Régis à la recherche du loup perdu - 4 janvier 2014

Samedi 4 janvier 2014, noz trail Entre Chien et Loup au Cloître St-Thégonnec…

 

C’est vers 17h30 que nous arrivions au Cloître en covoiturage avec Anne que j’avais embarqué au petit Kerzu. Nous étions un poil en retard, j’avais eu la mauvaise idée d’aller faire des courses un samedi après-midi chez Casto… Nous étions tout de même arrivés à temps pour aller prendre les dossards à la salle omnisports en croisant d’abord Stéphanie et Patrick, revenir s’équiper à la voiture en croisant ensuite Benoît, et retourner à la salle au briefing. Première sensation, il faisait drôlement froid au Cloître, beaucoup plus qu’à Brest en tout cas. C’est en retournant vers la salle que nous croisions Denis qui lui était vraiment à la bourre, ce qui n’est pas dans son habitude. En arrivant à la salle, celle-ci était pleine, tous les coureurs écoutaient attentivement le briefing, la course s’annonçant particulièrement grasse. Nouage solide des lacets de chaussures et lucidité (gare aux entorses, aux chutes) étaient les principaux messages du briefing.  Toujours pas de trace de Seb ni de Yann qui étaient aussi normalement inscrits. A peine le briefing terminé, nous trouvions enfin Yann, l’occasion de plaisanter sur la santé mentale des traileurs du jour dont nous faisions partie. C’est vrai, il fallait une bonne dose de masochisme pour aller faire 15 km de nuit dans la boue quatre jours après le réveillon. La Bretagne subissait depuis maintenant une quinzaine de jours des assauts météorologiques pluvio-venteux aux conséquences parfois difficiles comme les inondations, sans compter les chutes d’arbres avec le vent ou encore une houle bouffeuse de littoral. Tempête en décembre, t’en chies en janvier… Et tempête en janvier, t’en chies en février. Si le breton est coutumier des coups de vents hivernaux, le caractère exceptionnel en durée et en intensité de cette transition 2013-2014 commençait à peser moralement. Assez ! a-t-on envie de crier aux cieux et à ceux qui sont dedans. Aussi, le trail Entre Chien et Loup d’ordinaire déjà très gras promettait d’être particulièrement aquatique cette année. Ceci dit, en cette soirée du samedi 4 janvier 2014, il faisait froid, mais il faisait beau et le ciel était clair, comme une lucarne dans la tourmente.

 

Peu avant 18h, j’avais rejoint comme tout le monde la ligne de départ au niveau du Musée du Loup, et me positionnais en même temps que Benoît à peu près à la moitié du peloton. J’aperçus furtivement le bonnet jaune de Seb, tous les Goélos étaient bien là. J’eus à peine le temps de discuter du début de course avec Benoît que le départ était donné à 18h. Pas d’eau ni de montre GPS pour cette course que je connais maintenant presque bien, mais ma g-shock qui m’accompagne habituellement lors de mes incursions sous-marines, histoire de ne pas déprimer complètement, le  29N étant inplongeable avec la météo actuelle. Comme d’hab’, petit tour dans le bourg éclairé par des feux à main rouges (question pour Patrick : est-ce qu’ils étaient conforme SOLAS les feux utilisés ? ;-) ) , puis un peu de bitume en descente. Parti tranquillement, je suivais le gros de la troupe sans profiter comme l’an dernier du bitume pour doubler du monde dans le bourg. Benoît me larguait dans le bourg du Cloître. Après un départ calme sur du bitume et du chemin, nous arrivions dans le sérieux, avec des vraies mares de boues au second kilomètre comme l’an dernier. De la véritable soupe dans laquelle certains plaisantaient en comparant ce début de parcours à un stage commando en Guyane. Si l’an dernier la boue était plus compacte et permettait de rester un peu plus facilement sur ses appuis, le danger ici était de se ratatiner dans une mare pour un bain intégral. Ouf ! Ce fut long, mais j’avais passé ce secteur périlleux sans encombres et pouvais recourir sur des sentiers plus praticables en me dirigeant vers Bodister. Je me rappelais de certains points-clés du parcours, comme la petite barrière en bois ou encore le petite prairie qui permet d’essuyer les chaussures après le premier secteur bien gras. J’avais fauté dans mon choix de chaussettes, des tennis moisies et lâches qui avaient embarqué beaucoup de boue. Je me retrouvais ainsi à courir comme avec des plombs de chevilles. Pas grave, ça faisait un bon entrainement. Le ciel était clair et la grande casserole de la Grande Ourse était bien visible dans le Nord presque à l’endroit et à l’horizon. Dans le chemin gras et caillouteux nous amenant vers Bodister, Denis me doublait. Décidément, il était en retard, très en retard et avait sans doute galéré dans la première partie monotrace, lente et boueuse. Il était contraint à faire l’effort pour remonter dans le peloton.

 

Je me sentais relativement bien et courais à mon allure en arrivant sur le bitume. Le hameau de Bodister était tout proche. A un croisement, un chien y allait des ses aboiements peut-être pour nous encourager quand un tracteur attendait patiemment le passage des coureurs pour continuer sa route. A Bodister, les vaches meuglaient à tout va dans une étable proche tandis que je prenais le fameux virage à gauche après l’ultime descente pour remonter dans le sous-bois. Il y avait en effet beaucoup d’eau, un peu plus que l’année passée. J’y fis par conséquent un passage beaucoup plus prudent. L’ascension dans le sous-bois commençait avec devant une longue procession de lucioles. Je suivais mon voisin de devant en éclairant ses chaussures avec ma frontale. Les vaches meuglaient toujours autant et je les ai entendues pendant tout le demi-tour effectué dans la forêt dans le Nord-Nord-Est du parcours.

 

Nous revenions vers les contreforts du Cloître St-Thégonnec, direction le Sud-ouest. Là encore, je me rappelais de la rude et longue côte qui nous attendait. Ca allait toujours très bien et je réussis à ne pas marcher tout au long de cette côte commençant par du sous–bois, pour continuer sur un chemin creux puis sur un chemin agricole avant d’atteindre un point culminant en sous-bois. Le chemin agricole fut tout de même assez pénible à courir avec une recherche permanente du bon endroit où poser ses pieds, entre les ornières et ravines moins glissantes mais travaillées par l’eau et caillouteuses, où bien le milieu plus plat mais plus glissant.  Je crois que c’est dans un chemin creux en côte de ce coin là que je trouvais une boue ayant la consistance optimale pour la pratique du « patinbou » (hou c’est rigolo !) qui consiste à patiner plutôt qu’à courir. Déjà testé en version « holiday on vase » devant spectatrice au trail de l’Aber-Wrac’h, le patinbou est similaire au patin à vase, seul le type de substrat change. On se marre tout seul à faire ça en général jusqu’au moment où l’on risque de se prendre une pelle monumentale en butant un pied dans un caillou. C’est une frayeur du genre qui mit fin à mon jeu.

 

J’arrivais ensuite du côté de Kergollot où plusieurs spectateurs s’étaient rassemblés pour encourager les concurrents avant l’entame d’une seconde côte également bien costaude. Surpris, je n’avais pas vraiment pas vu le temps passer alors que nous en étions à l’heure de course, sans doute plus très loin du 10ème kilomètre. Autre hameau et autres spectateurs à Kermorgant. Si je ne me rappelais plus trop du parcours entre Bodister et Kermorgant, je n’avais pas trop de doute sur la suite, très grasse, avec deux autres côtes, celle pour remonter de Créac’h Menory, et celle de la butte du télégraphe. Après Kermorgant, je dus ralentir dans la boue, de peur de tomber bien sûr, voire de marcher à certains moments tant la course dans certaines portions de boue très lourde était épuisante. Finalement, je préférais quand il y avait plus d’eau, le mélange était plus léger et plus facilement négociable. Mon attention était aussi attirée par du blanc qui se trouvait par terre sur les côtés… De la neige ? Non, pas possible, et pourtant ça y ressemblait fort. Je pensais qu’il s’agissait de restants de grêle, ce qui confirmait que la température était basse, mais là aussi il y avait de quoi se poser des questions, car rien n’était tombé du ciel depuis un moment, du moins depuis l’arrivée au Cloître St-Thégonnec.

 

Toujours très satisfait en arrivant à Créac’h Menory, avec le désormais connu passage à vaches mêlant boue et bouse, je marchais d’entrée de jeu dans la côte, estimant que ce pouvait être une stratégie payante, me disant que je rattraperais sans doute en haut les coureurs qui s’évertuaient à courir à faible allure dans cette côte pas évidente avec beaucoup de caillasse humide tant le chemin avait été raviné. Je recourais une fois en haut et arrivais en effet à rattraper d’autres concurrents qui m’avaient doublé, mais pas tous. Ca ne m’empêchait pas de recommencer dans l’ultime ascension de la butte du télégraphe. En plus de stratégie qui me semblait toujours bonne, c’est aussi avec flemme que je marchais dans la dernière côte. J’étais content et persuadé que j’étais toujours dans les clous par rapport à ma performance de l’an dernier. Pas de loup dans le bois de pins en haut de la butte dans lequel je me remettais à courir. Il devait faire vraiment froid, il y avait bel et bien du givre qui se formait sur l’herbe et les aiguilles de conifère sèches. Après le bois de pins, un peu de chemin et un dernier virage, un bénévole nous hélait « Allez ! Arrivée dans 200 m ! ». Co…comment ? J’avais oublié que le chemin était bien court entre le haut de la butte et l’arrivée. Il ne me restait plus qu’à dévaler la dernière pente avec un petit groupe avant la soupe.

 

A l’arrivée, plutôt content de ma course, j’arrêtais mon chrono et constatais que j’avais mis… douze minutes de plus qu’en 2013 sur le même parcours ! Ah ben ça alors… C’est sûr, le départ n’était pas aussi bon que l’an dernier, il y avait eu un peu plus d’eau, j’avais fait ma flemme dans les deux dernières côtes, mais je restais épaté de cet écart de temps qui correspond pour moi à presque 2 km en trail. Pourquoi pas, après tout, trop de marche ne pardonne pas en trail (très bien testé à Moncontour notamment…) et le positionnement sur cette course après le départ est très important pour ne pas être trop ralenti dès le début dans la zone monotrace très humide et lente au second kilomètre. Seb, Yann, Denis et Benoit étaient déjà arrivés et avaient pu savourer la soupe. Et bonne surprise, la jolie belle-sœur de Seb était là aussi, encouragée par ce dernier à venir faire ce trail. Elle est arrivée bien avant moi. Déception pour le coup, si j’avais su j’aurais couru... Mais globalement j’étais content, ce fut une bonne sortie santé entre les excès du réveillon et la galette des rois.

 

Bien, il ne restait plus qu’à aller me décrotter dans l’auge en s’aidant d’une brosse. Pas évident à nettoyer en fait, ça collait sacrément, le mélange boue-bouse de Creac’h Menory avait fait son effet. Pas étonnant que la bouse de vache soit employée comme liant dans des badigeons que ce soit pour le jardinage ou la construction. Retour dans la salle pour quelques bols de soupe bien mérités en attendant l’arrivée des Goélos encore en course, Anne, Stéphanie et Patrick. Une fois tout le monde arrivé, place à la réflexion d’après-course tout en se restaurant. Nous philosophions sur deux sujets essentiels, l’absence du loup et la présence d’eau sous forme solide sur le parcours. Y avait-il trop d’eau pour les petites papattes du canidé cloîtrien ? S’était-il noyé ou bien enfui vers de plus hauts sommets ? Autre hypothèse, le titre du CR de l’an dernier était « Régis chasse le loup », bien que j’assure ne pas avoir ne serait-ce qu’effrayer la bête. Mais où diable le loup était-il passé ? Nous n’avons toujours pas la réponse, mais ce qui est sûr, c’est qu’aucun Goélopeur ne l’a croisé sur son passage. Le deuxième sujet me rassurait, je n’avais pas été le seul à constater la présence au sol d’eau sous forme liquide qui s’apparentait à de la neige. Anne, Stéphanie, Denis et Patrick l’avaient également observé.  Il était tout de même très probable qu’il s’agisse de grêlons agglomérés, des orages avaient sévi par ici plus tôt dans la journée. Haha ! Nous tenions peut-être une autre piste : Canis lupus, victime d’averses orageuses de grêle était peut-être parti se mettre à l’abri. Tout ne reste qu’hypothèse... Il faudra revenir l’année prochaine pour savoir où est passé le loup !

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