Régis is back... en joëlette - Octobre 2013

Dimanche 6 octobre 2013, trail de la baie du Kernic, Plouescat.

Lubin vole avec les Goélos !

C'est Bénédicte qui avait lancé l'idée, les Goélopeurs se devaient d'emmener une personne en difficulté motrice sur les chemins afin de vivre un grand moment de partage. Ce fut bien sûr avalisé à l'unanimité, et après contact avec les associations des Joëlettes du Bout du Monde et Mô d'Enfants, la décision de participer au trail de la baie du Kernic à Plouescat avec une Joëlette fut prise. Quinze Goélopeurs s'étaient portés volontaires pour l'occasion, pour être finalement Quatorze (Maurice excusé pour maladie) : Anne, Bénédicte, Karine, Stéphanie M., Arnaud, Benoit, David, Hervé S., Patrick, Pierre-Yves L.G., Sébastien, Régis, Wilfrid, et Yann. 

Au fait qu'est-ce qu'une Joëlette ?  Du prénom de son inventeur (Joël), il s'agit d'un fauteuil monté sur une roue, équipé à l'avant de rallonges avec poignées pour les bras et d'un harnais, et  équipé à l'arrière d'un guidon réglable en hauteur avec sangle pour pousser avec le bassin (et éventuellement d'un frein comme sur le modèle que nous allions utiliser). Sur les poignées avant, des sangles textiles permettent à des assistants d'aider à la traction.

L'attelage d'une Joëlette est composé en configuration idéale et nominale de 7 personnes, avec devant, un attelage similaire à celui d'une troïka hippomobile. Et l'idéal est donc de constituer une équipe d'au moins le double de personnes nécessaires à cette configuration pour se relayer.

 

Schéma de la configuration nominale de l'attelage :

Pi : Pilote

Tr : Tracteur  

At : Assistant de traction

Po : Pousseur

Ap : Assistant de poussée/équilibre latéral

 

   Avant

At            At

  \ Tr /

   |  |

    Pi 

 Ap  |  | Ap

    Po

  Arrière

 

Tous les Goélopeurs mobilisés s'étaient retrouvé au centre nautique de Plouescat peu après 9h après des covoiturages et un trajet Brest - Plouescat qui ne fut pas très engageant question météo avec un temps gris et de la pluie. J'étais parti dans la voiture de Seb avec Béné et Yann. Mon expérience de marin me disait qu'il allait faire beau à Plouescat malgré le peu de conviction exprimé par mes collègues durant le trajet. Je ne m'étais pas trompé, en arrivant, le ciel était dégagé et le soleil s'annonçait comme le favori de la journée. Sur place, le soleil s'était affiché de plus en plus généreux au fil des minutes jusqu'à finir par s'imposer. Le temps était même carrément magnifique et la mer d'un calme olympien.

Alors que nous attendions les consignes et que nous assistions au départ des traileurs du 25km, les questions et le trac venaient à l'esprit de ceux du groupe qui comme moi participaient pour la première fois à une course de Joëlettes. Comment cela allait-il se passer ? Allions-nous nous embourber dans le sable avec la Joëlette ? Allions nous faire verser l'attelage ? Et surtout, qui allait-être le pilote, le quinzième Goélopeur du jour ?

Béné avait géré avec grand brio ce dernier point et toutes les formalités administratives après avoir assuré le contact avec les associations des Joëlettes du Bout du Monde et Mô d'Enfants. La réponse ne tardait pas, et notre pilote du jour était Lubin, un p'tit gars souriant de 6 ans. Pour notre première participation à une course en Joëlette, Stéphane, le papa de Lubin, et Xavier le président des Joëlettes du Bout du Monde, allaient également nous fournir quelques recommandations et participer avec nous à la course, ce qui portait le total de l'équipe à 17.

 

Une fois placé et harnaché dans le fauteuil, Lubin était impatient de partir ! Direction la ligne de départ pour s'élancer 5 minutes avant les autres concurrents du 12 km. Lubin était en seconde ligne, ambiance warm-up et départ F1 assurée ! Pour le départ, c'était notre plus gaillard des Goélopeurs, Wil, qui allait assurer la traction tandis que le plus roublard (devinez-qui...) se trouvait au guidon de la Joëlette. Lubin fit un départ tonitruant, partant en seconde position, marquant à la culotte la Joëlette partie en tête. A peine le centre nautique contourné, une première petite bosse devait être négociée. En haut, un peu de bitume plat nous amenait jusqu'à une descente nous amenant sur la plage. Les premières sensations en tant que pousseur furent très nettes : pas de réel effort de poussée à fournir sauf quand ça grimpe, mais pas contre, une nécessité de compenser l'assiette latérale en permanence avec les bras que l'on n'a alors pas à disposition pour courir, ce qui est vite fatigant pour les non-initiés comme moi. J'appréhendais l'arrivée sur le sable. Wil' était parti comme un furieux et le sable ralentissait à peine le rythme effréné que l'on avait pris. C'était comme si on avait mis un camion de 500ch pour tirer la Joëlette. D'ailleurs, Lubin manquait de peu de prendre le leadership sur la plage de Porsguen. Nous devions rester en seconde position, ceci dit plus pour très longtemps...

Ça avait bien tiré sur les bras après la plage et je passais le relais à Hervé en sortant de la plage. La première Joëlette effectuait un changement complet d'équipiers tandis que Wil conservait un super rythme et que nous avions à peine ralenti pour le premier changement derrière. Première leçon, il n'est pas nécessaire de s'arrêter complètement pour changer le pousseur, pourvu que la Joëlette soit bien équilibrée et assurée sur les côtés, et les assistants de traction doivent garder les sangles en tension pour ne pas qu'elles trainent et risquent de faire chuter un coéquipier. Cependant, dans la portion de dune aménagée qui nous amenait dans l'anse du Kernic, Wil avait fourni un gros effort. Un changement complet était effectué avec David en tracteur et Yann en pousseur. Ce fut assez rapide et Lubin repartait in extremis en tête devant l'autre Joëlette qui arrivait derrière. Les équipiers affutés que nous avions alors à l'œuvre allaient faire le trou décisif, d'autant plus que chacun venait à tour de rôle donner un coup de pouce en utilisant soit les sangles devant pour aider à la traction, soit en poussant et maintenant sur les côtés. Lubin n'allait plus revoir ses poursuivants.

 

La première traversée de l'anse fut ainsi rock'n roll. Après une première traversée dans l'eau qui rafraîchit les pieds de notre petit gaillard tout sourire, c'est sur un rythme endiablé que la Joëlette parcourait l'anse, tressautant sur les bosses des ridules de sable. Lubin faisait fumer l'eau et le sable ! Il était aux anges, grisé par la vitesse et les éclaboussures d'eau que son papa et Xavier avec leur expérience ne manquaient pas d'exagérer. A certains moments, c'est à plus de 12 km/h que la Joëlette évoluait (ce fut même la vitesse moyenne du second kilomètre...). Ce faisant, nous avions rattrapé des concurrents du 12 km classique et distancé ceux de l'équipe qui avaient fourni un gros effort au démarrage ou étaient moins aguerris. Seb se chargeait de motiver ce petit monde à l'arrière pour revenir pendant que le rythme se calmait un peu, même si c'était toujours très rapide avec des tracteurs comme Arnaud, Hervé, Patrick et Pierre-Yves.

Nous avions traversé la route pour commencer la grande ascension dans les champs. Après avoir expérimenté le rôle de pousseur, je m'essayais à celui de tracteur. Je ne pris cependant pas le temps de m'harnacher complètement et de régler la hauteur. Côté sensation, je trouvais cela moins bien avec beaucoup d'à-coups. On a naturellement tendance à aller trop vite car on ne ressent pas toujours l'effort de traction que l'on exerce, celui-ci étant généralement  désynchronisé par rapport aux autres efforts de traction avec les sangles et ceux de poussée. Ce fut une grossière erreur de ne pas m'harnacher complètement. Je n'étais pas bien solidaire de l'attelage et dus compenser là aussi en permanence avec les bras. Résultat, je me suis très vite fatigué et ne pus faire qu'une petite portion de la côte dans les champs avant de passer le relais à Stéphanie. Sans compter aussi que sans s'harnacher et en compensant tout le temps avec les bras, Lubin devait gigoter dans tous les sens et n'était pas à l'abri d'attraper un mal des transports. Derrière, ça changeait régulièrement et plus facilement. Seconde leçon, pour des personnes comme moi peu aguerries à la Joëlette, il faut prendre le temps de s'harnacher correctement afin d'éviter de se fatiguer trop vite et effectuer des changements trop souvent.

En plus de la côte, une autre difficulté, le chemin devenait étroit, et nous devions déborder un peu dans les champs de choux pour courir sur les côtés en gardant la roue de la Joëlette dans les ornières les plus roulantes. La côte était assez longue. Après de nombreux relais, l'arrivée au sommet fut une petite délivrance pour tout le monde, pour nous qui étions un peu émoussés, et pour Lubin qui s'était un peu endormi avec ce train de sénateur que nous avions eu dans la montée après un départ tonitruant. Nous arrivions à la moitié du parcours au ravitaillement, et compte-tenu de l'écart qui avait été creusé avec les poursuivants, une bonne pause pouvait être effectuée. Lubin n'avait ni faim ni soif et était pressé de repartir sur les chemins.

 

Connaissant la suite technique en sous-bois qui nous attendait, Xavier et Stéphane nous donnèrent un coup de main et prirent les commandes de la Joëlette. Ce fut également le moyen de nous montrer leur expérience et d'apporter un peu de douceur, car jusque-là, nous avions plutôt été des "bourrins" avec notre peu de technique et peut-être bien que Lubin n'avait pas eu très faim au ravitaillement parce qu'un peu trop secoué. C'était reparti dans les chemins sinueux d'un sous-bois avec beaucoup plus de finesse dans la conduite de la Joëlette, Xavier nous donnant ses précieux conseils quand il le fallait. Troisième leçon, il faut des coureurs homogènes, très réguliers, et en osmose de foulée à l'avant et à l'arrière pour que la Joëlette évolue confortablement, et quatrième leçon, dans les endroits étroits, les assistants de traction doivent se décaler longitudinalement pour ne pas se gêner, et bien sûr toujours garder les sangles en tension pour éviter qu'elles ne trainent et se prennent dans une branche ou autre chose.

Le passage en sous-bois se fit facilement, mais à la fin de ce secteur, en sortant par un chemin, une ronce vicieuse approcha de trop près notre champion et lui fit un petit bobo à la main. Lubin, d'abord sur le point de céder émotionnellement à ce petit pépin, prit très vite sur lui grâce à beaucoup d'entourage et de sollicitude, sans compter, le veinard, qu'il avait pour courir à ses côtés Béné et Karine. Et puis nous étions  arrivés sur les hauteurs de Plounévez-Lochrist. La vue était magnifique avec au loin les cailloux de l'anse de Goulven découvrant à marée basse, et la vitesse augmentait de nouveau avec du plat et du bitume. Benoit, en meneur d'hommes expérimenté, eut une excellente idée en donnant de la voix et en demandant des hourras pour Lubin au 10ème kilomètre, aussitôt donnés et repris en chœur par toute l'équipe. Lubin se remit à sourire, et avec la descente et le peu de kilomètres restants, la vitesse se remit à augmenter très sensiblement. Le retour vers Porsguen s'effectuait d'abord dans les champs en bord de dune. Deux magnifiques chevaux de trait, une jument et son poulain, nous saluèrent lors de notre passage. Plus loin, nous passions en bordure d'un champ de bambou. Cependant, si nous avions rencontré les chevaux, pas de trace des pandas de Plouescat. Nous arrivions finalement sur la grande plage des dunes de Keremma. Nous reçûmes alors beaucoup d'encouragements de la part d'autres coureurs du 12 km et du 25 km. 

 

Enfin l'anse du Kernic, l'arrivée était proche. Encore fallait-il retraverser l'anse dans l'autre sens. Si notre champion s'était mouillé les pieds à l'aller, il était ici hors de question de garder la roue en contact avec le sol, un portage était nécessaire. En entrant dans l'eau, Lubin était levé d'une traite par les Goélopeurs sur les épaules. Nous avancions avec précaution dans l'eau jusqu'à la taille voire plus haut pour les plus petits, avec Lubin au-dessus de nous. Manifestement, cela lui plut beaucoup, il volait avec les Goélopeurs ! En-dessous, les jambes solides des Goélos faisaient le job, dans un sable mou, avec un encore très fort courant de marée descendante. En sortant, c'est Béné qui prenait le poste de tracteur pour filer jusqu'à l'arrivée. Il y eut les dernières difficultés avec la plage de Porsguen et le sentier côtier sous le centre nautique, mais c'est au sprint que Lubin arrivait premier des Joëlettes sous les acclamations, avec un temps canon de 1h36' pour finalement 13.4 km (le 12 km était donc en hors-taxes), arrivant même devant plusieurs coureurs de la course classique. Nous étions très contents d'être arrivés, fatigués certes, mais ensemble. Cinquième leçon, pour aller au bout d'une course avec une Joëlette, il faut une équipe soudée, motivée, dont chaque membre sait faire preuve d'abnégation.

 

A l'arrivée, Lubin était super content, il avait pris beaucoup de plaisir et avait terminé premier. C'était toujours un plus pour ce petit bonhomme, très fier avec sa coupe et son maillot des Goélopeurs. Evidemment, il n'y avait pas eu vraiment de compétition (quoique...), toutes les Joëlettes avaient gagné en cette superbe journée ensoleillée et permis à des personnes à mobilité réduite  de vivre l'ambiance trail. Pour nous qui avions accompagné Lubin, la tension était redescendue peu à peu et une saine fatigue de bien-être après effort s'était installée en même temps que la collation d'après-course. Courir avec une Joëlette fut une très belle découverte. La météo fut royale, le parcours excellent et varié. Et puis nous l'avions fait et validé, ce premier essai en Joëlette. Dans l'histoire, qui a fait un cadeau à qui finalement ? Est-ce nous qui avons permis à Lubin de passer un bon moment ou l'inverse ? Les deux bien sûr, ce fut un bel échange, très riche en émotions et sur le plan sportif. Quand on goûte une fois à la Joëlette, on se rend compte aussi de l'exigence physique requise. Le parcours du Kernic était plutôt très facile par rapport à d'autres trails comprenant des grosses difficultés et beaucoup de de marches. Ce n'est pas pour rien que les gars qui emmènent les Joëlettes sur des parcours comme l'Aber Wrac'h ou le TBM sont des traileurs expérimentés et affutés physiquement, notamment des équipes de pompiers. Amis coureurs, ayez donc un mot d'encouragement pour chaque Joëlette que vous verrez sur les courses, ça fait plaisir et ça motive.

 

En tout cas, merci à Lubin, à son papa Stéphane, à Xavier des Joëlettes du Bout du Monde, ainsi qu'à tous les Goélopeurs qui se sont mobilisés. Côté Goélos, mention spéciale à Bénédicte qui a magistralement organisé l'évènement. A refaire sans hésitation.

Merci encore Lubin ! Et à bientôt sur les chemins !

 

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