La vallée des seigneurs vue par Régis

Pour cette course nature d'une douzaine de kilomètres, nous nous déplaçâmes à quatre Goélopeurs jusqu'à Saint-Renan par covoiturage avec comme taxi la ZX de feu d'Arnaud. Le premier objectif était de trouver l'endroit de retrait des dossards dans St-Renan, et il fallait bien demander confirmation sur le grand parking de la place du docteur Guyader, tant il était vrai qu'un meilleur fléchage pour les personnes venues de l'extérieur eût été bienvenu. Après avoir crû un temps que le retrait des dossards se faisait dans l'espace culturel, et qu'il s'agissait en fait d'un vide-grenier, nous trouvâmes enfin le boulodrome bien caché derrière où s'effectuaient les inscriptions de dernière minute ainsi que les retraits de dossards.


Un bref détour à la voiture nous permettait d'ôter les survêtements avant de partir reconnaître l'endroit du départ prévu, pour 10h.  Nous croisâmes des Cavaleurs qui nous indiquèrent que le départ se trouvait près du stade d'athlétisme et de la "plage" du lac de Ty-Colo. Nous restâmes proches de la zone supposée du départ pour l'échauffement, supposée car bon nombre d'autres concurrents s'y trouvaient et qu'un car-podium diffusait des reprises chantées par les Marins d'Iroise comme Amsterdam de Jacques Brel ou Santiano d'Hugues Auffray. Il y avait là une ligne blanche bien tracée au sol mais à part ceux qui avaient déjà eu l'occasion de courir ce trail, beaucoup de concurrents se demandaient de quel côté de la ligne il fallait se placer.

Au fur et à mesure que l’heure du départ approchait, chacun se mettait dans sa bulle. Pour ma part, je pensais cette fois faire une "perf" à mon niveau (1h10) pour honorer ma première participation à une course avec le maillot des Goélopeurs sur le dos, d'autant plus que je ne "craignais plus rien" : en effet, pour l'anecdote, lors de l'entraînement du jeudi précédent, je m'étais lamentablement étalé sur un muret et bien esquinté le genou droit. Ma motivation pour monter sur le muret était d'essayer de mieux apercevoir les grues (non, pas les oiseaux, les grues du port militaire). Le lac de Ty-Colo à St-Renan se prêtait mieux à la curiosité ornithologique avec oies, cygnes et canards, tandis que je faisais office de drôle d’oiseau, un goéland à patte folle, avec mon pansement maintenu par une bande de contention. 

 

Le départ, ah le départ, ah ben oui, alors que la plupart des coureurs s'étiraient encore ou discutaient dans un coin, voilà que le starter donna le coup d'envoi de la course, et qu'un peu plus de quatre cent personnes se ruèrent en même temps sur le chemin étroit de la berge sud-ouest du lac de Ty-Colo. Il est vrai qu’à peine 2 minutes avant le coup d’envoi, le micro de l’organisation portait beaucoup moins que la sonorisation musicale, et nous comprenions tout juste qu’il fallait se diriger vers le terrain de rugby. Le départ était donc, il faut l'avouer, un peu cacophonique : malheur aux coureurs qui souhaitaient faire un chrono et qui se trouvaient emprisonnés en queue de peloton.

Je pris encore une fois un départ parmi les derniers et commençais à remonter dans le peloton pour me mettre à mon allure, mais cette fois ci un peu plus rapidement que d’habitude, enseignement pris du dernier St-Pol Morlaix. Ce ne fut pas chose facile, il y avait facilement moyen « de se faire » une cheville sur les bords herbeux et quelques obstacles (trou d'eau, banc, pont, arbres...) à éviter. Nous longeâmes le terrain de rugby puis nous allâmes faire un tour dans le sous-bois derrière le terrain, un endroit bien gras, dont l'entrée étroite et accidentée sur le talus provoquait un second bouchon après l’étranglement du départ. Je commençais à pester dans ma tête en me disant que c'était bien la peine d'avoir fourni cet effort au départ pour voir revenir tout un lot de personnes que j'avais dépassées.

Le parcours dans ce sous-bois nous ramena sur l'autre berge du lac de Ty-Colo où je pus de nouveau prendre un peu le large et me caler avec un groupe qui correspondait à mon allure. Nous quittâmes la berge pour emprunter partiellement le parcours du cross de Saint-Renan sur à peu près 200m.

Enfin, arrivé devant le pont du ruisseau passant sous la  route départementale, un troisième bouchon, et gros celui-ci. Le pont, assez bas de plafond, ne permettait le passage que de quelques coureurs à allure très réduite, avec au choix deux techniques principales :

  • la technique « trottiner sur la mini berge bétonnée en étant plié en deux, au risque de se faire un lumbago »
  • ou la technique « warrior » : passage au milieu du ruisseau et risque de prendre un bain complet (et la crève qui va avec).

Je  choisis la première solution en maugréant dans ma tête, car j'avais comme l'impression à cet instant d'être dans les tous derniers… Ce n’était pas une impression, tout le monde ou presque avait eu le temps d'arriver au pont avec cette file d'attente. A l'issue du pont, je n'en étais que plus remonté et forçais l'allure pour rejoindre le groupe avec qui j'étais jusque-là. Que dire de cette première partie constituée de chemins agricoles et de bitumes, sinon que cela montait la plupart du temps, avec de temps en temps une petite redescente de récupération pour finalement réaliser une boucle dans laquelle se trouvait le point culminant de la course, un champ de maïs ensilé il y a peu. Un ravitaillement en eau était possible avant et après cette boucle d'environ 2km de long. Pour être honnête, hormis le relief, je n'avais pas trouvé la course très intéressante jusqu’ici.

 

La redescente vers Saint-Renan commençait et nous entrâmes enfin dans la vallée des Seigneurs en traversant le joliment nommé "petit pont de bois". Le parcours, plus technique, était aussi beaucoup plus ludique que précédemment. Il fallait tout d'abord remonter encore dans le haut de la vallée où l'on pouvait croiser les premiers qui redescendaient un étage plus haut dans le sous-bois..., faire demi-tour en haut de la vallée, puis comme eux redescendre à notre tour, sur un rythme assez endiablé. Pas question d'essayer de doubler ou de se faire doubler dans cette partie, c'était à la queue leu-leu, et les meneurs de groupes avaient suffisamment de pression pour maintenir un rythme satisfaisant pour tout le monde. Alors que je pensais que cela redescendait de la sorte jusqu'à St-Renan, je fus comme d'autres stoppé dans ce  qui était très certainement une petite surprise concoctée par les organisateurs, une montée courte mais assez raide pour vous casser au choix les jambes, le moral, ou les deux. Comme pour beaucoup d’autres, ce fut surtout la seconde option et la fainéantise qui me fit marcher dans cette côte. Je ne pouvais m'en prendre qu’à moi-même, et quand la volonté flanche, les jambes aussi. C’est donc à partir de ce moment que la course me fut plus difficile, et je vis beaucoup de concurrents me doubler ensuite dans les deux-trois derniers kilomètres.

 

Il y avait au bout de la côte une descente salvatrice puis, longeant la route Milizac - St-Renan, un sentier plat tapissé de feuilles mortes, très agréable à courir. Le sentier se terminait par une dernière côte, petite mais presque aussi énervante que la précédente tant le sentier était souple et agréable, afin de contourner des habitations et retomber dans la prairie, pas très loin de l'arrivée. Un dernier effort dans la prairie, puis ô joie, encore un passage dans le ruisseau et sous l’horrible pont en béton pour arriver près du stade d'athlétisme, pour enfin rallier l'arrivée au boulodrome sur une dernière portion en bitume. 1h15 environ, 5 min de plus que mon objectif, pas terrible, mais avec une consolation, une bonne course entre  les km 3 et 10, compte-tenu de mon départ moisi et des laborieux deux derniers kilomètres.

 

Je retrouvais à l’arrivée Arnaud et Seb qui en avaient fini, Seb entouré de deux supporters de choc, qui si ils avaient été présents au départ, lui auraient peut-être permis de faire une place sans chiffre des dizaines. Cinq minutes après arrivait Benj’, et après avoir pris chacun le T-Shirt offert aux arrivants, nous décidâmes de rentrer sur Brest.

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