Le TBM de Régis...

 

Enfin, c’était le jour J, le jour de ce TBM que nous attendions tous avec impatience. RDV était donné à 7h15 sur le parking d’Intersport Iroise pour covoiturer et amener une voiture sur le site d’arrivée à la pointe St-Mathieu. J’y retrouvais Benj, Denis et Pierre-Yves, et nous prîmes la direction de St-Mathieu avec la voiture à Denis. Le temps était assez gris et je ne jugeais pas nécessaire de prendre de la crème solaire. La navette nous ramena plus ou moins rapidement sur le site de départ au vélodrome de Plouzané, et bien que je ne sois pas encore tout à fait réveillé, je mesurais déjà à quel point le chemin que nous devions parcourir était long. Arrivé au vélodrome que je découvrais pour la première fois, j’étais impressionné par les virages très relevés de cet anneau en béton dans lequel il vaut mieux rester sur ses roues.

Nous étions arrivés à temps pour assister au départ des solos et duos sur le 57km avec mes comparses afin d’encourager Mickaël que nous cherchions dans la foule des coureurs. Nous n’arrivions pas à le trouver. Coiffé d’un fichu aux couleurs du Gwen-Ha-Du, c’est lui qui nous vit et prit le temps de nous saluer après un tour de vélodrome. Bon, c’était à nous maintenant, avec une quarantaine de minutes à attendre, de quoi aller s’alléger avant le départ maintenant que j’étais à peu près réveillé et que l’horloge biologique me commandait d’aller lâcher du lest. Une fois cette précaution accomplie, il était déjà temps d’aller se placer dans l’enceinte du vélodrome pour le départ et écouter les recommandations de l’organisateur : pour synthétiser, attention terrain gras sur les 8 premiers kilomètres, et bien évidemment, prière de ne rien jeter sur le parcours sous peine d’exclusion définitive de l’OTT et des courses organisées par le TBM.

 

Le départ était donné un peu après 9h15, et nous partîmes ensemble à quatre sur un rythme de sénateur, en fin de peloton. Après un petit tour de vélodrome et une promenade dans Plouzané sur du bitume, nous commencions à emprunter les chemins nous amenant dans la vallée du Névent.  Le terrain était légèrement gras, pas très étonnant vu la météo de la veille, c’était d’ailleurs un petit miracle que le soleil daigne enfin pointer le bout de son nez, ça s’éclaircissait au fur et à mesure et la journée s’annonçait agréable et ensoleillée. Je courais avec Benj’ tandis que 100 m devant se trouvaient Denis et Pierre-Yves. En arrivant sur le haut de la vallée du Névent, le terrain devenait de plus en plus gras. Denis prit la poudre d’escampette tandis que Pierre-Yves se joignait à nous pour un parcours en sous-bois certes très ludique, mais qui était lent, compte-tenu des difficultés techniques rendues encore moins évidentes avec la pluie de la veille et les passages des coureurs précédents. Tiens tiens, je reconnaissais des portions de parcours semblables à celui du Technoz trail, certains pas évidents, normal ce sont les mêmes organisateurs.

D’ailleurs, à  chaque raidillon à descendre ou à monter, je jurais comme un charretier, je ne pensais vraiment pas que les organisateurs auraient préparé un parcours aussi difficile en début de course d’un 37 km. Si cela avait probablement le mérite de décanter la course pour les meilleurs, c’était certainement le début du calvaire pour les moins aguerris alors que les 10 km n’étaient pas encore accomplis et que l’on ne voyait toujours pas la mer.

 

Nous arrivâmes enfin à Ste Anne du Portzic, enfin la mer, mais aussi le soleil après un début de course ombragé. Après une descente groupée et 10 km lents, usants et énergivores, il y avait encore l’infâme escalier en béton à gravir pour atteindre le sentier côtier sous Ifremer et aller vers le fort du Dellec. C’était un peu plus tranquille, je pouvais prendre le temps de boire  au tuyau de mon sac à eau, quoique j’étais obligé de marcher pour boire correctement, car pas très doué pour le faire en courant ou en trottinant. A chaque fois que je buvais un coup, je me faisais décrocher par Benj’ et Pierre-Yves que je rejoignais ensuite. Nous passâmes le Dellec pour continuer en direction du fort du Mengant.

Vraiment, cela me faisait penser au Technoz trail, je m’étonnais moi-même en constatant que j’avais pu courir de nuit à la frontale sur ce sentier plein de cailloux traîtres et de vieilles traverses de chemins de fer faisant office d’escaliers. Un vrai sentier piégeur, alors que le soleil, la mer claire et la végétation en fleur incitaient à regarder partout ailleurs qu’aux endroits où mettre ses pieds. Passé le Mengant, j’entrais dans l’inconnu, ne connaissant absolument pas la suite du sentier côtier. Passé les 15km, nous arrivâmes à hauteur d’un concurrent qui s’était fait un genou, ça ne m’étonnait qu’à moitié vue la première partie du parcours. Après lui avoir proposé notre aide, nous continuâmes, il avait déjà prévu d’être récupéré au Petit Minou.

Nous entrâmes ensemble au Petit Minou (pas dans le … J’en vois qui rigolent…) pour aller faire le tour de l’ancien sémaphore (la tour blanche) à côté du phare, en empruntant le pont pavé. Le phare du Petit Minou et celui de Sainte Anne du Portzic forment un alignement pour rentrer dans la rade de Brest. Le phare du Petit Minou comporte aussi un secteur rouge qui signale le danger des hauts fonds du plateau des Fillettes, d’ailleurs, si les allusions cochonnes vous font rire, je peux vous dire que le moyen mnémotechnique indiqué sur la page Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Phare_du_Petit_Minou) du phare du Petit Minou est inexact (c’est la phrase policée, remise dans le bon ordre), je vous laisse trouver la version originale, pas très surprenante de la part de marins :) ...

Ca descendait nettement et cela ne rappelait pas de bons souvenirs à Benj’ qui ne voulait pas descendre, ben oui, car après avoir effectué le tour du sémaphore, il fallait bien remonter. Faisant l’effort de trottiner dans la côte, je vis que ça ne suivait pas derrière, Benj’ et Pierre Yves faisaient un peu de tourisme en regardant le fort du Minou sur la gauche. Tant pis, je décidais d’abandonner mes compagnons, je me méfiais de cet endroit propice à un relâchement qui pouvait être fatal (et c’est jamais bon, un relâchement dans le .. Oais, bon hein, j’arrête là !), de par la distraction offerte par les allées et venues des concurrents, entre ceux qui entamaient la descente vers le phare et ceux qui en remontaient. 

Après la pointe du Petit Minou, il y avait sa plage, ses surfeurs, son resto et un premier ravitaillement en eau où c’était un peu le bordel, je préférais continuer. Ca remontait en allant un peu plus dans la campagne pour contourner le fort de Toulbroc’h et revenir sur le sentier côtier, avec une jolie vue sur l’anse de Plougonvelin et au loin la plage du Trez-Hir.  Le vent, jusque-là discret, entrait dans la partie et venait corser un peu la course. C’était de plus en plus dur à partir du 20ème kilomètre, je commençais à ne faire que de la marche dans les bosses et à trottiner autrement. Heureusement, la vue du Trez-Hir au loin était motivante, le panorama superbe, et le vent devenait faible en descendant sur Trégana. Au 24ème km, en arrivant à Trégana, second point de ravitaillement en eau et arrosage possible. Je ne remis pas d’eau dans mon sac mais pris un verre d’eau. Les bénévoles nous motivaient en nous indiquant un ravitaillement solide à 3km, c’est à dire au Trez-Hir. Qui plus est, c’était en quelque sorte un retour à la « civilisation » avec à nouveau du monde après quelques spectateurs à Ste Anne du Portzic, et quand il y a du monde, j’essaie de faire bonne figure et je fais l’effort de courir, bien qu’en passant à Trégana, je me serais volontiers arrêté à la crêperie-bar tant les gens qui prenaient l’apéro en terrasse me faisaient envie. Arrivait ensuite Portez, puis enfin, l’entrée sur la grande plage du Trez Hir, avec au début un peu de slalom entre des blocs de roche couverts de quelques berniques et d’un peu de varech, puis une longue traversée sur une grande étendue de sable encore humide, la mer devait descendre.

Au 27ème kilomètre au bout de la plage, j’arrivais au stand du ravitaillement complet, mangeant 3 quartiers d’orange, quelques fruits secs et rondelles de saucisson, me rappelant que le matin dans la voiture, Pierre-Yves racontait que le saucisson lui avait été très bénéfique contre les crampes et la perte de sel lors d’un TBM précédent. Il y a avait aussi des Tuc, mais pas le petit whisky qui allait bien avec, donc pas de Tuc. J’en profitais aussi pour recharger mon sac à eau qu’un bénévole me remplit généreusement et qui me questionna sur le parcours. Je lui répondais que c’était super mais que la première partie dans le sous-bois de la vallée du Névent avait été assez rude. Après avoir rechargé les batteries pour les 10 derniers kilomètres, j’attendais 2mn avant de repartir espérant voir deux maillots jaunes fluo arriver sur la plage. Pas de Benj’ ni de Pierre-Yves à l’horizon, tant pis je repartais en prenant le petit escalier au Sud-Ouest de la plage qui ramène sur la route de la corniche. Ca montait légèrement puis ça redescendait vers la plage du Perzel avant de remonter vers le fort de Bertheaume.

Arrivé au niveau du fort, le vent se faisait sentir à nouveau après avoir été à l’abri dans l’anse de Plougonvelin, mais quel plaisir d’être au soleil, sur un sentier garni de bruyère et de plein d’autres fleurs, avec une vue magnifique. En regardant vers le Sud il était possible de voir très clairement la pointe du Toulinguet et plus loin en arrière-plan, des gros cailloux sortant de l’eau et prolongeant la pointe rocheuse de Pen Hir, les Tas de Pois. Magnifique. Je continuais, content d’avoir franchi la barre des 30km, la végétation se faisait plus rase mais était toujours très fleurie, et je progressais lentement, un peu ahuri par le vent qui s’était renforcé avec l’effet de brise thermique. La mer était claire et donnait vraiment envie d’aller y piquer une tête tandis que plusieurs bateaux évoluaient proches de la côte. Le dénivelé était de moins en moins important mais le sentier était très casse-pattes avec plein de petites bosses et de petites descentes qui s’enchainaient rapidement sur la fin de parcours. Les crampes n’étaient pas loin, mes mollets étaient durs depuis le 30ème kilomètre environ. Au 33ème kilomètre, une belle brune me dépassa, je ne la suivais pas de peur de déclencher les crampes. Justement, elle s’arrêta 500m plus loin pour en enlever une au mollet, je la re-dépassais mais elle eut le dernier mot en me dépassant définitivement peu après le 34ème kilomètre. Mes mollets étaient trop durs pour que j’eus pu envisager d’utiliser ma technique habituelle de motivation, qui consiste à choisir une jolie fille comme lièvre, tant pis.

Le phare de la pointe St-Mathieu était en vue et l’arrivée proche, les spectateurs se faisaient plus nombreux et pour faire bonne figure, je courais sans marcher dans les deux derniers kilomètres, malgré des mollets durs comme du béton armé. A l’arrivée, bien que dans un temps pourri de 4h55’ (mention peut mieux faire), j’étais encouragé par une Cavaleuse spectatrice ainsi que par l’ensemble des Goélopeurs qui avaient fait le 15km, Denis qui semblait être arrivé depuis un bon moment (4h16’, pas mal) … et Benj !? Après avoir pris la petite bouteille de cidre et la serviette-paréo offertes à chaque arrivant, je rejoignais les Goélopeurs à l’entrée du clos des Moines, un peu fatigué et hagard. Benj’ a en fait été contraint de s’arrêter au Trez Hir à cause de son genou, dommage aux trois quarts de la course. Il restait Pierre-Yves et Sabine en course. Pierre-Yves arrivait tranquille un quart d’heure plus tard, et huit minutes encore après arrivait Sabine, dans un état de fraicheur écœurant pour ceux qui avaient souffert sur ce parcours. Et chose exceptionnelle, presque magique, Sabine nous a agrémenté son arrivée d’une roue effectuée sur les pavés très irréguliers devant le clos des Moines, là elle a fait fort quand même, après 37km de course. Bon, il restait encore en course Mickaël qui jouait dans la catégorie des fous-furieux sur le 57km, nous avions le temps d’aller prendre le repas offert (salade de pâtes, saucisse-patate et crêpes). Un peu fatigué de ma course, je mettais plus de temps que d’habitude pour manger et loupais l’arrivée des Joëlettes (sièges à roulette tout terrain emmenés par des pompiers, dans lesquels des enfants handicapés peuvent prendre place pour vivre le trail => Dans le coin, il y a une association Les Joëlettes du Bout du Monde : http://fr-fr.facebook.com/pages/Les-joelettes-du-bout-du-monde/417203501633947 )  comme je loupais l’arrivée de Mickaël qui finissait son 57km en 7h11’. Je restais stupéfait à propos de ma transpiration sur la course : en me passant la main sur le visage, je sentais une véritable couche de sel comme si j’avais été faire une plongée en mer puis séché au soleil.

Après un repas calme pris sur l’herbe et discuté du TBM (à noter les excellentes perfs sur le 15km réalisées par les Goélopeurs Seb, Fabien, Maël (1er espoir) et Arnaud), il était temps de rentrer sur Brest avec notre pilote du matin, Denis. 

Après ce TBM qui fut ma première expérience de long, voici mes impressions et une autocritique :

  1.         J’ai eu (très) mal aux mollets (et là où j’ai pris des coups de soleil !), il faudra que je fasse plus de long en entrainement.
  2.         Mon entrainement long a été pourri, il faudra que je courre non pas sur du plat, mais directement sur le terrain cible, c’est à dire, sur le sentier côtier.
  3.         Je ne sais absolument pas gérer l’alimentation sur une course de ce type, et d’ailleurs, je n’ai rien mangé de ce que j’avais emporté comme fruits secs dans mon sac, je n’ai mangé qu’au Trez Hir. Il faudra que je réfléchisse à avoir un accès facile à ce que j’emmène.
  4.         Etant donné la difficulté de la première partie dans le sous-bois, il ne faudra pas hésiter à aller bien plus vite dans cette partie, car au final, le bilan énergétique à Ste Anne du Portzic pour la suite ne sera pas très différent que si l’on a traîné. 

Et ce que je pense avoir été par contre des bons points à renouveler :

  1.          Pas eu mal du tout aux pieds, merci mes chaussures adorées bien adaptées!
  2.          J’ai pas mal bu et je pense que mon sac à eau de 2L dans lequel j’avais mis 2 bouchons de sirop sport Citror (pour le goût et un peu de sucre mais pas trop) a été efficace. 
  3.          Je pense aussi que les plats de pâtes et de lentilles de la veille et l’avant-veille ont été utiles, de même qu’il a été utile de boire de l’eau riche en sodium et en  magnésium pendant 3-4 jours avant et après la course.

Malgré un premier TBM réussi, je ne me sens toujours pas apte au marathon (on verra dans 3 ans…), mais ce qui est sûr et certain, c’est que refais le 35 ou 37km du TBM l’année prochaine, avec cette-fois ci un objectif, 4h20’. Mention spéciale à la météo, qui a été exceptionnelle le jour du TBM alors qu’elle est globalement bien pourrie en ce mois de juillet 2012.

Régis

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