Salomon X-Trail - 22 novembre 2014

            Singapour, 12 novembre 2014

 

           C’est dans le cadre d’une mission professionnelle que je me suis retrouvé a Singapour pendant un mois. Exit le noz trail de Plouider… Mais heureusement, ça court aussi en Asie, et je m’étais bien entendu fixé en objectif de participer à au moins une course locale. Calendriers consultés, je choisissais de m’inscrire au Salomon x-trail run, un 10 km qui avait lieu le samedi 22 novembre, en déboursant 22 S$ (1 dollar singapourien = 0,64 euro environ, donc 14 euros en gros). Une semaine avant la course, il me fallut tout d’abord aller récupérer le paquetage de course au shopping mall Plazza Singapura (une spécialité locale, des immeubles de galeries marchandes partout…) à la boutique partenaire de l’événement. Je récupérais un sac comprenant le dossard et ses épingles, un T-Shirt technique, une serviette, du produit chauffant musculaire, et le plan pour se rendre à la course. Celle-ci avait lieu à Punggol, un quartier au Nord-Nord-Est de l’île, avec un départ à 17h.

 

            Le jour J était arrivé. Cela faisait deux semaines que j'étais présent dans la cité état et… je n’avais pas encore pris le temps de faire une sortie running ! Le matin donc, je partais de bonne heure de l’hôtel pour aller trotter dans le parc d’East Coast histoire de tester. La chaleur était encore supportable (27°c quand même) mais avec un important taux d’humidité, je transpirais très vite, et au bout de même pas 1 km, j’étais intégralement trempé. A East Coast, il y avait de très nombreux coureurs, mais qui n’allaient pas très vite, j’en doublais beaucoup, haletant déjà à faible allure. Sans compter des facteurs génétiques différents, l’exposition permanente à la pollution urbaine et à la brume sèche, le « haze » (fumée produite par le brûlage des palmeraies en Indonésie voisine), lors de la saison sèche, y était certainement pour quelque chose. Transpirant à grosses gouttes sans que celle-ci ne s’évacue correctement avec l’humidité ambiante, je perdais beaucoup d’eau et risquais dans le même temps la surchauffe, aussi je finissais par ralentir nettement l’allure après 5 km effectués. Ca annonçait la couleur pour l’après-midi… Pas très réjouissant. Je revenais à l’hôtel en alternant marches et petites courses.

 

            Après un peu de tourisme à Merlion park (le Merlion, c’est le machin avec une tête de lion et une queue de poisson, qui crache de l’eau, et qu’on voit sur les prospectus à touristes pour illustrer Singapour) agrémenté d’une salade et d’un chicken rice à midi, retour à l’hôtel pour se préparer. Je quittais l’hôtel vers 15h30 avec mon dossard fixé et un billet de 50 S$, direction Punggol 20 km au Nord en taxi. Le chauffeur à l’aller n’était pas très causant, par contre son compteur défilait dans les bouchons et je commençais à m’exciter tout seul, sachant que je n’avais que 50 S$ pour l’aller-retour (large normalement). Après 50 min de trajet, j’arrivais à Punggol, au Waterway park, après avoir lâché 28 S$. 50 min pour 20 km, c’est beaucoup, mais c’est qu’il y en a des bagnoles là-bas, malgré que cela coûte une fortune à Singapour (toutes des essences à boite auto, essentiellement des berlines, beaucoup d’allemandes et de japonaises, des coréennes et américaines… et quelques françaises. Ah j’oubliais, des italiennes aussi, les Ferrari, Lamborghini ou Maserati sont assez banales là-bas).

 

            Je découvrais le site de la course, le Punggol waterway park, un espace de verdure coincé entre des tours d’immeubles d’habitation au Sud et l’eau du détroit de Johor au Nord. Des chapiteaux avaient été montés sur l’herbe à l’entrée du parc qui était aussi l’aire de départ et d’arrivée. Il y avait de quoi s’hydrater, acheter de l’équipement running (Salomon, bien sûr, le gros sponsor de la course) et récupérer les dossards pour ceux qui ne l’avaient pas encore fait. Beaucoup de monde s’était déplacé, plus de mille personnes, à la grosse louche. Il y avait là un panel assez représentatif des personnes vivant à Singapour, c’est à dire des Singapouriens avec des origines chinoises en grand nombre, un peu moins de Singapouriens avec des origines malaysiennes et indiennes, et des blancs, en majorité des Anglais, mais aussi quelques Français d’après ce que j’entendais alentours, et pour la plupart, il s’agissait d’expatriés venus développer leur carrière professionnelle (ou faire du fric, comme vous voudrez) à Singapour, le glouton économique insatiable et qui ne s’arrête jamais en Asie. Après un petit tour d’horizon, je faisais comme d’autres et allais m’échauffer avec quelques montées de genoux et accélérations, mais pas trop longtemps, juste 5 min car je perlais déjà de sueur. Je me plaçais finalement dans la zone de départ et attendais patiemment en observant mon entourage. C’était aussi bordélique que les courses de chez nous, ça ne changeait pas trop, certains étaient encore a l’échauffement et d’autres aux toilettes à moins de deux minutes du départ. C’est alors qu’un gars s’approche de moi, pointa du doigt le Gwenn Ha Du de mon maillot en disant un « ça, j’aime bien », puis s’éclipsa sans que j’eus le temps d’ouvrir la bouche. Ça alors, un Français, sans doute, et peut-être même un Breton.

 

            A 17h, le départ était donné par le speaker, et le peloton s’étirait doucement. Nous partions pour effectuer une boucle en sens horaire. Déjà transpirant, je partais tranquillement et pensais a la session du matin. Heureusement ici, il y avait trois points d’eau sur le parcours. Niveau relief, ce n’était pas compliqué, du plat, avec un peu de terrain « champ de patates » lors du passage sous un pont, à moins que cela n’était le début d’un nouveau chantier vu que l’homme semblait avoir commencé des travaux de terrassement. Puis, après un kilomètre, nous arrivions sur du bitume, un sentier de promenade.  Jusque là, ça avait été très lent, avec quelques bouchons liés au nombre important de participants sur un tracé ne laissant la place qu’à deux ou trois coureurs. J’accélérais un peu dans le second kilomètre et commençais a doubler pas mal de monde, et très vite… J’avais déjà besoin d’eau ! Je devais serrer les dents pour arriver au premier ravitaillement sans baisser de rythme. Sur la gauche, le détroit de Johor se dévoilait peu a peu, avec en face, la Malaisie.

 

            Enfin, je ne voyais les côtes malaysiennes que par bribes, car autre spécialité locale, il y a un trafic maritime commercial très dense voire effrayant tout autour de Singapour. Encore une fois, la clairvoyance maritime des Anglais et leur suprématie dans ce domaine ont fait leur preuve ici aussi. Puisque c’est le chemin le plus court entre les Océans Indien et Pacifique, et qu’en plus, Singapour, sertie entre Malaisie et Indonésie, est à l’abri des typhons, cela en fait un endroit de passage et même d’escale idéal. Les Anglais l’avaient bien compris et en avaient profité pour développer le commerce maritime à cet endroit, en rachetant les comptoirs aux Néerlandais qui ne savaient pas trop quoi faire avec.  C’est comme ça que depuis son indépendance en 1965, sur une bonne base de travail des Anglais que les locaux ont su adopter et adapter, que Singapour est devenu l’un des fleurons mondiaux du commerce international et une place forte de la finance. C’est en continuant mon chemin après le premier ravitaillement où je descendis deux gobelets et en doublant un concurrent aux couleurs du Royal Navy and Royal Marines Charity Club que je réfléchissais à cette histoire encore marquée par nos voisins d’outre-manche.

 

            J’étais à peu près bien au 4ème kilomètre mais avais la sensation de perdre des litres d’eau et de courir avec des jambes en coton, comme le matin. J’avais déjà hâte au prochain point d’eau… et étais content du profil de la course. Ce n’était pas un trail ou une course nature comme nous pouvons l’avoir par ici, il n’y avait pas de relief ni de terrain difficile a négocier, tant mieux ! Sinon, j’aurais été bon, et d’autres aussi, à être ramassé à la petite cuillère. Il y avait bien assez avec le climat comme difficulté. Alors que je doublais plusieurs personnes, voilà que j’entendis un « Allez Brest ! ». Je me retournais et trouvais un autre Français sur la course. Je restais un temps discuter avec lui (pas chose facile quand l’air est suffocant), c’était un gars du Nord, de Lille, et j’apprenais qu’il avait comme voisin un gars travaillant dans la même boîte que moi mais ici à Singapour, et Breton en plus de ça. Je trouvais presque dommage d’avoir fait plus de 10000 km pour entendre des trucs pareils, mais ça me donnait le sourire. Devant, légèrement sur la gauche, j’apercevais Pulau Ubin, une ile touristique qui montre a peu près ce qu’était Singapour il y a 50 ans, c’est à dire en grande partie de la jungle équatoriale, avec des macaques, des cochongliers, et plein d’autres bestioles.

 

            Je continuais vers le second point d’eau en ayant pris comme lièvres deux mignonnes (Oais, y’a aussi des filles sacrément jolies là-bas. Par contre, n’allez pas y chercher des blondes, y’en a pas beaucoup) du même club. Arrivé au point d’eau, je descendais trois gobelets. Cela commençait vraiment a être difficile alors que nous n’en étions qu’a la moitié. Cependant, le retour se faisait sentir, nous tournions vers le Sud en quittant de vue Johor, pour revenir vers l’Ouest, sur les sentiers de promenade du Punggol Waterway park. Il restait un point d’eau et quatre kilomètres, ça devait le faire. Je précise que chaque kilomètre depuis le départ était indiqué par un panneau, et que question bénévoles pour le balisage, il y en avait énormément, presque trop, parfois à quatre au même endroit. Depuis le départ, j’avais comme les autres croisé de nombreux promeneurs, a pied ou a vélo, dont certains nous encourageaient sur le parcours qui était aussi le leur. Et, aucune embrouille ou gêne malgré le nombre important de personnes sur les chemins. Ils ont un vrai talent pour le vivre-ensemble.

 

            Au 7ème kilomètre, les jambes devenaient vraiment faibles, comme deux chamallow. La fin de la course s’annonçait terrible. Je n’arrivais plus a courir et avais du mal a reprendre mon souffle, cela signifiait que le véritable coup de chaud était proche. Je ralentissais inévitablement et finissais par marcher, avant même d’entrer dans le 8ème kilomètre. Je me faisais à mon tour doubler par de nombreux concurrents. Un troisième français me lança un « C’est pas la France ici, c’est dur hein ?! ». Je ne pouvais qu’approuver et continuer ma marche. Au 8ème kilomètre, je pris deux gobelets, espérant que cela pouvait aussi éventuellement faire repartir la machine. Même pas, j’étais condamné à alterner petites courses et marches jusqu’à l’arrivée, exactement comme lors de la sortie du matin ! Et voilà qu’en plus ils avaient mis les difficultés en fin de course. Cela commençait après le ravitaillement, avec une prairie herbeuse a monter puis descendre, pour remonter et aller faire un petit tour dans un bois. Ce n’était pas pour me déplaire, car bien que le soleil n’était pas présent, il faisait très chaud lorsque nous étions a découvert, c’est à dire depuis le début de la course, et bien plus frais dans le bois. La marche ne me pénalisait pas trop dans le bois, le sentier était monotrace et encombré. Je sortais du bois pour remonter une prairie et constatais que nous étions tout proche de l’arrivée, il n’y avait qu’a redescendre ladite prairie et remonter la butte d’en face où avait été donné le départ. Je trouvais un peu de reste d’énergie pour courir dans les derniers 300 m histoire de ne pas faire trop mauvaise figure, et franchissais la ligne en même temps que le premier français rencontré sur la course, qui me dit qu’il était originaire de.… Crozon ! Plus de 10000 km et 6 millions de personnes à Singapour, et c’est à peine plus dépaysant que de traverser la rade de Brest (Bon d’accord, y’a pas de macaques ou de gros lézards dans les forêts de la presqu’île), c’était navrant.  J’arrêtais le chrono et vis 1h04’, record battu sur 10km. A l’arrivée, nous recevions une banane, une bouteille d’eau, une boisson isotonique, et une médaille.  Bof le parcours, à part la vue sur le détroit de Johor et le petit passage dans le bois à la fin, c’était à peine mieux que Taulé-Morlaix, mais pour un euro de plus, j’ai eu une belle serviette Salomon en plus du T-Shirt et de la médaille qui ne sont pas mal du tout. Rien à redire quant aux ravitaillements, c’était très bien.

 

            Malgré le temps minable pour un 10 km, j’étais bien content d’être arrivé au bout et d’avoir inscrit une course singapourienne parmi les courses effectuées par les Goélopeurs. Avant d’envisager de prendre un taxi, je restais assister à la remise des prix et participa à la tombola des dossards (rien gagné) afin de sécher un peu, car j’étais intégralement trempé de sueur. Je quittais les lieux un peu stressé, tout crado que j’étais et avec seulement 22 S$ restants. Le stress diminua quand je vis que d’autres participants tout aussi crado que moi attendaient le taxi dans la file d’attente du hub des transports de Punggol. Je tombais sur un chauffeur plus sympa qu’à l’aller et lui expliquais la situation, comme quoi je n’avais que 22 S$ et qu’il pouvait me laisser avant destination finale s’il le souhaitait. Il me dit que ça passerait sans problème et effectivement, je n’eus qu’à débourser 20 S$ une fois rendu devant l’hôtel.  Ça, c’était fait, je pouvais aller me doucher et aller ensuite boire une bonne Tiger beer avec ma médaille.

 

Mis à part ça, mon petit tableau sur Singapour

+ +

  • Il y a de quoi manger, en choix et en qualité (et non, il n’y a pas que du riz à manger)
  • La Tiger beer
  • Il y a plein de jolies filles en petite tenue (souvent ras le carbu…)
  • Les rares endroits de verdure sont assez sympa, avec de la jungle (Pulau Ubin, MacRitchie Reservoir, les deux endroits que j’ai préféré lors de mon séjour, et de loin.)
  • On ne se fait pas emmerder et les gens sont bien élevés (y’a pas de connards à faire partager leur musique dans les transports en commun, jeter leurs papiers ou mégots, ou à cracher par terre toutes les 30s).
  • Les Singapouriens ont un certain talent pour le bien vivre ensemble sans se foutre sur la gueule (cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de racisme).
  • Les taxis
  • Les marins singapouriens sont de bons marins
  • Pour les gens intéressés par l’architecture ou le design de bâtiments, c’est une destination de choix, ici les architectes se sont lâchés avec des projets qui auraient pu être interdits ou ralentis ailleurs.

 

- -

  • C’est vachement urbain, trop. Beaucoup de shopping mall partout, les gens sourient peu et regardent leur smartphone.
  • Trop de voitures (et pourtant, ça coûte une blinde là-bas) et de pollution qui va avec
  • Le climat, chaud avec un important taux d’humidité, toute l’année. Le ciel est souvent gris, entre la pollution et les orages. Ces derniers peuvent être flippants avec une forte activité électrique (Singapour est l’endroit dans le monde où il y a le plus de jours d’orage dans l’année).
  • Le paysage est nul (décor urbain avec des tours… Des bateaux de commerce à foison tout autour de l’île…)
  • La voirie est très merdique au niveau conception, mieux vaut ne pas se tromper de sortie. Les pistes cyclables sont inexistantes ou presque (bon OK, c’est bien dans les parcs et entre les parcs, mais sinon…), le bonhomme en vert ne dure pas assez longtemps pour les piétons.
  • Le flicage permanent avec videosurveillance omniprésente est oppressant, de même que les tarifs des amendes font peur (Singapore, the fine country!). En même temps, c’est sans doute pour ça qu’il n’y a pas ou très peu de branleurs, et de toute façon, si vous êtes bien élevé, il n’y a rien à craindre. On ne vous mettra pas en prison si vous perdez involontairement un papier, quelqu’un vous le fera remarquer et il vous suffira de le ramasser pour le mettre à la poubelle. Par contre, finir complètement bourré (dans un bar, dans l’espace public) jusqu’à montrer son cul ou danser sur des tables est fortement déconseillé. Je n’ai pas voulu tenter l’expérience.
  • Les moustiques (y’a moyen de choper la dengue)

 

Comme il n’est pas impossible que je retourne à Singapour, je cite mais ne donne pas d’avis sur :

L’esclavagisme apparent. En effet, de nombreux travailleurs du BTP, des Indiens en grande majorité, sont acheminés sur les chantiers dans des remorques de camionnettes, avec pour seules protections une grille et une bâche. Il existe aussi des Maid Agencies, en gros des agences qui proposent des filles de pays voisins (Malaisie, Indonésie, Myanmar, Philippines, …) pour faire les bonnes chez les riches Singapouriens, qui eux viennent faire leur marché dans ces agences.

La loi, qui prévoit pour les délits les plus graves des pratiques rétrogrades aux yeux de nombreux occidentaux (possibilité de peine capitale ou de châtiment corporel par coups de canne).

 

 

Enfin, j’ai plusieurs bonnes raisons de retourner là-bas:

  • il faut que je ramène du Kaya, des bonbecs au Durian ainsi que plus de Baume du Tigre.
  • Si j’ai appris que M. Ong, (Joey ou Banana manager pour les intimes), qui est le premier Singapourien à avoir participé et été classé au Spartathlon, a 30 paires de chaussures différentes, je n’ai pas eu le temps d’interviewer Joey sur sa préparation et ses objectifs à venir, ou encore de lui faire porter le maillot des Goélopeurs.

 

A suivre…

  

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