Régis à Lennon - 5 juin 2015

Course nature de Lennon, 5 juin 2015

 

           « Imagine all the people, running the Armorik trail challenge… ». Bon, elle était facile celle-là, ça c’est fait, tout comme la cinquième manche du challenge qui a permis aux plus assidus d’être classés au challenge. Chouette, j’en suis ! 


          Alors, hé bien ce fut original. Le nom de la commune bien sûr prête déjà à sourire surtout pour nos amis Anglais qui doivent bien venir ici en masse en pèlerinage. Mais surtout, ce trail était organisé un vendredi soir, avec un départ à 19h30 pour le 21km et un départ à 20h pour le 11km. Nickel après une semaine de boulot surtout quand celle-ci ne fut pas des plus efficaces et que je commençais mon week-end en mode grognon. J’avais donc pris toutes mes précautions pour être à l’heure à Lennon, craignant les classiques bouchons du vendredi soir avant le pont de Plougastel, et je m’y pris tellement bien que j’arrivais au moins 1h avant le départ. Je n’avais pas covoituré avec Pierre-Yves LG et Wil qui devaient aussi venir, devant prendre une direction différente de Brest au retour. L’arrivée dans le bourg fut un peu comme dans un bon vieux western, Lennon semblait si endormie qu’on aurait dit un village fantôme. Mais où étaient les gens ? Je tournais un peu en rond pour trouver le parking avant de voir un autre concurrent de Ploudal arriver lui aussi très tôt, qui réussit à avoir des infos avec des bénévoles qui finissaient tout juste de baliser le circuit. Le parking était en fait un champ face au château d’eau un peu plus haut que l’église. Nous étions les deux premiers véhicules dans le champ d’herbe.

          Bien, je n’avais qu’à fournir mon certif pour récupérer mon dossard. Je faisais un petit tour dans le bourg et vis enfin un peu d’animation, avec le traditionnel bar en face de l’église mais cherchais où récupérer le dossard quand un bénévole me donna les indications. Il fallait prendre le petit chemin entre la maison des associations et le château d’eau pour trouver la salle des fêtes et un peu de monde. J’étais tout près depuis le parking en fait, et vis en effet qu’il y avait sur une pelouse le car-podium, l’arche de départ et d’arrivée, ainsi que la salle des fêtes en contrebas. J’allais récupérer mon dossard. Premier constat, il n’y avait pas beaucoup d’inscrits, essentiellement les habitués du challenge, une centaine sur le long peut-être et le double sur le court, par contre tous les cadors étaient présents, ce qui n’était pas très rassurant, je me voyais déjà finir dans les derniers. Le jour et l’heure ne devaient pas être étrangers à ce peu de fréquentation, d’autant plus que d’autres courses avaient lieu le week-end (le Ruzbou’tour, la Littorale, les 10km de Lesneven, le triathlon du Moulin-Blanc…).


          Avec presque une heure à attendre avant le départ, je retournais faire une sieste d’une demi-heure au chaud dans la voiture car il y avait dehors un petit vent frais d’Ouest. Réveil à 19h, j’apercevais Pierre-Yves et Wil dans les rétroviseurs. Je fixais mon dossard, me mis un peu de baume du tigre sur les jambes pour faire monter plus rapidement les muscles en température, et alla rejoindre mes deux compères qui terminaient leur préparation. Pierre-Yves nota tout de suite la forte odeur de camphre « c’est toi qu’à mis de l’arnica, t’as mis tout le tube ou quoi ? ». « Non, non, c’est juste un doigt de petit pot de baume du tigre ». C’est vrai que ça sent très fort, et en plus, je ne sais plus qui m’a dit ça il y a peu, mais il parait que ce n’est pas conseillé du tout au niveau dermatologique. Enfin, j’ai un souvenir de voyage à écouler, et ça l’air adapté pour chauffer les muscles, peut-être plus adapté que pour son usage initial d’antalgique. Nous nous dirigions ensemble vers la salle des fêtes, le temps de discuter un peu avec Marie-Line de Courir à Ploudal, de saluer Béné et Nico, avant de partir à la découverte du bourg pour un petit échauffement.

          Nous revenions au départ 5min avant l’heure. Effectivement, il n’y avait pas grand monde, et avec le terrain qui était assez large nous étions en 3ème ligne alors que nous étions dans le dernier tiers du peloton. Avec Wil nous rigolions déjà, ne sachant pas trop à quelle sauce nous serions mangés sur ce trail. Ce qui était certain, c’est qu’il fallait s’employer un peu pour ne pas finir parmi les tout derniers, vu le peu de monde et le niveau. A 19h30 top départ sous l’arche. Nous partions quelque part vers l’Est en empruntant un peu de bitume, ce n’était pas si rapide, bizarrement. Je pris un peu de distance par rapport à Pierre-Yves et Wil. Après à peine 500m, nous tournions à gauche dans une entrée de champ puis empruntions un sentier de plus en plus étroit et escarpé, en descente comme il fallait, en forêt. Cela faisait drôle, car même si le soleil était encore loin de se coucher, ce n’était pas très lumineux et il fallait garder une attention de tous les instants pour ne pas se casser la figure. Et puis si les premières portions étaient assez droites, nous arrivions très vite sur un tracé diabolique avec beaucoup de virages dans tous les sens. Sans compter que comme nous étions bien descendus, il nous fallait remonter par de bonnes petites côtes par moments avant de redescendre encore. J’en étais déboussolé, ça tournicotait dans tous les sens, cela descendait puis montait, et en plus j’avais plus ou moins gardé le rythme du bitume. Ça piquait les jambes. Cela continuait sans répit, avant d’arriver près d’une rivière et de ruines d’un moulin. 100m de côte et j’étais rendu au premier ravitaillement. Bien émoussé, je prenais mon temps au ravito pour boire de l’eau et discuter avec les bénévoles qui me demandaient si nous étions nombreux. Je répondais que nous devions être une centaine environ au vu des deux pages A4 au départ, et qu’il y avait environ le double de concurrents sur le court. Soit, je perdais bien 2min, mais j’apprenais aussi que le moulin en contrebas allait bénéficier d’une restauration. Enfin, je pensais que c’était sans doute le fantôme du meunier ou bien des vilains korrigans bourrés qui avaient tracé cette première partie infernale tout en virages et alternances de montées-descentes. Je repartais un peu ragaillardi mais avec humilité car s’il fallait encore faire une quinzaine de bornes comme cela, ce n’était pas gagné. 


          Le contraste fut frappant, car la course devint soudainement plus tranquille, il y avait certes un peu de sous-bois, des bordures de champs, mais c’était plat. Un coureur en maillot vert pomme me doubla et je lui emboitais le pas, espérant que j’allais pouvoir repasser devant à certains moments pour faire des relais. Las, pour les rares occasions où je pus le redépasser, il accélérait à temps. Il finit par prendre 10m d’avance. Nous continuions ainsi sur plus de 2km avant d’arriver sur le chemin de halage du canal de Nantes à Brest. Je suivais toujours mon lièvre tout en contemplant le paysage. Sans rire, ce n’est pas du luxe de courir au bord de l’Aulne un vendredi soir après une semaine de boulot ? Si bien sûr, c’était apaisant même si nous ne restions pas trainer en route. Loin devant, des maillots, et en coup d’œil derrière, nous pouvions apercevoir nos poursuivants. 

          Après environ presque un kilomètre, la récréation était terminée, il fallait quitter le canal de Nantes à Brest pour remonter sur les hauteurs. Et au moment de remonter, qui voyais-je revenir juste derrière, Pierre-Yves !


          J’entamais la montée dans le sentier de type chemin creux en courant, voyant toujours le gars en vert pomme devant. Puis au détour d’un virage, je vis que le sentier continuait à monter longuement avant de déboucher sur un chemin plus large mais plus raide. Je ralentissais inexorablement, laissant d’abord filer mon acolyte des quatre kilomètres précédents, avant d’arriver sur le chemin où je lâchais un gros soupir et me mis à marcher. Au même moment, tranquille, au train, Pierre-Yves me dépassait accompagné d’un autre concurrent. Forcément, ce n’était pas top pour le moral, mais bien mieux qu’à Hanvec ou Pierre-Yves m’avait dépassé puis largué dès le 3ème kilomètre. Je me remis à courir convenablement en gardant Pierre-Yves, son acolyte et le gars vert pomme à vue. Nous étions revenus temporairement sur bitume, près d’une exploitation porcine ou avicole, je ne saurais dire à l’odeur. Vu que Pierre-Yves revenait sur mon collègue d’avant, je voulais voir la tête de ce dernier quand Pierre-Yves allait le dépasser, du genre « Hé bé il a perdu vachement de poils depuis tout à l’heure lui ! ». Ça ne loupait pas et je devinais la surprise pile poil au moment où le groupe de trois devant moi loupa le balisage une trentaine de mètres devant et manqua de se perdre. Cela me fit bien sourire. C’est un quatrième traileur en maillot rouge et qui commençait à être dans le dur qui leur signala leur erreur. Nous devions en être vers les 12km et je commençais à avoir sacrément soif, je n’avais pris ni gourde ni poche à eau au départ et commençais à le regretter. Dans une côte joliment garnie de digitales roses de chaque côté, je marchais une seconde fois et me faisais doubler par une fille. Bon, pour le coup je me disais qu’il n’y avait pas eu ni de mauvaise gestion du départ, ni trop de fainéantise, c’est juste qu’il me fallait de l’eau. Le second ravitaillement fut bienvenu, j’y passais aussi 2 bonnes minutes, prenant quelques raisins et un quartier d’orange en plus de descendre deux gobelets d’eau. Je repartais convenablement même si je me faisais doubler en sous-bois par un gars qui me demandait où nous en étions. Je lui répondais que nous en étions vers les 13-14km à peu près. Mon pronostic était pas mal car 5min plus loin il y avait la pancarte du 15km (il y avait eu avant celle du 5km après le premier ravito, celle du 10km en entrant dans le chemin après l’exploitation de poules ou de cochons le long de la route). J’entrais dans une section boisée avec de grands pins et faisais hyper gaffe au balisage car c’était sombre par endroits. Je me concentrais plus sur les marques orange au sol plutôt que sur la rubalise qui était vraiment discrète par endroits. Lors d’une redescente vers une rivière j’entendis derrière du bruit et constatais que quelques traileurs me rattrapaient. Je reconnaissais le couple de Bodilis VTT Aventure que nous avions croisé avec Wil au Tro Milinou. Mais cette fois-ci, c’était à moi de faire le lièvre, déjà pour leur rendre la pareille depuis Loc-Eguiner St-Thégonnec, mais aussi pour ne pas flancher moi-même sur la fin. Je repartais un peu plus rapidement après avoir traversé la rivière, commençant par un petit raidillon entre les arbres dont certains étaient couchés, déracinés par des tempêtes hivernales. La suite était plus tranquille, avec du sous-bois classique, puis un peu de bitume ou je dus ralentir un peu par moments pour ne pas louper le balisage, avant d’arriver sur un sentier tout proche de la voie express du kreiz breizh RN164. Nous remontions tranquillement vers le bourg de Lennon en tournant graduellement vers la droite afin d’emprunter un chemin bien droit, et surtout long. J’avais toujours pas loin derrière les Bodilisiens. Le dernier chemin semblait interminable et semblait nous ré-éloigner du bourg quand un bénévole m’annonça qu’il restait un peu moins de 2km et qu’il fallait tourner à la croix au bout à gauche pour l’ascension finale. Je restais donc en cadence et finit par tourner à gauche à la croix, il restait 1km environ et une belle côte en bitume. Si je ne flanchais pas je n’arrivais pas à accélérer, et au milieu de la côte un dernier coureur finit par me doubler. Les Bodilisiens suivaient mais restaient derrière. J’arrivais sur l’herbe sous l’arche d’arrivée en 2h04’ environ, avec les encouragements de Béné, et étais assez content de ma course, n’ayant fait ma fainéasse qu’un peu, pas trop. J’étais aussi content du parcours, très roulant dans l’ensemble avec plein de relances, et une première partie très technique et sélective, que j’ose à peine imaginer par temps de pluie, sans compter la découverte de ce vieux moulin dont je ne sais le nom mais qui devrait revivre bientôt, ainsi que le chemin de halage le long de l’Aulne.


          A l’arrivée, j’apprenais que Béné avait fait 2ème ex-aequo, encore un podium, et je vis Pierre-Yves qui avait mis 1h57’, autrement dit cela signifiait qu’il m’avait collé 1min/km après le second ravito. Nous attendions Wil qui arriva tout sourire peu après avant de prendre la direction de la table aux sandwichs, car avec son dossard, chaque concurrent avait droit à un sandwich et une boisson. Au fur et à mesure des arrivées, le speaker encourageait et citait les coureurs avec parfois des phrases assez drôles, du genre « Courir un 21km un vendredi soir, c’est pas banal ! ». Je restais assister à la remise des récompenses des filles sur le court avec Pierre-Yves et Wil, l’occasion de rire encore avec le speaker, qui interrogeant la petite fille de la première, aussi présente sur le podium, lui demanda « Est-ce que tu penses que ta maman est une grande championne ? ». Réponse de la petite : « Non ! ». Cela fit rire beaucoup de personnes dans l’assemblée, il y eut comme un petit zeste d’école des fans dans l’air. Nous revenions au comptoir de la salle des fêtes pour la boisson, et options bien sûr pour une bonne bière bien méritée. La bonne nouvelle, pour moi en tout cas, ça y était, j’en étais à 5 courses sur le challenge Armorik trail et étais donc classé au challenge, mon tout premier ! C’était mon objectif en 2013 que je n’avais malheureusement pas pu atteindre, mais cette fois-ci c’était bon. Reste à faire le maximum de courses restantes pour accomplir le challenge le plus pleinement possible, avec une grosse pause d’ici le mois d’Août où il faudra aller affronter les pentes du côté de Brasparts et Huelgoat.

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