Le trail de Guip avec Régis

Après un peu plus d'un mois sans courir et 4 petits entraînements, je me présentais au complexe sportif du Moulin Neuf en Guipavas afin de participer au renommé trail de Guipavas (en faveur cette année de l’association Rico Lamour : http://asso.ricolamour.free.fr/), ayant eu de bons échos de la part de mes collègues Goélopeurs. En effet, j'avais déjà entendu parler de la carrière, du champ de maïs et de quelques passages aquatiques. Arrivé sur place, je retrouvais dans un premier temps Sabine, Denis et Seb, avant de retrouver d'autres Goélos, Benoit, Wilfrid, Arnaud, Xavier, Maël. Je prenais ensuite la direction des inscriptions dans la salle de sports (équipée d'un joli mur d'escalade), hésitant entre le 11 et le 23km.

N'ayant pas couru depuis un moment, mon chrono étant inopérant, et venu sans portage d'eau, j'avais en tête de m'inscrire sur le 11km. Oui mais voilà, par peur peut-être de louper des surprises qu'il n'y avait potentiellement pas sur le circuit court, et aussi, une volonté de jouer dans la cour des grands comme Seb, Arnaud et Denis, je ne pouvais m'empêcher de m'inscrire sur le 23 km, à mes risques et périls.

Une fois inscrit, je retrouvais les autres Goélos. Nous étions rejoints par notre jeune nouvelle recrue, Charlotte, venue avec sa musique, que je taquinais avec Xavier sur le fait qu'il n'était pas judicieux d'emporter avec soi de l'électronique sur une  course comme celle-ci (et alors que nous blaguions, nous ne pensions certainement pas si bien dire). Nous partîmes tous ensemble pour un échauffement autour de la salle de sports, une dizaine de minutes avant le départ du 23km.

 

Nous arrivions à temps pour se mettre sur la ligne de départ tandis que les concurrents du 11km devaient attendre cinq à dix minutes de plus. Le départ était donné peu après 15h. Ca partait tranquillement pour faire le tour du complexe sportif, et à peine le tour effectué, un concurrent se foulait la cheville ou se faisait une entorse. Je m'enquérais de son état avec d'autres, ça avait l'air de ne pas être trop grave, il pouvait poser le pied par terre, néanmoins, la course était pour lui déjà terminée. Je repartais bon dernier, juste devant le VTT "balai". Après être passé sous le petit pont de la voie express, je parvenais à me raccrocher au dernier wagon dans la première partie de parcours, plutôt facile. Mais bien vite, les premières difficultés arrivaient, avec des passages en sous-bois assez techniques garnis de racines, voire de grillages. Puis arriva le fameux champ de maïs dans lequel un labyrinthe avait été tracé, avec en prime les premiers concurrents du 11km qui déboulaient et poussaient au cul. Avec un seul rang d’arraché,  autant dire qu'il n'y avait pas de place pour passer à deux dans le labyrinthe. Certains se croyant plus malins allèrent courir entre les rangs de maïs adjacents mais loupaient le parcours ou se perdaient, concrétisant ainsi la très connue salviacade « le cochon est dans le maïs ».

 

Plutôt que de prendre le risque de me perdre ou de me faire éjecter dans le maïs, je prenais le rythme des coureurs du 11km pour parcourir le labyrinthe à vive allure, mais ce faisant, je me fatiguais beaucoup. Ca jasait parmi les coureurs, beaucoup n'étaient pas satisfaits de ces départs trop proches entre le 23km et le 11km, que ce soient ceux du 11km ralentis par les derniers du 23km ou bien les derniers du 23km un peu brusqués par les énervés du 11km. Je ne savais absolument pas en quel rythme je tournais mais c'était bien au-dessus de mes capacités. Pire, ce manège continuait dans le sous-bois après le champ de maïs, et même si c'était en descente et qu'il y avait plus de place pour laisser  doubler des concurrents du 11km, je continuais sur un rythme irrégulier et bien trop rapide. Bigre, j'avais déjà super soif et plus de jambes. Après une prairie à traverser, il y avait une descente raide en terre dans laquelle je réussissais in extremis à ne pas tomber en me rattrapant magistralement par deux sauts en cloche-pied en faisant presque la planche, un peu comme Bode Miller en ski mais en moins élégant. En bas se trouvait un ruisseau à franchir grâce à deux grosses branches servant de poutres. Content d'être passé au sec, quelle ne fût pas ma stupeur de constater à peine plus loin qu'il fallait passer dans l'eau sous un pont, avec de l'eau presque jusqu'à mi-cuisse dans les trous. J'avais une pensée pour Charlotte et sa boite à musique constatant avec stupeur que notre conseil d'avant-course n'était pas une blague mais bien une recommandation sensée. En ressortant de l'eau les chaussures alourdies, je devais m'aider du bout mis en place ainsi que crocher directement dans la terre pour franchir un raidillon qui nous emmenait à l'entrée de la fameuse carrière. En premier bilan, que dire, sinon que je m'étais déjà cramé en faisant le guignol, à essayer de suivre le rythme des premiers concurrents du 11km dans certaines portions difficiles pour ne pas les pénaliser. Et j’avais à peine réussi à doubler quelques concurrents parmi les derniers du 23km. Heureusement, à l'entrée de la carrière se trouvait un point de ravitaillement et je ne me privais pas de descendre trois verres d'eau tellement j'avais soif.

 

C'est bien ramolli que j'entrais dans la carrière. Vu le nombre de concurrents du 11km qui m'avaient déjà doublé, je pensais à juste titre que Maël n'était pas loin. Il me dépassa et nous nous encouragions mutuellement. Je pensais que le passage de la carrière serait assez éphémère... Mais après avoir dépassé un grand bâtiment sur la droite, nous tournions à gauche au niveau d'une énorme pelleteuse et l'immensité de la carrière s'offrait à nous, grandiose. Un vrai décor de film, dans lequel j'imaginais volontiers un désert mexicain sans les cactus. Ils ne manquaient que des Charros faisant la sieste, le sombrero sur le visage, à m'interpeller "hola gringo, una cerveza ?". La montée s'annonçait longue et peu réjouissante avec la chaleur, surtout que l'on voyait loin et très bien où elle menait. Je marchais assez tôt dans cette montée et malgré l'invitation de concurrents du 11km à trottiner avec eux, je jugeais plus prudent de faire de la marche rapide, me rappelant des consignes du speaker avant le départ (gardez-en sous la chaussure !). Alternant marche et petites foulées, je ne pouvais m'empêcher de penser à cette fameuse blague : "Trois nains vont à la mine. Ils passent par la forêt, car c'est le chemin le plus court, normal, c'est des nains. Le premier prend la pelle, le second prend la pioche, que prend le troisième ?". Vers la fin de la montée, je recroisais Maël qui redescendait. Nous nous encouragions une seconde fois. Après une dernière portion un peu plus raide, ça redevenait plat juste avant la séparation du trafic entre le 11km et le 23km. Les pauvres concurrents du 11km devaient aller tout en haut de la carrière.

 

Enfin, c'était un peu plus calme après cette première partie rock'n roll. C'était l'occasion de se remettre à courir véritablement et d’essayer de trouver un rythme, pas facile sans repère. Heureusement, je bénéficiais de la compagnie d'une fille de la Foulée Renanaise et d'un monsieur coiffé d'une casquette avec un pompon bleu. Nous continuâmes ainsi pendant un bon moment, dans une ambiance quasi monacale. Sur une longue ligne droite, je profitais comme les autres de la superbe vue sur la rive droite de l'Elorn, avec à gauche le radar de Bretagne et à droite le clocher de Plougastel-Daoulas. Nous nous rapprochions inexorablement de l'Elorn quand, au bout de la ligne droite, nous devions prendre la direction de l'Ouest. Ca redevenait plus difficile avec des passages en sous-bois et du relief. Nous passions près d'une ferme au bout d'une côte avant de redescendre, puis monter encore. J'étais vraiment cuit alors que nous n'étions même pas à la moitié du parcours. Plus loin, nous longions ce qui semblait être un terrain militaire. Je mis un certain temps à comprendre qu'il s'agissait de la pyrotechnie St-Nicolas. En gros, nous n'étions pas loin du Relecq-Kerhuon. Un second ravitaillement dans un creux était bienvenu et hop, il fallait remonter de l'autre bord, toujours vers l'Ouest. Je laissais filer M. pompon bleu et me faisait doubler par une concurrente que je redépassais mais qui finalement eut le dernier mot dans la montée en me redépassant encore. Au bout de la montée, je n'apercevais plus de pompon bleu ni le maillot rose de la concurrente qui m'avait dépassé... Je constatais aussi qu'il n'y avait plus de marquage orange ni de rubalise, oups, j'avais loupé quelque chose. Je n'avais plus qu'à revenir sur mes pas pour m'apercevoir que j'étais parti visiter la forêt en amont du parcours, sur une cinquantaine de mètres au maximum fort heureusement. Je repris le bon chemin, et malgré mes jambes pourries, je rejoignais dans une montée des concurrents qui eux aussi peinaient, mais ce n'étaient pas mes deux compères depuis la pyrotechnie St-Nicolas sauf peut-être un concurrent de Courir à St-Divy que j'avais vu lors du précédent ravitaillement. Ce n'est qu'à la faveur d'une redescente dans un nouveau sous-bois que je revis M. pompon bleu et la dame en rose. Nous avions changé de direction pour aller vers le Nord, puis encore et toujours vers l'Ouest. En regardant ma montre, les deux heures de course étaient déjà passées, ça commençait à être vraiment long, très long. Le retour direction Est ne se fit qu'aux alentours d'un pâté de maisons. Je remarquais en bas d'un chemin, dans une niche en pierre, une petite statuette de Sainte Vierge avec une couronne bleue qui ne me donna pas de réponse à ma question "C'est quand qu'on arrive?".

 

Bon, au moins la direction vers l'Est semblait être la bonne et nous ramener vers le point de départ. Nous longions un gros ruisseau avec une flore luxuriante, une vraie jungle, il semblait y avoir une sorte de rhubarbe géante avec des feuilles énormes de plus d'un mètre carré. Après le désert mexicain, j'avais l'impression d'être orpailleur en Guyane. Et j'avais laissé filer M. pompon bleu et la dame en rose, distrait par le paysage. Peu après un vieux bâtiment industriel sur la droite (une vieille fabrique de briques peut-être ? Un moulin ?), j'arrivais à un tunnel d'environ 50 mètres à parcourir avec de l'eau jusqu'aux mollets. Si cela faisait du bien aux jambes sur le coup, c'était aussi un excellent moyen d'attraper des crampes en fin de parcours. En sortant il y avait encore un parcours assez acrobatique à proximité immédiate du ruisseau, une sorte de mélange entre terre et racines d'arbres. En bout de parcours, je continuais tout droit au lieu de revenir sur la droite. Là encore je m'étais planté, m'en apercevant assez vite à cause du sentier qui n'était pas aussi "travaillé", je n'avais pas fait gaffe aux rubalises. Je revenais donc sur mes pas et reprenais le bon chemin près d'un second vieux bâtiment industriel. Plus loin, alors que j’étais encore près de me tromper de route, j'étais sauvé par d'autres concurrents (une dizaine !!) qui avaient expérimenté le mauvais chemin. Voilà beaucoup plus de compagnie d'un seul coup, mais bon, les deux heures de course étaient allègrement dépassées et nous étions tous à la ramasse. Pour certains, nous prenions même le temps de caresser des chevaux dans une pâture, ce n'était plus de la course à pied, c'était de la balade à allure soutenue. 

 

En arrivant sur la route, le choc fut ce jardin complètement garni de figurines en costume, au moins une cinquantaine, que l'on appelle plus vulgairement des nains de jardin. Si la réaction de ma voisine directe concerna plutôt l'esthétique "Hé ben, c'est bien kitsch !", je commentais l'aspect technique en faisant remarquer que ce n'était pas facile pour passer la tondeuse. En bas de la route se trouvait un moulin, portes grandes ouvertes, et je devinais de vieilles mécaniques à l'intérieur en apercevant socles en fonte et courroies. Un sentier nous ramenait dans la carrière. A l’entrée, un concurrent était en position semi-allongée, cloué par des crampes sévères, il ne pouvait aller plus loin. Pas de souci, le nécessaire avait été fait pour qu’il soit récupéré. Je ne craignais pas de finir pareil mais j’avais hâte de terminer la course. Il y avait encore le passage en sous-bois de l’aller à passer, avec toujours le passage dans l’eau fraiche et le pont constitué des deux branches. Des crampes apparurent chez quelques concurrents peu après le pont de branches, probablement à cause du passage dans l’eau fraîche. Il restait encore un peu plus d’un kilomètre à parcourir, sans grande difficulté. J’étais content d’arriver, encouragé par les Goélopeurs qui avaient eu la patience de m’attendre (et je n’étais pas loin de me tromper de chemin une dernière fois...), car presque 3h pour faire 23km, c’est long…

 

Ce trail était plutôt difficile, surtout la première partie entre le chemin de maïs et le haut de la carrière à laquelle tout le monde s’est confrontée que ce soit sur le 11km ou le 23km. Rien que pour ça le  déplacement en valait la peine. Comme tout participant au 23km, j’ai eu en bonus une superbe vue sur la rive gauche de l’Elorn et quelques passages aquatiques supplémentaires. Ce n’était pas cher payé compte tenu des besoins en balisage sur l’ensemble du parcours, de l’ensileuse à un rang très probablement manuelle, et du passage dans la carrière. Enfin, si comme moi vous reprenez la course à pied après un moment d’inactivité ou venez la fleur au fusil, je vous déconseille le 23km, le 11km sera bien assez, d’ailleurs ce sera la version courte que je ferai l’année prochaine, comme ça au moins, c’est écrit, au cas où…

 

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