Régis au Ruzbou’tour - 6 juin 2015

Le Ruzbou’tour, Plougasnou, le 6 juin 2015

 

            Je n’avais pas réussi à vendre la course auprès des Goélopeurs, qui avaient préféré pour beaucoup rester aux alentours de Brest pour les courses du 7 juin avec la Littorale à Plougonvelin ou encore les 10 km de Lesneven, manche du challenge de l’Elorn. Je ne sais pas trop ce qui a effrayé les gens, moi, Plougasnou, le jour et l’heure, ou peut-être tout ça à la fois. Bon déjà, Plougasnou, c’est au Nord-Est de Morlaix, depuis Brest, il faut compter 35 min de RN12 et 15 - 20 min de départementale D46 à prendre à Morlaix juste après le pont pour y arriver. Ce n’est donc pas si loin. Ensuite, la côte léonarde comme à Plougonvelin c’est beau certes, il y a le GR34, mais figurez-vous que le GR34 passe aussi dans le Trégor finistérien dont fait partie Plougasnou, avec une côte et des paysages qui n’ont absolument rien à envier au Léon (c’est même mieux et plus joli car le littoral y est beaucoup moins agressé par les constructions). Surtout qu’il faisait beau, cela permettait de faire un pique-nique en bord de mer avant d’aller se chauffer les gambettes. Restait alors d’autres paramètres à prendre en compte pour analyser ce peu d’intérêt et de motivation pour une course qui aurait sans doute permis à de nombreux Goélopeurs de se mettre en évidence. Je me rappelle par exemple que le récent relais de Noël à Plouénan en décembre 2014 fut annulé pour cause d’insuffisance de participants, triste.

 

            Bon, puisque c’était comme ça j’ai boudé et décidé au dernier moment de le faire tout seul le relais Ruzbou’tour des Ruzboutou plouganistes. J’appelais le matin même les organisateurs pour savoir s’il était d’ailleurs encore possible de s’inscrire. La réponse était oui, je pouvais me lancer en solo si je le voulais pour 2h dans le bourg de Plougasnou. Après le trail de Lennon la veille, cela n’allait sans doute pas être de la tarte mais qu’importe. J’arrivais au bourg au parking de la métairie vers 17h, en tenue de Goélopeur, constatant que le parking était bien peu occupé. Je me dirigeais alors vers la place de l’Eglise et constatais avec effroi qu’il y avait peu de monde pour la course, et c’était peu de le dire. Pourtant, les moyens étaient là, la remorque-podium, les stands de restauration avec tables et chaises, la table d’inscription, l’arche de départ/arrivée du circuit, le fourgon de prise des temps de passage, le balisage. Des courses enfant avaient tout de même lieu avant que les grands ne prennent le départ à 18h. Je rencontrais tout d’abord Alice, une amie plongeuse et coureuse, aux crêpes, un talent nouveau que je ne lui connaissais pas, avant d’aller retirer mon dossard avec Yvon, qui a terminé le BUT 118km cette année. Je m’inscrivais en solo, et deuxième effroi, je constatais, d’une, que nous n’étions pas nombreux, un peu plus de dix, et qu’en plus il n’y avait que des coureurs de très bon niveau ou encore rompus à ce genre d’exercice, du genre Franck Rivalland et Francis Lebrault du Redeg 29, et d’autres encore, de Courir à Morlaix et Courir à l’Infini. Je revins à la voiture pour fixer le dossard, et comme la veille, je me mettais un peu de baume du tigre (rouge) sur les pattes pour chauffer les muscles ainsi que des secondes peaux contre ampoules sur les pectoraux pour ne pas que ces derniers souffrent des frottements de maillot. Retour place de l’église, il y avait un peu plus de monde, nous étions même montés à un peu plus de quinze inscrits sur le solo. En bonne surprise, je vis arriver une fille de Brest que je vois régulièrement sur les trails. Sur la place de l’église, les filles du club de zumba de Morlaix essayaient de mettre tant bien que mal un peu d’ambiance, pas facile vu le très peu de monde et que parmi les présents comme moi la plupart étaient dans leur bulle avant la course ou encore avaient bien trop de problèmes psychomoteurs pour s’agiter sur des rythmes latino. Et si les coureurs n’étaient pas nombreux, les spectateurs non plus.

 

            Je finis par patienter en m’asseyant sur l’herbe du placître de l’église en observant le bourg et l’église, assez impressionnante avec son clocher flanqué de contreforts et d’une solide flèche en granit, ses cadrans solaires. Il restait 30 min avant le départ, avec un grand soleil et un vent léger, une météo idéale. 20 min avant le départ, je sortais de ma léthargie pour partir à la découverte du circuit. Celui-ci commençait aux feux de la place du Général Leclerc pour contourner l’église par l’Ouest et le Nord pour descendre dans le bas du bourg par la rue de la Libération. Le plat revenait après la poste et la mairie avant de faire demi-tour au niveau du CMB, pour revenir place du Général Leclerc par la rue François Charles avec une légère côte. Le circuit faisait 900 m environ, bien balisé, et était bien dosé techniquement avec plat -> descente légère -> plat -> côte légère, et ainsi de suite, offrant un passage devant de nombreux commerces du bourg. Je ne vais pas tous les citer car cela prendrait du temps et que pour des raisons d’équité, cela m’obligerait de citer aussi tous les commerces des hameaux avec le risque d’oublier certains, Plougasnou étant vaste avec un habitat dispersé. Toujours est-il qu’il y a des raisons historiques pour qu’il y ait autant de commerces dans la commune, qui, si elle a toujours encore de l’emploi salarié en masse grâce à Primel Gastronomie (Groupe SILL de Plouvien) et aux Viviers de la Méloine (Intermarché), connut ses heures de gloire avec le tourisme au début du XXème siècle, puis plus tard après-guerre avec les plus grands viviers d’Europe dans les années 70-80. 

 

            De retour sur le placître de l’église, je me dis que cela manquait un peu d’arbres et ne pouvais m’empêcher de penser aux défenseurs des anciens cyprès abattus depuis, qui avaient réussi à faire parler de la commune au niveau national, sur TF1 et Canal+ notamment, en campant dans les arbres pour empêcher l’abattage de ces derniers. Ils n’eurent pas le dernier mot malgré qu’ils étaient pourtant du métier, paysagistes et élagueurs professionnels. Bon soit, on s’est habitué depuis, mais ça manque de vert en hauteur comme on dit. Malgré le grand soleil, l’ambiance était toujours froide avec ce peu de monde. A 5min du départ, le speaker invitait les coureurs à se placer sous l’arche pour un briefing. Etant solo, je devais rester à l’extérieur au niveau de la zone de relais, c’était bien délimité, il n’y avait pas de risque de se tromper. Question chronométrage, un grand tableau d’affichage était bien visible 10m après l’arche tandis qu’un fourgon judicieusement placé en bifurcation de zone de relais permettait aux organisateurs de marquer les passages. J’avais noté une pancarte TransGaule derrière le pare-brise du fourgon, le propriétaire devait être un vrai fondu de course à pied. Juste avant de donner le départ, un hommage était rendu à Hervé Cosquer sous forme d’une minute d’applaudissements. Disparu en début d’année, il fut fondateur du club des Ruzboutou et de la course du Ruzbou’tour. 

 

            18h, top départ après décompte, et tout le monde partait en même temps, solos et premiers relayeurs des duos et trios. Cela partait vite et je me laissais embarquer dans le flot. Derrière moi après l’église, j’entendais deux solos disant que ça allait vite et qu’il fallait ralentir, il y avait 2h à tenir. Je cherchais des yeux des solos devant moi et ne vis que Franck qui entamait déjà sa remontée alors que je n’avais pas fini de descendre. Je continuais ce premier tour sur le même rythme, remontais et eus la surprise d’entendre mon nom cité en troisième position par le speaker. Je n’avais pas vu le second solo sans doute caché par le CMB au premier tour. Gast, j’étais sur le podium au premier tour ! Cela ne dura pas, car à peine le second tour entamé, Francis me doublait. Et puis de toute façon, comme avaient dit les deux solos derrière moi au premier tour, il ne fallait pas partir trop vite, il y avait 2h à assurer. Je ralentissais en gardant l’ex-président du Redeg29 en vue. Un gros avantage du circuit fut qu’il était possible de caler son rythme ou de choisir de le modifier en voyant et croisant très souvent les autres participants, une fois à la fin de la descente, et de l’autre côté avant de remonter. J’essayais de trouver un rythme, une musique en quelque sorte, de même que je réfléchissais à tous les combien de tours je devais m’arrêter pour boire de l’eau. J’estimais que tous les cinq tours cela devait être bien. 

 

            Début du 3ème tour après 10 min, sous l’église, je reconnaissais et saluais un bénévole, mon ancien médecin traitant qui me salua à son tour. Je trouvais enfin un rythme convenable. Francis s’éloignait au train, puis, après le CMB, Franck me prit déjà un tour.  Depuis le début j’étais encouragé par Alice et une autre dame, à la fin de la côte sur la fin du tour. Je terminais mon quatrième tour en regardant bien l’affichage, un peu moins de 20’ d’écoulé, je devenais régulier en faisant du 5’/tour et continuais, sans oublier de m’arrêter boire de l’eau au cinquième tour. En repartant, je me faisais doubler par deux autres solos dans le 6ème tour, qui allaient bien plus rapidement. Ceux-là étaient partis très prudemment et accéléraient progressivement, c’étaient peut-être les deux que j’avais entendus causer lors du premier tour. Je conservais mon rythme, il ne fallait surtout pas que je m’amuse à les suivre ceux-là car ils avaient sacrément pris de la vitesse. Peu après, encore un dépassement de Franck. Pour le moral, ce n’était pas terrible, mais de toute façon nous ne jouions pas dans la même catégorie, je savais que ce n’était même pas la peine que je les compte ses dépassements, il y en aurait beaucoup. Et ce n’était pas fini, arrivé au CMB, un autre solo me dépassait, il allait encore plus vite que les deux qui m’avaient précédemment dépassés. Je compris alors que c’était sans aucun doute le second solo que je n’avais pas encore vu. Je continuais tranquillement, et arrivais à mon 10ème tour en 50’ environ. 

 

            Second ravitaillement en eau, et cette fois-ci je regardais derrière moi, non pas pour voir les coureurs pouvant me dépasser, mais les demoisellles de la zumba sur le podium. Francis m’avait pris un autre tour dès mon septième tandis que je ne comptais pas les tours pris par les autres qui m’avaient déjà doublé. Je commençais à regarder derrière, car l’heure de course approchant, je perdais un peu de concentration et craignais que d’autres accélèrent à cet instant. C’est précisément ce qui se passa. Un coureur de St-Gervais-La-Forêt, en vacances dans le coin, accéléra après l’heure de course pour me rejoindre. Nous fîmes même ensemble une descente bien en rythme, avec la musique comme on dit, pieds gauches et pieds droits bien cadencés pour sonner le bitume. Il finit par me dépasser et prendre le large. Cela me désunit quelque peu et je finis par être déconcentré à ne plus savoir où j’en étais niveau ravitaillement. Avais-je fait 4 ou 5 tours et devais-je m’arrêter ? Je ne savais plus. Après 1h20 de course, la lassitude s’installait, je courais sans conviction, effectuant les ravitaillements en eau au feeling. Je n’avais encore rien mangé depuis le début. Puis, je vis mes parents venus en spectateurs pour m’encourager. Cela me fit plaisir bien sûr d’autant plus que j’étais dans la difficulté. Je manquais de faire une hypoglycémie lors de la descente suivante d’ailleurs et dus ralentir fortement pour ne pas finir dans le lagenn. Une fois le tour terminé, je prenais note de cette alerte et ne pris pas que de l’eau, je pris à manger raisins secs et orange, ainsi que du cola plein de sucre. Cela fit son effet heureusement rapidement et je pus reprendre du poil de la bête dans la dernière demi-heure. 

 

            J’avais complètement perdu mon rythme de ravitaillement du départ, mais ce n’était pas grave, j’arrivais moi aussi à prendre des tours aux derniers solos, et surtout, je repassais devant le coureur de St-Gervais à la faveur d’un arrêt assez long de sa part au ravitaillement.  Une de mes soeurs finit aussi par apparaître avec son copain en spectateurs, ce qui m’empêchait définitivement de flancher. A 10’ de la fin j’avais pris un tour à la première féminine et resta en sa compagnie pour 2 tours jusqu’à la fin des 2h. Nous avions ralenti dans la côte sur la fin pour ne pas faire de tour supplémentaire. Personnellement, sur un exercice éprouvant comme celui-ci, je n’étais pas disposé à aller passer l’arche exprès sous les 2h pour faire un tour de plus qui ne m’aurait rien apporté, idem pour la première féminine. Pour les duos et trios, c’était bien différent et il y avait sans doute quelques équipes à départager dans l’ultime tour.   

   

            Voilà, c’était terminé, j’étais content de ma course au bout de 2h, je n’avais pas marché sur le parcours et ne m’arrêta qu’au ravitaillement, et je réussis à conserver un rythme à peu près régulier tout du long. En axes d’amélioration, apprendre à s’alimenter sur ce genre d’effort et travailler la concentration ne serait pas du luxe. Mais, le sentiment dominant à l’arrivée était l’amertume, je partageais celle des organisateurs, que l’on pouvait ressentir fortement et c’était compréhensible. Je me dirigeais vers le stand des crêpes où se trouvait Alice, tout ce dont j’avais envie était une crêpe et une bonne bière. J’apercevais brièvement une autre connaissance et jolie plongeuse, aux frites, Amandine. Tandis que je discutais avec Alice et d’autres Ruzboutou, je suivais de loin les remises des récompenses. Et à ma grande surprise, je fus appelé, ayant terminé sixième du solo (et second sénior, ça alors), sans réel mérite. C’est sans doute la première et la dernière fois que je fais un podium en course à pied. Le Régis qui fait un podium, là il y a un gros souci quand même, faut pas déconner. C’est qu’il y avait vraiment trop peu de monde. La course n’eut pas de grand intérêt sans coureurs capables de rivaliser avec les plus rapides présents. Sur le solo, Franck Rivalland a fait cavalier seul et a du s’ennuyer un peu quand même. Cela fut un peu plus intéressant sur les trios. Je me vis remettre comme à d’autres un sacré panier garni, 2 artichauts Camus, 5 petits violets, un sachet de pommes de terre, 2 raviers de tomates cerises, un T-shirt de la commune de Plougasnou, une bière « Pression Sociale » de la brasserie Pied de Biche de Guimaëc, une pomme, une compote à boire, des biscuits. Hé ben, je n’étais pas venu pour rien. Je n’ai jamais vu de panier garni aussi bien fourni et autant de personnes récompensées. Les absents ont toujours tort. Et je comprenais d’autant plus l’amertume des organisateurs qui s’étaient pliés en 4 pour faire de ce jour une réussite.

 

            Qu’est-ce qui a merdé alors ? La comm ? Non (enfin, pas tout ;-) ), la presse locale et les sites spécialisés (Yanoo) ont été utilisés, d’autres réseaux sociaux aussi. Même les organisateurs ont donné de leur personne en courant avec une pancarte et je me rappelle bien de Fred Bouquet au Toulokicourt. Le prix de l’inscription ? Non, 7 euros dont 1 reversé à Céline et Stéphane Leucémie Espoir, c’est raisonnable. La météo alors ? Non plus il a fait grand beau. Le circuit ? Difficile à dire, car si ce n’est pas original de courir dans un bourg, il y a aussi des aficionados du bitume qui recherchent ce genre d’épreuves. Le jour et l’heure ? Sans aucun doute, car déjà il y avait des courses établies de longue date le même week-end, comme la Littorale à Plougonvelin qui fait une comm bien plus importante, presque pro, et qui propose des « gros » lots. Ou encore les 10km de Lesneven du challenge de l’Elorn, une course que je n’ai pas trouvé très jojo mais qui a l’avantage d’appartenir à un challenge et de bénéficier de la force de frappe qui va avec (cela oblige à l’assuidité en quelque sorte). Pour l’heure, un samedi après-midi, ce n’est jamais facile. Je pense vraiment que le jour et l’heure n’ont pas contribué à faire du Ruzbou’tour un succès, mais je donne mon avis sur deux autres choses importantes : premièrement l’affiche… Elle ne fait pas envie, du tout. De belles photos de la commune avec des coureurs vaudraient mieux qu’un dessin posé par dessus des formes de texte style word, powerpoint et clipart. Et quand je regarde l’affiche un peu plus longtemps, le gros index du bonhomme en short vert et maillot rouge se transforme en majeur et me fait penser à un geste obscène (je suis désolé mais je n’aime pas le dessin de Blÿnt pour cette occasion). Sérieusement, l’affiche est à retravailler. Deuxièmement, le circuit. Il était très bien d’un point de vue technique et permettait de se jauger par rapport aux voisins souvent, ça c’était top. Mais de nos jours, si il n’y a plus de bonne excuse autre à côté (et encore, exemple du relais de Noël à Plouénan…), tourner dans un bourg de basse-bretagne autour d’une église n’est pas très sexy, surtout quand on a plein d’atouts naturels sur la commune, du genre la pointe de Primel. Cela tombe bien, il n’y a plus le cyclo-cross à la pointe. Pourquoi pas un p’tit circuit de relais en course nature à la place. Et puis même si ça tombe en même temps que St-Pol Morlaix et qu’il ne fait pas beau, ce ne serait pas grave, il y aurait du monde (des traileurs qui aiment le grand air et courir sous les embruns, des qui en ont marre de payer presque 20 euros pour un T-shirt technique et une médaille au SPM, des qui ont raté leur dossard au SPM).  Ce qui fait caguer dans ce dernier cas, c’est que cela empêcherait de nombreux Ruzboutou de participer au SPM qui reste quand même une grand-messe de la course à pied. Donc pour le circuit, ce n’est pas une priorité, mais il va falloir songer à changer d’affiche pour l’accroche et à voir pour un autre créneau de date. Faut pas se décourager les Ruzboutou, c’était la seconde édition, avec de la grosse concurrence à côté, ça ira mieux l’an prochain.

 

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