Régis croque le Kouign à Douarn'

Les Foulées Douarnenistes, 6 janvier 2013

 

Après les 15 km du noz trail Entre Chiens et Loups de la veille au Cloître St-Thégonnec, était-il raisonnable d'aller courir encore ? Dans ma tête c'était oui, car de toute façon l'inscription était payée, et j'avais envie de manger du Kouign Amann pour l'épiphanie, je n'aime pas la frangipane et les galettes des rois en général ! Levé en retard à 8h alors que la course était à 10h15 (et qu'il faut 1h15 de route !), je n'avais le temps que de m'équiper et d'avaler un thé chaud avant d'embarquer pour arriver sereinement à Douarnenez. Le temps était calme, mais gris avec de la bruine, ni trop froid, ni doux, toujours l'influence du terrible patator anticyclonique sur la France. Après Plonévez Porzay, une nuée de Goélands virevoltaient au-dessus d'un champ, les Goel' commençaient à vouloir becqueter dans la carcasse d'un veau crevé même si quelques vaches courageuses essayaient de s'interposer. Le spectacle était triste mais était le reflet de la nature, cruelle. En arrivant à proximité de la cité des Penn Sardin, le brumisateur s'arrêtait. Le temps était gris et nébuleux mais sans crachin, à croire qu'il y avait un microclimat local. La mer était très calme, et au niveau de la plage du Ris, je m'arrêtais 2 minutes pour profiter du paysage, la baie de Douarnenez s'offrait en grand avec en arrière plan les façades colorées et le clocher de Douarnenez. Peut-être que la ville d'Ys était bien là, quelque part au milieu de ce décor. 

 

Après un peu de gymkhana dans Douarnenez, je trouvais à me garer, à Tréboul précisément. Donc, pour les Douarnenistes purs et durs, je vais dire que j'étais à Tréboul. Je prenais mes épingles et mon certificat, direction la salle ... Mais, mais, ce n'était pas mon certificat de course à pied !! C'était mon certificat médical pour la plongée, je m'étais trompé de papier ! Aïe aïe aïe ! Comment devais-je faire ? Je décidais de jouer franc-jeu et de me présenter avec ce certificat à l'inscription avec la licence UFOLEP, en priant mille dieux pour que ça passe. Déjà, je me préparais au pire, c'est à dire courir dans l'anonymat sans dossard, derrière tout le monde, et sans avoir la possibilité de profiter des bienséances à l'arrivée, ce qui signifiait privé de Kouign Amann (c'eut été plus cruel encore que le veau mort bouffé par les Goélands !). Penaud, je me présentais dans la file des inscriptions. A mon tour venu, la première réflexion d'un des organisateurs fut négative, normal, mais en lui présentant ma licence UFOLEP et mes yeux de chien battu, il vit que j'étais de bonne foi et accepta. Il me dit de donner le numéro de la licence même si seulement la licence FFA était normalement acceptée en validation médicale (Ah ça, je me demande bien pourquoi... Si quelqu'un veut bien me l'expliquer.). Il était tolérant et expérimenté, ouf !! Et puis, il n'allait pas déroger à la règle qui veut que les gens de Douarnenez soient les plus sympathiques au monde !

 

Une fois le dossard pris, il ne me restait que 5' pour le fixer et revenir au départ. Garé assez loin, j'arrivais à fixer le dossard et à revenir sur la ligne de départ juste à temps. Venu par le bas vers où partait la course, je me retrouvais en plus parmi les cadors, au secours... Top départ vers 10h15. Je m'engageais avec tout le monde sur la route, ça partait très vite à la faveur d'une route en descente. Certainement parmi les cent premiers, je me devais de suivre le rythme, c'était parti en moins de 4'/km, ouille ouille ouille ! Cela fonctionnait sur le premier kilomètre en descendant vers le port de Tréboul puis en empruntant la rive gauche du Port-Rhu. Je sentais mes jambes lourdes, les toxines de la veille étaient loin d'être évacuées. Après un ponton, un petit escalier et trente mètres de sentier, nous empruntions une passerelle pour changer de rive en aval du port Musée. Nous nous dirigions vers la rive droite, côté Douarnenez bourg. Je ralentissais pour me caler en 4'30/km et contempler les bateaux comme le bateau-feu Scarweather dans le port Musée. C'était du bitume, normalement assez tranquille, mais je trouvais le faux-plat montant de cette partie assez pénible, commençant à ressentir les efforts de la veille au Cloître St-Thégonnec. Je pensais pouvoir tenir les 4'30/km tout du long, erreur. Au 3ème kilomètre, je commençais à flancher alors que nous tournions à droite sur un sentier pour retraverser le Port-Rhu au Sud du parcours. Je perdais mon rythme sur le sentier, même pas foutu de tenir les 4'30/km, et commençais à me faire doubler par un flot ininterrompu de coureurs, la chose qui soit la plus désagréable possible moralement. En continuant sur le sentier qui était toujours en faux-plat montant, j'étais tombé à un peu plus de 5'/km, les carottes étaient cuites et ce sont des cars entiers de coureurs qui me dépassaient. A la fin de la boucle une petite côte nous ramenait sur la rue du départ.

 

Au 5ème kilomètre, petit ravitaillement avec gobelet. Je prenais un verre d'eau et continuais. Pour recommencer la boucle, j'effectuais le 6ème kilomètre en 4'50 , ce qui confirmait l'effondrement. Je repassais la passerelle pour aller rive gauche vers Douarn. La partie en bitume m'était encore moins drôle que lors du premier passage. Je me faisais dépasser encore et toujours par de nombreux coureurs, dont la fille du Pluguffan footing qui m'avait déjà mis la misère aux 6h de Scaër en juin 2012. Je n'arrivais pas à suivre, j'étais explosé, il me fallait terminer tranquillement sous peine d'être ramassé à la petite cuillère. Je me mettais donc en mode footing, en 5'10/km pour terminer. Sur la fin de la partie en bitume côté Douarnenez, un coureur de Châteaulin qui me doubla et comprit que je n'étais pas au mieux y alla de son encouragement, "Allez Brest !". Je l'encourageais aussi et me préparais mentalement à attaquer le sentier. Après tout, il ne restait que 3 petits kilomètres. Mais pas moyen de décoller. C'était même de pire en pire, je ne pouvais même plus tourner en moins de 5'30/km, à l'agonie, comme à Trévarez l'an dernier. Je devais tenir, ne pas craquer, surtout ici à Douarnenez où la devise de la ville est "Dalc'h Mad", ce qui signifie tiens bon. Les deux derniers kilomètres furent un véritable calvaire, je n'avançais plus et me faisait doubler par plein de coureurs.

 

Au bout de 49'10'' de course environ, la délivrance ! Depuis mes récents tests Technoz la veille / Semi de Plouguin le lendemain ou encore Redadeg Nedeleg la veille / trail urbain de Lannion le lendemain, je n'avais pas pensé pouvoir souffrir autant, surtout que le parcours était ici sans grande difficulté. Enfin, c'était ainsi et ce fut un bon travail pour le mental. La veille, mis à part Maurice et trois autres coureurs, je n'avais fait que doubler du monde. Ici c'était l'inverse, je n'avais fait qu'être doublé. Bien que je subis la course, le parcours fut bien sympathique le long du Port-Rhu, excellent même pour un jogging dominical. Après l'arrivée, j'allais récupérer le beau T-Shirt jaune fluo offert aux participants ainsi que le bon pour prendre une part de Kouign Amann. Puis, avant de prendre l'ultime récompense, je faisais un tour à la table de la collation d'arrivée pour prendre du thé chaud, un peu de chocolat, de banane et de pain d'épices. En fait de peu, c'était trois morceaux de pain d'épices et autant en carrés de chocolat et en rondelles de bananes. J'avais en fait besoin de sucre, mon coup de barre n'était pas simplement du aux efforts de la veille, il y avait aussi de l'hypoglycémie là-dedans. En effet je m'étais levé à l'arrache le matin et n'avais pas pris le temps de manger un morceau. Ca m'apprendra à faire l'andouille.

 

Après le thé, je me plaçais dans une des files pour récupérer un morceau de Kouign Amann, la récompense suprême de cette course. Cuits sur des grandes plaques rondes d'environ 1.5 m de diamètre dites "roues de charette", il était temps de récupérer sa part, pas sûr qu'il y allait en avoir pour tout le monde. Enfin, je pouvais savourer du bon Kouign Amann, tiède et doré comme il fallait, fondant et léger, caramélisé à certains endroits, un vrai délice. Bien évidemment, ce n'était pas ces trucs infâmes et bourratifs pour touristes, sans pâte feuilletée et garnis d'une couche de sucre en poudre bien visible sur le dessus. Que voulez-vous, c'est terrible mais c'est souvent ça que l'on retrouve à la vente sous l'appellation "Kouign Amann" ailleurs qu'à Douarnenez et ses environs (y'en a aussi du très bon à Locronan), ça doit bien se vendre auprès des gros Anglo-Saxons et des personnes mal renseignées en quête de produit breton typique.

 

Après avoir savouré mon morceau de Kouign, je rentrais à Brest et retrouvais le crachin après Châteaulin. En résumé, une course sur un parcours facile et agréable autour du port Musée, accessible à tous, avec à l'arrivée, une belle collation, un T-Shirt offert, et l'inévitable morceau de Kouign Amann. Le tout pour pas cher (presque deux fois moins que "Brest court" pour un parcours bien plus sympa). A noter que cette course est la première course du challenge Penn Ar Bed qui se déroule essentiellement dans les environs de Quimper.

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