Régis au trail de Pleyben

Dimanche 28 octobre 2012.

 

Une fois encore, la météo avait tout fait pour contrecarrer mes plans et m'empêcher de pratiquer ma véritable passion. Le vent de Nordet puis Nord du 27 octobre avait rendu la mer assez mauvaise pour que l'on n'y puisse pas s'aventurer en toute sécurité du week-end et également pour que la visibilité sous-marine y soit très médiocre. Tant pis, les poissons attendront. Ailleurs en France ce n'était pas  mieux, temps froid, neigeux dans certains coins à l'Est, pluie et vents forts dans le bassin méditerranéen qui décidemment en prenait plein la tronche, un véritable début d’apocalypse à faire croire aux plus simples d’esprit que celle-ci se produira effectivement à la fin de l’année. Nous étions vraiment bien lotis dans notre beau Finistère, et à défaut de plongée, je pouvais toujours... Courir ! La veille, je n’avais pas pu participer au trail d'Halloween qui avait eu lieu à St-Divy et où les Goélopeurs étaient bien représentés. Mais en ce dimanche, rien ne m'empêchait d'aller participer au trail de Pleyben, organisé par l’association des parent d’élèves de l’école St-Joseph. Et puis ça tombait bien, c'était l'occasion d'aller se promener dans le Kreizh Penn Ar Bed côté Sud, et de voir un peu d'autres têtes de coureurs que celles souvent rencontrées sur les courses du Finistère Nord.

 

J'arrivais à Pleyben vers 9h15 et trouvais à me garer sur la grande place près de l'Eglise et son enclos paroissial, ne sachant pas exactement où aller pour s’inscrire. Sur la grande place,  je vis  d’autres coureurs en train de s’échauffer et les suivis au feeling, pour arriver sur un grand parking près d’une salle de sport (peu attentif au lieu de d’inscription et de départ, je n’avais pas pris note qu’il s’agissait de la salle de sport Pierre Cloarec.). J’eus le temps d’apprécier la température durant ce trajet entre la voiture et la salle, qui était plutôt froide. J’apercevais Xavier avec le maillot des Goélopeurs, inscrit sur le 12km, ainsi qu’Arnaud, qui s’était engagé sur le 22km.  Comme j’étais venu à l’arrache, sans portage d’eau, et au lendemain d’une réunion familiale (bonne bouffe et compagnie…), mon choix se portait sagement sur le 12km. Non, je ne voulais pas m’inscrire sur le 22km pour finir en distribil comme ce fut le cas à Guipavas en septembre (et à propos, mon maillot des Goélopeurs n’étant pas tout à fait sec, c’est avec le maillot bleu du trail de Guip que je participais au trail de Pleyben).  Une fois l’inscription faite, je fixais mon dossard avec trois solides épingles à nourrice fournies par l’organisation, des vraies épingles à nourrice, pas de la petite ferraille  de base.  Après avoir assisté au départ du 22km, direction la voiture en guise d’échauffement et aussi pour y laisser la monnaie de l’inscription, avec la compagnie de Xavier. Nous revenions à la salle de sports après un tour de l’église.  Il était temps de se présenter dans la zone de départ. Pour chacune des courses, le décompte fourni par le speaker était précis et le 22km était bel et bien parti à 9h30 tandis qu’il ne restait plus qu’une minute ou deux avant les 9h45 à ma montre, à peine le temps de discuter de choses plus ou moins futiles, comme le fait que ma montre ne parvenait pas à accrocher les satellites et affichait un faible niveau de pile. Tant pis, elle pouvait afficher l’heure pendant la course, ce qui était déjà pas mal.

 

Le départ eut lieu précisément à 9h45, assez tranquille sur la pelouse à côté de la salle de sport à cause d’un effet entonnoir. Tous les coureurs convergeaient vers un passage un peu plus étroit que le départ pour entrer dans le vif du sujet. En effet, nous arrivions dans un grand champ de chaume de la dernière moisson estivale, en descente. Le terrain était assez dur compte-tenu de la très fraiche température matinale et plein d’aspérités, de quoi se faire une entorse. Tandis que Xavier partait prudemment, je jugeais très vite nécessaire de trouver un groupe de coureurs à mon rythme, pressentant le parcours en sous-bois qui approchait. Plus jeune et sans doute plus fou que Xavier, je courais à vive allure dans le champ de chaume pour me rapprocher des coureurs à mon rythme avant d’attaquer le sous-bois. J’avais trouvé un groupe d’une dizaine de coureurs avec un rythme à ma convenance pour entrer dans le sous-bois. Notre groupe se disloquait de temps à autres avant de se reformer, au gré des endroits de dépassements possibles sur le sentier en sous-bois. C’était pour l’instant plutôt facile, le terrain n’était pas du tout gras, et la largeur du sentier permettait de doubler aisément quelques participants un peu plus lents qui étaient partis très vite. Et puis soudain, nous devions bifurquer complètement à droite en franchissant une petite rivière. Alors que certains cherchaient soigneusement à éviter de se mouiller les pieds, et que certaines, un peu mijaurées, se faisaient carrément porter par leurs chevaliers servants (et pour ceux qui s’en  plaignaient une fois la tâche accomplie, hé ben messieurs, il ne fallait pas proposer vos services non plus, voyons !), je pris l’option de franchir normalement le cours d’eau en y trempant les pieds.

 

Les pieds mouillés, il était bien sûr plus difficile de repartir sur l’autre berge, d’autant plus que le terrain montait maintenant, en chemin puis en bordure de champ, avant de redescendre en sous-bois. Après une petite boucle, nous redescendions une seconde fois vers le cours d’eau déjà franchi pour le repasser dans l’autre sens. Un peu distancé par les autres de mon groupe dans cette partie, j’en profitais pour revenir sur eux et même en dépasser deux, un père qui aidait sa fille (mignonne, mais hélas, bien trop jeune pour maître Roshi) à passer le cours d’eau. Avec la présence du paternel, ce n’était de toute façon pas la peine de s’attarder pour conter fleurette à la jeune fille. Il y avait aussi dans mon groupe un grand en maillot gris, un grand en maillot manches longues orange, un petit costaud en marcel bleu, un autre petit avec un marcel blanc «Café Alré », et un petit sec en maillot noir avec un Gwenn Ha Du dans le dos. Moi j’étais le petit difforme en maillot bleu clair. Notre groupe avait à peu près réussi à conserver sa consistance sur environ les 2-3 premiers kilomètres, certains étant plus à l’aise dans les portions techniques quand les autres étaient plus à l’aise sur les chemins, lorsque le premier juge de paix arriva. Le sous-bois se faisait beaucoup plus technique d’un seul coup et cela montait maintenant, lentement mais surement. Dans un des champs qui jalonnaient notre montée, la première victime fut la jeune demoiselle qui eut une faiblesse et fut aussitôt attendue par le papa. Ca faisait déjà deux en moins. Puis le groupe se disloqua complètement, les grands en gris et en orange partirent devant, suivis des deux en marcel. Je suivais à distance. Si le terrain n’était pas gras, la montée était plutôt longue, il fallait garder du jus pour la suite. Je n’accélérais que sur la fin de la montée afin d’en finir plus vite avec. Je conservais une allure soutenue sur le plat et la descente qui s’ensuivaient et nous amenaient au ravitaillement. Regardant ma montre, il était 10h17, soit 32’ d’écoulées de puis le départ. Je trouvais cela plutôt pas mal et m’arrêta une bonne trentaine de secondes pour boire un verre d’eau, regardant avec toujours autant d’effarement les coureurs qui arrivaient à se servir, boire et manger, le tout en courant. Mais comment faisaient-ils ? J’étais vraiment amusé de voir l’un des coureurs prendre en courant une pleine poignée de raisins secs dans une des assiettes en carton, et ce faisant, mettait également les trois quarts restants hors de l’assiette. Peut-être une technique pour que les autres derrière en aient moins. Avant de repartir, j’apercevais Xavier cent mètres derrière qui arrivait. Hé ben, il n’avait pas eu l’air de souffrir de ce début de parcours plutôt sélectif, entre la petite boucle avec les passages de cours d’eau puis la montée assez technique.  

 

C’était reparti pour les 6km restants environ. Au programme, une nouvelle montée en sous-bois, raide au début, puis plus douce. Je retrouvais le maillot noir au Gwenn Ha Du de mon groupe dans cette partie et restait calé sur son allure. Le sous-bois n’était pas très compliqué et bien sec. A mi-chemin de la montée, un papy fringant de Courir à Châteaulin nous mit un sacré vent. Manifestement nous n’allions pas assez vite.  Je trouvais aussi que c’était un peu lent mais jugeais bon de rester tranquille, ne connaissant pas le parcours. La fin de la montée devenait un peu plus raide, avec tout au bout, un dernier raidillon dans un champ d’herbe. Je doublais alors M. maillot noir au Gwenn Ha Du  et rejoignait M. marcel bleu. Nous arrivions sur un chemin agricole beaucoup plus facile et plus roulant. Je pris un temps de récupération au début de ce chemin où M. marcel bleu me dépassa. Puis constatant que nous étions en haut de la butte et que c’était probablement de longues portions de chemin qui nous ramenaient au bourg de Pleyben, j’accélérais et redépassais M. marcel bleu qui prit ma foulée. Nous passions près d’un bâtiment agricole très odorant dont je ne pouvais affirmer à l’odeur si il s’agissait de volaille ou de porcs, mais cette odeur m’incita à accélérer encore. Je tournais remarquablement bien sur ce chemin agricole, mieux que sur du bitume le dimanche précédent au Folgoët, c’est dire. Nous quittions le chemin agricole par un sentier qui descendait vers une route en bitume. Sur ladite route, les pompiers arrivaient nombreux, un accident venait apparemment de se produire mais sans lien avec le trail. L’animation passée, nous devions encore affronter un raidillon, en bitume cette-fois ci. Puis, nous passions à côté de la chapelle St-Laurent, avant de passer un cours d’eau, pour la troisième fois. J’étais arrivé aux basques de deux coureurs, dont l’un très jeune, un cadet probablement. J’avais aussi en point le mire le papy de Châteaulin qui m’avait magistralement déposé dans la bosse précédente.

 

Je reconnaissais alors le parcours, similaire à celui de l’aller, il s’agissait du même sentier en sous-bois. Je n’avais pas quitté le rythme fou pris sur les chemins agricoles et essayait de le conserver dans cette partie, poussant par la même occasion les deux coureurs devant moi qui accéléraient aussi. Cependant, et pour la première fois en un peu plus d’un an de course à pied, voilà que quelque chose d’inattendu et pénible venait contrarier ma fin de course : d’un seul coup, je sentis une douleur au dessus du genou, à l’intérieur de la jambe droite. Ca n’empêchait pas de courir mais c’était suffisamment douloureux pour m’obliger à ralentir. Il ne restait plus grand-chose, un kilomètre peut-être, mais c’était dur, j’avais vraiment hâte d’en terminer, d’autant plus que ça ne faisait que monter pour terminer. Je laissais finalement filer mes deux compères de fin de course et faisais définitivement une croix sur le possible rattrapage du papy de Châteaulin. Alors que nous nous dirigions vers l’arrivée, la dernière côte en bitume intensifia la douleur à la jambe. Je serrais désormais les dents pour finir, car quand même, j’avais à cœur de contenir les participants que j’avais dépassés lors de ma chevauchée sur les chemins agricoles. Après une bordure de champ, et une cinquantaine de mètres, c’était enfin la délivrance avec l’arrivée en 1h02’ environ, même si je me faisais coiffer sur le poteau par le gars en marcel blanc « Café Alré » qui faisait partie de mon groupe de coureurs du début. Même pas une minute plus tard, Xavier arrivait, ce qui me permet d’affirmer qu’il ne reste plus beaucoup de temps avant qu’il ne termine désormais toutes ses courses devant moi, encore une course ou deux. En effet, même si j’avais trainé dans les bosses et que l’arrivée fut difficile, j’avais couru sacrément vite et doublé pas mal de monde sur les chemins agricoles assez longs de la fin.

 

Content d’être arrivé, je prenais la collation d’après course avec Xavier. Il faisait beau, la température était devenue agréable, c’était encore un beau dimanche. Mais il y avait quelque chose de fâcheux, de très fâcheux même… Qu’était-ce donc cette douleur à la jambe au dessus du genou à l’intérieur de la jambe ? A cet endroit se situe un muscle qui s’appelle le vaste interne, et compte-tenu de l’apparition assez soudaine de la douleur, il s’agissait très probablement d’une contusion de ce muscle. La quarantième édition de Saint-Pol Morlaix était programmée le dimanche suivant, ce qui laissait 7 jours pour se remettre. Sachant qu’il faut compter 5 à 10 jours de repos pour une contusion, c’était jouable, mais certainement pas raisonnable si je souhaitais garantir mes participations aux courses suivantes, notamment le Technoz-trail. Je faisais face à un choix cornélien, fallait-il renoncer ou non au St-Pol Morlaix et refourguer par la même occasion mon dossard ? Je ne le savais pas encore et décidais de patienter jusqu’au soir du mardi suivant pour prendre ma décision. Je me dis que le trajet à pied jusque la voiture garée assez loin me permettrait peut-être d’évaluer un peu mieux mon état une fois refroidi après la course. Ce n’était pas jojo, j’avais du mal à conserver une démarche naturelle. Je pris une veste et revins près de la salle pour assister à l’arrivée du 22km. Peu après 11h, après à peine un peu plus d’une heure et demie, les premiers arrivaient déjà. J’allais me placer près de la sortie du champ juste avant d’arriver sur le terrain de la salle de sports pour encourager les premiers du 22km. Arnaud court bien et était probablement bien placé. Après une vingtaine de concurrents, peu avant 11h30, il arrivait et je parcourais avec lui 50m avant l’arrivée, tant pis pour mon vaste interne droit. A son arrivée en 1h54’ environ, Arnaud était un peu éreinté, il avait trouvé le circuit technique, mais l’avait apprécié. Autre satisfaction, il était arrivé devant un Cavaleur.  J’avais droit une seconde fois à du thé chaud en accompagnant Arnaud à la collation avant que nous décidâmes de rentrer au bercail chacun de notre côté. Je revenais sur la grande place de Pleyben et faisais sensation à l’approche de la Toussaint : boiteux, les jambes terreuses, le visage marqué par la course et grimacé par la douleur, je débarquais en clopinant sur la grande place, et ma veste entrouverte laissait voir le 66 de mon numéro de dossard qui était le 766. Pour les esprits les plus imaginatifs, il était facile d’imaginer que le numéro pouvait éventuellement s’agir du chiffre 666 des versets de l’Apocalypse (pour l’anecdote, Xavier lui avait le numéro de dossard… 665, et ça ce n’est pas des bêtises !). Les fidèles sortant de la messe dominicale me regardaient sans mot dire, le teint blême, se disant qu’il s’agissait peut-être de l’Ankou en personne, ayant troqué son linceul contre un T-Shirt « fashion » avec le chiffre de la Bête, et sa faux contre un short et une paire de chaussures de sport.

 

En ce qui concerne le 12km, il était de difficulté moyenne avec les conditions agréables et sèches que nous avions en ce dimanche. Il ne fait pas de doute qu’en cas de pluie, même avec les portions assez longues de chemin, ce 12km est à classer parmi les difficiles, avec des sentiers de sous-bois qui seraient alors bien gras et des raidillons glissants à souhait. Personnellement, même si j’ai carburé sur les chemins agricoles de la seconde partie de parcours, j’ai largement préféré la première partie avant le ravitaillement.

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