Le tour dans la Baie du Kernic de Régis

 

Suite du week-end maussade du 6 et 7 octobre 2012. Après un Toul An Dour très aquatique le samedi, direction Pors Guen en Plouescat le dimanche matin pour aller participer au trail de la baie du Kernic. C'est donc à  8h35 que j'arrivais au petit Kerzu où je retrouvais Seb puis Sabine. Le départ vers la terre du milieu du pays léonard était effectif vers 8h45 avec la voiture de Seb. Bon, le temps gris et un peu frais n'était pas franchement motivant et nous étions un peu mous lors du trajet aller. Nous avions même envisagé pour rigoler de nous arrêter à Ploudaniel plutôt que d'aller jusqu'à  Plouescat, c'était plus près et il y avait une randonnée au programme. Allez, allez, il y avait d'autres Goélopeurs qui nous attendaient certainement à  Plouescat et probablement une course intéressante à  effectuer, d'autant plus que la pluie marquait une trêve. Au sommet d'une colline, la mer se dévoilait enfin devant nous et la descente commençait vers Plouescat, via Goulven et Keremma, dont les champs sont au printemps occupés par de magnifiques chevaux, des Postiers et Traits bretons, mais là, point d'équidés, par contre, peu avant de tourner au niveau du casino, des rubalises apparaissaient sur un chemin à droite de la route, laissant deviner ce qui était probablement une portion du parcours.

Enfin, nous arrivions à Pors Guen, tout d'abord au parking, puis après avoir pris notre courage à deux mains pour sortir de la voiture (brrr, il faisait frisquet), nous nous dirigeâmes vers le centre nautique pour aller retirer les dossards. Bon allez, direction la voiture pour aller déposer les affaires et finir de s'équiper. Sur le chemin, nous rencontrâmes Bénédicte, nouvelle Goélopeuse et membre de la Forres'team. Petit échauffement pour retourner se mettre au chaud au centre nautique en attendant le départ. Denis arrivait également, en charmante compagnie. Pierre-Yves LG, un autre nouveau Goélopeur (et encore un membre de la Forres'team!) était aussi présent mais je ne l'avais pas encore aperçu. Deux minutes avant 10h, l'heure prévue du départ, nous allâmes nous positionner sur la ligne. Un groupe de six Joëlettes partait d'abord tandis que le reste des coureurs partait 5 minutes plus tard.

Au top départ, ça partait lentement, et la faible allure conjuguée avec le rétrécissement de la chaussée créait un bouchon sur la cale sous le centre nautique, qui nous ramenait plus haut sur la route. Je quittais Sabine et Denis pour avancer un peu dans le peloton. La route redescendait sur la plage de Porz Meur. Ahh voilà  un terrain que j'affectionnais, meuble et tendre, et tandis que certains couraient sur le sable un peu plus dur à  proximité de l'eau, je m'en donnais à  cœur joie dans la laisse de mer, n'ayant cure des concurrents situés directement derrière qui devaient recevoir un peu de sable dans les narines. Bref, j'étais une tortue de compétition. Je constatais aussi avec plaisir qu'encore une fois, je ne m'étais pas trompé dans mon choix de courir au lieu de plonger ce week-end, car la laisse de mer fraîche composée de laminaires en tous genres (principalement laminaria bulbosa et laminaria digitata) trahissait une houle particulièrement puissante. J'avais couru assez vite sur la plage pour revenir dans le deuxième tiers du peloton, quand soudain, qui voilà , Pierre-Yves. L'euphorie de la plage ne dura pas et un second bouchon se forma pour emprunter  un escalier.

En haut, je repartais sur un rythme rapide, pariant que Pierres-Yves m'emboiterait le pas. Ce fut le cas, heureusement, car si j'étais capable de soutenir cette allure, Pierres-Yves l'était certainement aussi, non mais ! Après avoir traversé la pointe de Pen An Theven du Nord au Sud, nous arrivions devant la baie du Kernic que nous devions traverser entre les deux paluds, Palud Bihan et Paluden Hir, via un chemin plus ou moins tracé dans la partie supérieure de la slikke. Bien que très peu profonde, la slikke était assez usante et  nous y doublions les dernières Joëlettes un peu enlisées qui repartaient de l'avant avec nos encouragements. Je faiblissais aussi, et à  mi-parcours de ce chemin, Pierre-Yves me larguait progressivement mais j'étais satisfait de lui avoir en quelque sorte servi de rampe de lancement. Nous avions doublé ensemble encore pas mal de monde et étions désormais à  peu près dans le milieu du peloton. Arrivé à  Pont-Christ à  côté du casino, direction l'Ouest en empruntant un petit bout de bitume puis le talus longeant la route. Au bout d'environ cinq cent mètres, nous traversions la route, direction les champs des hauteurs vers Plounévez Lochrist par le chemin balisé que nous avions repéré en venant.

 

Le parcours plutôt plat depuis le début commençait à  monter légèrement. Pour entrer dans les champs et commencer à  proprement parler l'ascension vers Plounévez-Lochrist, il y avait un talus à  franchir où galéraient un peu les premières Joëlettes, mais que toutes réussissaient à  franchir au prix d'un bel effort collectif des coureurs accompagnants. La suite consistait en un peu de sous-bois et une première bosse à  négocier, où miracle, je ne faisais pas ma flemme et ne marchais pas tandis que la veille j'avais marché dans une côte ridicule à  Guipronvel. Après une brève redescente en sous-bois, la vraie montée commençait à  travers les champs en longeant les bordures. Malgré ma fainéantise, je ne marchais toujours pas, sans doute inconsciemment vexé de la veille à  Guipronvel et je ne souhaitais pas contrarier les efforts du début de course. Par contre, je connaissais quelques soucis de ventilation dus à  un glaviot de rhume qui remontait vers les orifices extérieurs. Depuis Pont-Christ, je talonnais un coureur qui avait un bon rythme et qui m'invita à  le dépasser mais lui répondis que je ne pouvais physiquement accéder à  sa requête. J'avais même franchement hâte d'arriver à  mi-parcours au ravitaillement afin de procéder proprement et discrètement à  l'évacuation de l'intruse mucosité. Nous y arrivâmes enfin, au ravitaillement. J'apercevais toujours Pierre-Yves qui venait d'en terminer au ravito mais j'allais perdre sa trace à  ce niveau.

Je prenais le temps de prendre deux verres d'eau et de virer ce qui m'encombrait la gorge et les bronches avant de repartir. Ca allait tout de suite beaucoup mieux. Je repartis ragaillardi avec une ventilation plus correcte. La descente commençait, toujours dans les champs puis sur du bitume, puis encore dans les champs, où la déconne entre coureurs était de mise pour se distraire dans cette portion un peu morne. Alors que nous traversions la bordure d'un champ de betteraves où  l'on ne pouvait mettre qu'un pied, une coureuse à  l'avant de notre groupe nous donna tout haut une description tout à  fait adéquate de l'endroit : "Oh, on dirait une poutre en terre, il n'y a de la place que pour un pied, sauf que si on tombe on ne se fait pas mal et on écrase les betteraves". Nous pouvions également admirer la colonne de coureurs 3min devant nous environ qui remontaient en file indienne ce qui semblait être l'ultime côte de la course. L'un des coureurs de notre groupe s'esclaffa "Ho comme c'est joli tous ces maillots fluos de l'autre côté !". Je ne manquais pas non plus de me faire remarquer dans le groupe lorsque j'entendis des coups de feu, "Attention !" dis-je, "la chasse au traileur est ouverte, il faut aller plus vite". A peine la phrase prononcée, une fille me rentrait dedans et s'excusa aussitôt, de toute façon j'étais resté debout solide comme un roc et le choc n'avait pas été désagréable.

Après même pas cent mètres de champ et de sous-bois, la montée sur laquelle nous vîmes les coureurs 3min plus tôt se présentait devant nous. Et là  encore je ne fléchissais pas. Mieux, j'accélérais dans cette côte pour revenir sur des concurrents qui étaient en ma compagnie avant le ravitaillement. La vraie descente commençait après, un peu en tortillard à  travers champs et chemins comme ce fut le cas pour la montée. Et justement, à  l'orée d'un champ je remarquais un T-Shirt bleu ainsi que des chaussettes bleues et une casquette : point de doute, c'était Bénédicte, qui était surement partie très fort mais faiblissait en fin de course. C'est en arrivant sur le bas, peu avant de traverser la baie du Kernic que je rejoignais Béné, en grande discussion avec une autre concurrente. Son rythme avait diminué mais ne l'empêchait pas de faire causette. En arrivant dans la baie du Kernic, nous avions un premier petit banc de sable avec peu d'eau à  traverser et c'est à  cet endroit que je saluais et dépassais Béné.

Nous devions suivre le cordon de bénévoles qui étaient dans l'eau pour baliser le meilleur chemin de franchissement, car très vite la hauteur d'eau augmentait et nous en avions jusqu'à  la taille (le derrière et les parties du devant ne pouvaient y échapper). Je voyais quelques poissons sauter en surface, probablement des lançons ou des sprats, qui devaient être complètement paniqués par le bruit assourdissant provoqué par notre passage. L'eau était fraiche, je ne souhaitais pas y rester très longtemps et essayais d'accélérer, mais en marchant bien sûr. A la sortie de l'eau après environ 100 à  150m de franchissement, qu'il était dur de se remettre à  courir, le froid avait littéralement anesthésié les jambes qui avaient du mal à  repartir. Il restait encore à  retraverser la pointe de Pen An Theven dans l'autre sens pour le dernier kilomètre, mais alors, impossible d'accélérer, le passage dans l'eau avait été terrible. Le passage dans le sable sur la plage de Porz Meur avec les jambes encore froides était bien moins rapide et moins drôle qu'à  l'aller malgré la mer qui était descendue. A la fin de la plage, nous empruntions le sentier côtier avec une petite montée dans laquelle je sentais enfin mes jambes revenir à  elles, mais d'une façon désagréable, avec une bonne montée d'acide lactique. Je bouclais finalement les presque 14km du circuit en 1h19' environ. Au lieu d'un classique maillot, le cadeau offert aux arrivants était ici... une jolie et confortable paire de chaussettes noires estampillées Trail de la baie du Kernic, original. Je retrouvais Seb et Maël (16ème et 1er Espoir) déjà  arrivés. Bénédicte arrivait une minute plus tard. Direction le centre nautique où une bonne soupe et des crêpes attendaient les concurrents. Nous attendîmes Sabine, contente de sa course ainsi que Denis. Après s'être réchauffés un peu, nous reprîmes la direction de Brest, et là, le temps se dégradait de nouveau et il se remettait à  pleuvoir.

Globalement sans grande difficulté, la slikke entre les deux paluds, la plage de Porz Meur au retour avec bien sûr le passage dans l'eau furent ce que je trouva le plus usant et en même temps le plus chouette sur cette course nature au parcours varié. Au lendemain d'un Toul An Dour déjà  bien humide, ce trail fut également aquatique, avec une saveur marine appréciable. 

 

Vous devez être connecté pour poster un commentaire