupes que j'arrive à remonter facilement car généralement il y en a un plus lent devant mais que les autres suivent. Je butte contre une racine sur le pied droit et là, avec le mollet en extension à gauche j'attrape un début de crampe. Prudence. Nous enchaînons les troncs d’arbres en travers, dans un chemin très technique en devers sans moyen de se retenir. Parfois je double soit derrière un coureur qui passe un groupe avant moi soit devant en étant suivi par un coureur qui fait comme moi.

     Nous passons une étendue d'eau sur la gauche en contrebas. On aperçoit les étoiles dedans et c'est une partie en terrain découvert mais très calme. Là, vers le 17ème, je sens que j'ai un coup de mou et je prends un gel. Je tiens désormais une allure plutôt soutenue pour arriver avant la barrière horaire. J'accélère encore, sachant désormais très bien que là je vais le payer mais j'ai constaté qu'au 18ème je n'ai toujours pas repris de marge sur la barrière car il me reste à peine 30 minutes alors que j'aurai besoin d'au moins 35 min. Je suis en marge négative d'au moins 5 min sur la barrière ! Je raisonne et je me dis que, après tout, tant pis si je me fais bloquer car j'aurai couru comme je voulais et sans aucun regret. Donc si je ne l'ai pas, c'est que je n'ai pas le niveau !

     Avec un autre collègue, nous arrivons face à des voitures et un attroupement en train de boire une bière au 19,5 km. Ça fait penser à la barrière horaire car des coureurs se sont arrêtés, satisfait. Je ne m'arrête pas et mon collègue non plus. Il s'interroge et moi aussi. Sommes-nous passés ? Il est 2h57 environ et il faut faire les quelques 1,5 km restant ce qui n'est déjà pas jouable. En plus, nous entamons une redoutable montée au sud du hameau de Pellan qui va se révéler interminable et qui va durer jusqu'au 21 km. Ma montre m'annonce que j'ai parcouru 1 km entre le 20ème et le 21ème km en…. 15 minutes ! 15 minutes pour 1 km c'est une horreur. Arrivé en haut de cette bosse infernale, nous sommes au 21ème km et là rien ! ni barrière, ni voiture….c'était donc bien au 19,5 km qu'était l'obstacle. Je souffle un peu et mon allure ralentie nettement. Je laisse mon collègue partir. J'ai moins la pêche car la pression s'est relâchée et j'ai vraiment donné pour franchir les 21 premier km et cette côte interminable. Je me dirige désormais tout doucement sur ce plateau qui doit normalement m'emmener vers le ravito du 25 km.

     Je prends une pâte de fruit pour tenir jusqu'au ravito. Là, surprise, à peine au 22ème, se situe le 2ème ravito soit beaucoup plus tôt que prévu. Il est le bienvenu, il y avait du chaud mais je n'en aurais pas. Je mange un peu de fromage. J'ai des crampes suite à cette montée infernale du 19ème. Je remplie un peu le camel alors que j'ai encore de l'eau et cela va s'avérer inutile. J'ai largement encore du liquide dedans. Je suis content de ma frontale « chinoise », elle consomme vraiment peu et éclaire bien. Par contre elle n'est pas confortable sur le front nu et me fait un peu mal, je suis obligé de la déplacer un peu mais tans pis. J'ai une douleur à un doigt de pied depuis plusieurs km voire depuis le début. J'avais envie de m'arrêter au ravito pour ouvrir la chaussure mais comme elles sont maculées de boue, je décide de ne rien faire. La douleur étant supportable, je repars comme cela. Apparemment Dom des BLAT était là, avec l'envie d'abandonner (il nous le racontera plus tard) mais je ne l'ai pas vu. Finalement il va continuer jusqu'au bout. Je repars en descente au Nord de Pellan et La Vautenet, avec un gars qui me dit que lui a eu une tisane et que ça fait du bien. Grrr… Il me lâche. Devant moi arrive un groupe de 3 filles qui se suivent et que je finis par doubler sur des descentes pas trop raides mais un peu techniques et que j'apprécie. Elles finissent par se retrouver derrière. Je croise une autre fille avec un haut long rouge sur tee shirt rouge qui revient d'un chemin parallèle. Je pense qu'elle s'est trompée et lui dis « c'est par ici » et elle me répond « je n'en pouvais plus, il fallait que je m'arrête »... Petite méprise entre égarement et pause technique….

     Nous continuons un peu ensemble. Là je me cogne le pied et je lui dis de continuer, que je me suis fait mal aux doigts de pied sur un ongle. Je ne sais plus quand mais j'ai dû la re-dépasser plus loin. Je me recogne le pied. La fille en rouge me dépasse de nouveau en me disant « encore le pied? » je lui réponds « oui avec une crampe en plus ! ». car mon mollet gauche en extension se transforme en bloc de béton...

     Le groupe des 3 filles me rattrape et me double, je boitille pendant ce temps. Avant, c'était le couple du début qui avait une bonne allure et qui fini ces quelques 10 km à bonne allure. Là, je me trouve dans une sorte de ventre mou de la course, entre le 24ème et le 28ème qui vont être long et difficile à passer tandis que les difficultés techniques s'amenuisent : nous sommes globalement en descente après le 2ème ravito et les bosses résiduelles du parcours sont faisables même en courant. Seulement là, impossible de relancer derrière. Je repars à chaque fois péniblement sur le plat en démarrage au ralenti. Je prends un gel pour terminer la course.

     Je me traîne jusqu'à une cabane rouge que, je crois, nous a déjà accueilli à l'aller. Les gars de Quessoy qui sont dedans nous encouragent bruyamment. Attention en fait c'est un piège, car derrière, on s'élance et on tombe dans… une mare de boue jusqu’aux mollets.

     Elle passe difficilement cette mare et il faut mettre les pieds en pointe ce qui n'est pas facile avec les mollets pleins de crampe, mais j'arrive à relancer derrière. Ça va mieux, il reste 5 – 6 km après la cabane et je sens que l'énergie de la fin revient. Après quelques bosses, je rejoins le groupe des 4 filles (les 3 et celle en rouge) en train de descendre une série de cordes sur une pente très raide. La vue sur les lumières de la ville est magnifique. Je prends le temps de regarder en attendant mon tour.

     Je descends face à la pente et tout doucement, je ne suis pas en état pour faire autre chose et à ce stade il faut rester prudent. La descente des cordes se passe bien, avec un relais de bras en bras et d'une corde à l'autre, d'une pente à l'autre. Enfin, nous arrivons au tunnel sous la route du bas de Moncontour qui marque notre retour à la civilisation. Le tunnel se passe bien, l'eau est froide mais pas profonde sur le côté. Attention à la barre au plafond, et après le tunnel, en attendant mon tour pour grimper l'échelle, je me rince bien les chaussures, ce qui fait du bien à mon ampoule de doigt de pied.

     Je grimpe l'échelle en bois et là nous nous retrouvons à arpenter les pentes de la ville sur la rue des Forges puis la rue de la Pompe. Je cours toujours avec la fille en rouge mais elle va se mettre à marcher dans la grande pente de la rue Veillet du Frêche alors que je vais trottiner, ce qui fera la différence. Je dépasse plus loin les 3 filles sans aucune galanterie, elles qui avaient pris le large après l'échelle, et je me retrouve rapidement en haut de la ville rue du tertre, pour me diriger vers l'arrière du stade. Une mare de boue (dont je me souviens il y a deux ans sur le 22 km) dans un creux juste avant la bosse du stade ruine mes efforts de rinçage de tout à l'heure. Enfin voilà le stade. C'est fait ! Un petit demi tour de stade et l'arrivée par la porte de la grande salle est là. Je passe l'arche de l'arrivée à l'intérieur et je m'arrête pour me faire scanner mon dossard. 4h40 ! Je suis super content, moi qui pensais faire plus de 5h. Je rejoins vite Arnaud, Manu et Régis. Tout le monde souffle bien et les visages sont marqués. L'effort a été rude pour mes compagnons de trail également et nous nous disons tous que c'était plus dur que le TBM 37 km.

     Régis et moi on se dirige vers le ravito et on y reste un moment ; On y croise Marie-Line de Ploudal qui a fini 1ère féminine (chapeau ! et c'est Christophe Malardé qui fini premier chez les hommes), Sabine et une de ses copines qui sont venues nous féliciter. Manu quant à lui est déjà en train de dormir car il fait le 54 km le lendemain. Ce trail fut une vrai épreuve, je n'avais jamais couru aussi longtemps de nuit. Ce sera un excellent souvenir de WE, l'organisation de la course était fantastique et les bénévoles super sympa. Bravo à mes compagnons de trail et en particulier à Arnaud pour l'organisation du WE. Moncontour est déjà un rendez-vous incontournable du trail en Bretagne, il l'est aussi pour nous désormais.

 

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