Wil en duo à l'Aber Wrac'h avec ... Wil - 12 avril 2015

Le Trail de l'Aber Wrac'h,  Le Folgoët, 12 avril 2015

                      La journée commençait vraiment mal. Levé un peu avant 07h, il est 07h45 et je suis déjà en retard pour aller chercher le fils d'un collègue, Guillaume qui fait le 15 km dont c'est la première course. Autant dire, un truc à ne pas manquer. Seulement, je viens d'allumer mon téléphone et j'ai un message de PY, mon duo de l'Aber Wrac'h, qui me dit qu'il ne va pas pouvoir venir parce qu'il est malade, comme le reste de sa famille et qu'il a passé une nuit blanche. Consternation ! Que vais-je faire ? Pas le temps d'hésiter, on avisera sur place ; de toute façon je dois emmener Guillaume. En plus, c'est PY qui devait ramener Guillaume sur Brest après son 15 km ! Bref, ça va être de l'impro totale...
Arrivé au petit Kerzu avec 5 min de retard, je retrouve David, Marie, Régis, Gaël et Catherine; Je leur annonce la nouvelle et que je trouverai bien quelqu'un sur place dans mon cas. Bon, de toute façon c'est parti. Je repense au mail que j'ai fait la veille : "n'oubliez pas de venir ensemble, en duo, retirer les dossards".

                     
                      Au Folgoët, nous retrouvons Pat et Steph et Jo, le frangin de Steph. Je vais rapidement vers la salle de sport pour être sûr de pouvoir retirer mon dossard.
En consultant la liste je constate que la direction de la course a mis un seul nom devant chaque dossard et que c'est cette personne qui doit retirer le dossard. Coup de chance, alors que je devais faire le 2ème relais, c'est mon nom qui est inscrit sur la liste. Un coup du destin ?
                      Là, ça devient de l'improvisation totale et un mélange complexe de pensées et de prises de décision : Après avoir croisé Denis, je propose d'abord à Julie (qui est sur le 15 km) de faire le deuxième relais mais qui ne se sent pas de le faire. Ensuite je me dis que j'ai le dossard, que je peux partir en premier et abandonner au relais, c'est dommage pour les goelos mais compréhensible.
                      Enfin, j'en parle avec Seb (important : toujours en discuter avec le coach !). Seb me dit "vas-y tranquille et tu verras bien comment tu te sens au 23ème". Et là l'évidence se fait : Je n'ai aucune pression, mon binôme ne m'attend justement pas au relais et je peux y aller cool. Cette non-décision est là bonne décision. Merci coach.
Je vérifie mon matos de retour à la voiture : j'ai bien, en solide, de quoi faire, le cas échéant, la distance double : 4 ou 5 gels et autant de barres de céréales. Comme d'hab j'ai pris large, pour une fois que ça sert. Le temps de mettre tout ça en place, camel plein d'eau et c'est parti vers la ligne de départ. Il est moins 5'. Seb m'interpelle : la ligne de départ c'est de l'autre côté du rubalise, en effet je constate que suis toujours du côté des spectateurs car je ne suis pas dans mon état normal. Que vais-je faire ? C'est le jour du marathon de Paris et il y a un an, j'étais sur les Champs Élysées dans un sas en train d'attendre. Là c'est le Folgoët, devant l'autel extérieur de l'abbaye, mais également avec une musique de folie au départ et le speaker qui nous dit que pour partir c'est par là (à droite) et non par là (à gauche). Du coup lorsque je retrouve Denis, Catherine, Lena, Pat sur la ligne et, je me rends compte avec horreur, que nous sommes tout devant !


                      5...4...3...2...1...0, entonne le speaker et c'est parti dans une ambiance de folie.
Le début est très roulant et en terrain découvert. Ça part très vite, je perds trace de tous les goelos. Je retrouve Catherine au bout de quelques centaines de mètres. Nous constatons que c'est toujours très rapide (nous sommes entre 5 et 5'30 au km) et Catherine m'explique que le trail "fun" de 9 km est parti en même temps. Nous continuons ensemble les premiers km. Je reconnais le début du parcours pour avoir fais le 15 km il y a 2 ans, c'est en descente et c'est très roulant pendant un bon moment, un vrai piège ! Nous continuons en terrain boisé, un peu plus vallonné. Je ne me sens pas très bien sur cette première partie car je n'ai pas fait le petit dèj habituel des courses matinales car je pensais, ce matin, que j'allais démarrer une course vers 12h - 12h30. Du coup j'ai trop mangé et je me sens lourd. Je commence à dire à Catherine que je vais ralentir car entre-temps je me dis que ce serait dommage, dès les premiers km de ne plus avoir d'option pour faire la distance double. J'en discute avec elle et elle me répond "c'est maintenant qu'il faut que tu décides de ta stratégie de course". Du coup je suis obligé de choisir et donc de ralentir fortement si je veux être en mesure, et bien... de choisir ce que je ferai au relais. Catherine s'éloigne donc et je reste sur une allure plutôt 6' à 6'30 sur plat et je me mets à marcher à chaque montée pour assurer le coup.


                      Vers le 5ème, au moulin de Guiziou, je me retrouve seul avec les bons derniers duos et à une allure que je juge "d'escargot", même pas digne du 30 km de la pointe du raz fait il y a 2 semaines. En repensant aux semaines passées à faire plusieurs longues distances jusqu'à 30 km, je me suis dit que j'ai le fond pour aller jusqu'au bout alors pourquoi pas. Vers le Mingant, nous suivons une magnifique petite rivière qui annonce le début de l'Aber Wrac'h et qui passe le long du moulin du Vern. Cette partie comporte bien quelques bosses mais ça se présente bien.

Vers le 12ème on passe près d'une étendue d'eau au moulin neuf. La vue est encore magique. Le point d'eau n°1 est le bienvenu (mais pas de solide et pas de gobelet, c'est écolo et plutôt "roots" comme dirait...) après quelques difficultés et avant d'entamer une grosse bosse qui va nous amener en hauteur pour nous faire profiter du majestueux Aber Wrac'h et de ses berges herbeuses et peu vaseuses (par rapport à son cousin Benoît, rencontré il y a quelques semaines). Je suis quelques duos qui sont encore là, nous passons à côté du fameux pont du diable et nous entamons les 10 derniers km avant le relais. Là, je me dis que je n'ai plus de jambes et donc que c'est fichu pour faire les 42 km en entier. Du coup tant pis, j'accélère et je me dis que je m'arrêterai au château Kerouartz, au 23ème. Je retrouve un gars en duo qui peste, à juste titre contre les "gorets" qui jette leur déchets sur les berges de l'Aber, nous poursuivons sur la rive droite ensemble, au milieu des rochers et de la vase. Il me dit qu'un de ces jours on va fermer les plus beaux trails à cause de ces gens là. Heureusement j'ai bien fait attention à garder mes déchets et à m'en débarrasser auprès des poubelles des bénévoles.

Nous sommes vers le 20ème et nous entamons une boucle autour de Kermoyen puis des vieilles coques échouées de Loguivi. Je prends un horrible gel salé que j'avais l'intention de tester (plus jamais çà) et je sens que je retrouve quelques forces (je me tiens, en effet, au régime un gel ou une barre céréale tous les 45-50 min environ depuis le début). Je passe le pont en métal de Paluden. Je pense à un style "Eiffel" mais ce n'est pas tout à fait le cas, c'est un pont en treillis "Warren". J’aperçois tout de même la plaque du constructeur, qui est de Lille. Je dis cela car j'adore les ouvrages comme celui-là. Il reste 3 km avant le relais. Je me sens bien, allure tranquille autour de 7 km et là il va bientôt falloir choisir. Il commence à faire chaud, nous passons en terrain découvert après le pont et nous retrouvons les "extrêmes". Là je me retrouve avec une fille en duo, que je double, mais qui compte bien terminer le sien au château et qui décide de me doubler à son tour. Les extrêmes sont claqués, ils n'en peuvent plus mais ils avancent alors de quoi je vais me plaindre ?
Après une longue montée on commence à apercevoir le château de Kerouartz qui est plutôt au 22ème qu'au 23ème à moins que ma montre ne soit pas fiable ce qui a déjà été le cas auparavant.
                      Je vois Sabine qui m'encourage et qui me dit "Bravo Wil, alors tu décides quoi ?", je suis dans un état second, je crois que je lui réponds " je ne sais pas, je continue, je crois...". Puis voilà tous les copains, Denis, Pat, Steph, David, Catherine mais pas le temps de leur dire un petit mot car les bénévoles me font bifurquer vers l'espace relais des duos alors que je pensais continuer tout droit. Je vois Steph et je lui dis que je continue. Je me retrouve dans la zone relais et là je pense "c'est bon tu peux le faire" et puis "pas d'abandon pour les goelos". Pas le temps de trop s'arrêter sinon je ne repartirai pas. Je vais au ravito hors de la zone de relais. Je demande de l'eau pour le camel mais on m'envoie au camion plus loin là où les extrêmes se ravitaillent. Du coup un petit signe à Denis pour dire que je continue. Signe définitif pour me convaincre moi-même et me voilà hors de vue mais pourtant pas loin du groupe, en train de remplir le camel, d'enlever les chaussures car j'ai plein de sable dedans. Une petite barre céréale en partant et me voici avec les extrêmes. Il y a bien quelques duos mais ils sont rares. Pourtant je ferai une partie du retour avec certains d'entre eux à qui je raconterai mon histoire cocasse de "duo en solo".

 


                      La deuxième partie s'annonce nettement plus dur et je commence à regretter mon élan. En effet nous nous retrouvons sur des berges bien plus vaseuses et dangereuses côté rive gauche que de l'autre côté. Nous retrouvons le pont du diable avec un pirate qui en garde l'entrée. Je lui dis que j'aurais bien aimé le franchir, il me répond joyeusement que ce n'est pas possible cette année. Nous passons alors de difficultés en difficultés : aucun répit et tout y passe. Traversée de rivière dans le courant avec une corde vers le 30ème. Puis arrive le "tunnel of love". Je dis à haute voix : déjà ? Car je l'attendais, je ne sais pas pourquoi plus loin. Une fille extrême me demande pourquoi. J’aperçois pas mal de monde et je n'ai pas envie de faire une pause car je commence à en avoir marre. Je décide de contourner. Mal m'en prends et je regrette immédiatement. L'attente devant le tunnel m'aurait quand même permis de souffler et ne devait pas être très longue. Là, j'ai 400 m de plus à faire avec 2 très gros murs.

 


                      Après cela, je commence à me sentir plus faible, je ralentis vers 8min/km voire en dessous. C'est le moment le plus dur et je sais qu'il reste dans les 12 km et que ça "devrait le faire" mais juste. Cette partie très technique avec de nombreuses bosses nous fait quitter l'Aber et retourner en forêt où j'apprécie la douceur car il doit être 14h, soleil au zenith et il fait chaud en terrain découvert. Heureusement depuis un bon moment de la première partie, j'ai mis une casquette. Un petit dernier point d'eau pour un peu remplir le camel au cas où (et c'était bien de le faire après coup) et me voici sur une allure d'escargot de nouveau (genre 10 min/km) mais cette fois impossible d'avancer plus vite. Plusieurs monotraces et bosses plus loin nous arrivons, un peu dispersés, quelques duos, extrêmes et moi le "duextrome" devant le pont de Loc-Brévalaire avec son passage le long de la paroi, penché en arrière en traction sur les bras. Une formalité sauf qu'on est bloqué au milieu je ne sais pas pourquoi. Heureusement ce n'est pas très long et nous repartons avec sans doute entre 5 et 7 km à faire. Mes dernières forces me reviennent. Je repars avec une allure plus correcte (7'/km sans doute). Je croise un copain des Humbleizh, Didier, à qui je raconte mon histoire et qui de son côté à du mal avec la fin de ses 54 km. Nous nous souhaitons mutuellement bon courage et je poursuis. Je passe les poutres du Guiziou et arrive bientôt au camp de César la grande descente en corde.


Il reste alors quelques km, plusieurs bénévoles nous encouragent en nous disant plus que 1,5 km puis 1 km puis 500 m alors que je pense en avoir pour 1 km de plus qu'eux. Mais ce sont eux qui ont raison. Une pente en lacet s'annonce et le terrain de sport est en vue. J'enlève la casquette devenue inutile. C'est génial, car c'est l'arrivée qui s'annonce. Je vois Benj' qui m'encourage, c'est super qu'il soit là puis tous les autres goélos qui sont encore là et m'encouragent pour ces quelques centaines de mètres. Je tape dans la main de Seb, je me sens sur un petit nuage, il reste quelques troncs d'arbres et ballots de paille mais c'est une formalité après tant de difficultés même si on se dit que c'est "trop".

 


                      Voilà c'est fait, 41 km pile au compteur et 5h45 plus tard. C'est le bonheur et je rejoins les autres goelos après être passé au ravito, dans un sentiment euphorique. Nous passons tous un super moment ensemble dans l'herbe à raconter nos difficultés. Il y a Charlotte qui joue avec Seb ; lui qui embête Marie. Arnaud et Manu sont là, nos deux extrêmes qui ont super bien fini et ont l'air en pleine forme, comme tout le monde après tout. Puis c'est l'heure de repartir de cette magnifique journée si bien terminée et Régis accepte de covoiturer avec moi pour ne pas que je rentre seul en voiture. Dans la soirée j'aurais même des petits textos de félicitations d’Anne et Yann. Merci à vous tous de m'avoir encouragé au départ, au milieu et à l'arrivée.

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