La course nature de Brest vue par Régis

 

Fatigué de la veille après avoir joué l’escort-boy d’une belle dame de 46 ans, pris un apéro et le repas arrosé qui allaient avec, je devais honorer mon engagement à la course nature du cross de Brest. En effet, la veille, je participais avec mon club de plongée au convoyage de la Bretonne entre Plougasnou et Morlaix, une vedette (pour les non-marins, il s’agit ici d’un bateau, pas d’une machine à laver) construite en 1965 aux chantiers Sibiril à Carantec, qui après avoir transporté légumes, animaux et passagers entre l’Ile de Batz et Roscoff, fut reconvertie en bateau de plongée en 1999. Au cours de cette magnifique traversée, exceptionnelle par la visibilité et la lumière, sur une mer calme légèrement ondulée par les restes d’une longue houle, j’avais l’impression que tous mes copains volatiles comprenaient que j’allais souffrir le lendemain, et perchés sur les rochers et les balises, me regardaient comme l’on regarde un condamné envoyé à la potence. Goélands, sternes, cormorans, bernaches, pingouins, mouettes, fous de Bassan, aigrettes, courlis, huitriers-pie et tournepierres, tous étaient calmes et compatissaient à ma future souffrance prévue le lendemain pendant la course nature du cross de Brest. Leur comportement ainsi que ce calme météorologique inhabituel étaient surtout annonciateurs des tempêtes qui allaient suivre pendant la semaine, tandis que me je rendais tout seul la course du lendemain plus difficile avec l’apéro et le repas.

 

C’est donc dans un état pas très frais que je me présentais dans une des salles du fort du Questel pour retirer mon dossard, d’autant plus que j’avais déjà parcouru 3km entre les Quat’Moul’ et le fort en courant à allure soutenue. Je n’étais pas de première fraicheur en effet, car deux minutes après avoir pris mon dossard, je me rendis compte que j’avais oublié mes épingles et revenais à la salle pour en prendre. Les regards ébahis des bénévoles me faisaient prendre conscience que mon regard à moi était celui d’un merlot, euh, merlan frit plutôt, ou bien peut-être qu’ils ne doutaient pas du sérieux de mon échauffement vu que j’étais déjà dégoulinant de sueur.  Il n’empêche que je n’avais pas été assez déraisonnable pour me priver de courir 12km et d’autres concurrents devaient être également fatigués de la veille avec le noz trail de Plouider.

 

En consultant la liste des inscrits, je dois avouer que j’étais un peu déçu d’être le seul goélopeur. En sortant du fort, j’eus crû pourtant que je n’étais pas le seul et j’eus une fausse joie en apercevant une jolie fille en maillot jaune fluo, car dans ce cas il s’agit généralement (voire il ne peut s’agir que) d’une goélopeuse, mais non, pas de goéland sur le maillot et tête non connue. Je me dirigeais donc vers la ligne de départ, matérialisée par un trait de plâtre et un portique gonflable aux couleurs de la ville de Brest. Là,  je retrouvais Stéphane, collègue de travail et coureur, au moins quelqu’un que je connaissais. Parmi les engagés, beaucoup d’habitués des courses locales, le papa de Miss France 2011, et quelques coureurs du dimanche dont je faisais partie. Mais ce n’était pas la grande foule, un peu comme à Lannilis le week-end précédent.

 

A 10h, heure prévue du départ, surprise, quelques recommandations (de dernière minute, c’était bien le cas de le dire) à propos du parcours nous étaient fournies par l’organisateur. Le top départ par le starter n’était envoyé que 2 minutes plus tard. Le départ emprunta le parcours traditionnel du cross avec une mini-butte dès 50m pour aller ensuite faire un tour dans la zone vallonnée des pâtures qu’occupent habituellement les chevaux du centre hippique. Concentré sur ce début de course parti assez vite, j’essayais de me placer et je trouvais mon allure en revenant vers le bois du fort du Questel. Ca montait, ça descendait, ce début me plaisait bien. Au bois du Questel, juste avant la descente qui nous amenait au Buis, voilà le papa de Miss France qui me doublait ainsi que 2-3 autres coureurs pour chercher à s’isoler, il devait connaître le parcours car la descente était effectuée sur un chemin étroit, pentu, rendu très glissant avec les pierres humides et le tapis de feuilles mortes. Qui plus est, cette descente était menée sur un rythme infernal, et dans cet enfer, le diable en personne se serait très probablement pris un arbre ou vautré dans les taillis avec ses pieds de bouc. Faire confiance et se faire confiance étaient les deux choses que comme d’autres j’avais présentes à l’esprit, car la moindre chute pouvait occasionner un embouteillage monstre, provoquer un culbuto géant, ou les deux à la fois.

 

Content d’être arrivé sain et sauf en bas, il y avait encore la grosse marre de boue en guise d’atterrissage à bien négocier, et la technique de danse de Mumble dans Happy Feet faisait son grand retour, ça tombe bien, la version 2 est en ce moment sur le grand écran. Nous continuâmes un peu sur le chemin sous le Buis pour ensuite remonter vers les rives de Penfeld via le chemin sous l’hôpital de la Cavale Blanche. Je trouvais mon rythme et me calais dans la foulée d’un couple de traileurs coiffés de bonnets, eux-mêmes accompagnés d’un troisième traileur également coiffé d’un bonnet, que je reconnaissais comme étant un des organisateurs du Technoz trail. M’étant dit qu’il s’agissait d’une bonne compagnie pour l’allure, nous poursuivîmes ensemble le parcours le long de la Penfeld en direction de la rade, en croisant des promeneurs et des joggeurs qui ne participaient pas à la course. Le parcours n’empruntait pas tout à fait le sentier habituel, car après la petite côte qui commence sous le pont de Villeneuve et qui atteint la petite prairie, nous descendîmes d’abord dans le fond de la prairie pour ensuite la remonter parmi les taupinières, en traversant perpendiculairement le chemin normal.  Pas évident, le terrain herbeux était assez raide et gras. La redescente de la petite prairie nous ramenait sur le chemin normal, pour une dizaine de mètres seulement, car une balade dans le sous-bois au plus près de la Penfeld nous était offerte, un passage technique très fun, mais avec un réel risque de se benner dans la Penfeld à certains endroits. Je m’imaginais en goéland échoué dans la vase, avec les canards éclatant de cancaner, en train de se foutre de moi. Ca n’est pas arrivé (dommage penseront certains J). Il fallait encore remonter par le parcours sportif, traverser perpendiculairement le chemin normal une fois encore ainsi que le champ qui amène en haut du complexe sportif de la Cavale Blanche, avant de redescendre en longeant ce dernier du même côté. Après une montée là encore pas évidente, la descente vers les rives de Penfeld  nous permettait de récupérer et nous détendre.

 

Puis, peu après le petit pont qui nous faisait passer rive gauche, je décidais de doubler les « trois bonnets » que je supposais à juste titre d’être agacés d’entendre ma ventilation bruyante de buffle asthmatique, non pas pour les distancer, mais pour prendre un relais et épargner leurs oreilles. Je leur devais bien ça après avoir profité de leurs services depuis le Buis. Plus à l’aise sur le plat, je m’efforçais de conserver une allure constante et appropriée. Nous fîmes le tour de Penfeld par le chemin classique en empruntant toutefois le passage « du haut » dans le bois situé sous le boulevard de l’Europe avec la descente casse-g…… bien connue des joggeurs brestois. Nous poursuivîmes en revenant rive droite, en passant sous le parc de expositions de Penfeld pour aller en direction du CIN (Centre d’Instruction Navale)  de Villeneuve. Ce petit tour de Penfeld fut une véritable promenade de santé après un début de course assez exigeant. Après cent mètres de bitume parcourus depuis le CIN, nous redescendîmes vers le chemin du Buis par le sentier sur le gauche. Là encore, une descente technique intolérante aux erreurs, mais une descente somme toute assez courte. En bas, nous fîmes une petite boucle du côté du bas du bois de Keroual avant de revenir sur le chemin nous amenant sous le Buis.  

 

Une dernière surprise nous attendait, car au lieu de remonter directement au fort, nous refîmes un tour sur les hauteurs du Buis, en empruntant un sentier raide qui nous faisait arriver sur une route. A cet instant je subissais une faiblesse que je mettais sur le compte des excès de la veille, en même temps que je me montrais très intéressé par l’hélicoptère de l’hôpital de la cavale Blanche qui nous survolait à basse altitude, courant la tête en l’air. Peu après sur la même route, le couple à bonnets me redoublait et je ne pouvais que sourire de leur discussion, elle : « Oh ! C’est là qu’on a acheté le sapin »,   lui : « Ben tu vois, t’es pas perdue, tu sais où on est ! » . Au bout de la route, il y avait un premier virage en angle droit à gauche, encore une portion montante à parcourir sur cent mètres de la route de Pont Cabioch, et enfin, encore un virage à 90° à gauche pour prendre un chemin de traverse nous amenant en bas du Buis. Jusque là, tout allait à peu près bien et je sentais l’arrivée proche, d’autant plus que l’on entendait très bien la sonorisation mise en place sur le site du Questel.

 

Il ne restait plus qu’à remonter au fort, oui mais voilà, dès les premiers mètres du raide sentier, je fus stoppé net par un foutu point de côté intestinal droit qui ne voulait décidemment pas partir.  Je mis ça sur le compte des excès de la veille, répétant dans ma tête « apéro du samedi, je te maudis », mais le problème venait aussi beaucoup du fait que je ne m’étais pas assez hydraté avant la course, ni même pendant la course compte tenu de l’exigence de ce 12km. Enfin, après une pénible montée, le fort du Questel apparaissait en même temps que Stéphane, déjà dans l’aire d’arrivée, qui m’encouragea pour finir les dernières centaines de mètres autour du fort sur le parcours traditionnel du cross. Je ne finissais pas terrible dans les deux derniers kilomètres où presque une dizaine de coureurs avaient eu l’occasion de me doubler, dont des « papys » encore fringants.

 

Une fois la ligne d’arrivée coupée, en 1h02’, j’étais malgré tout content, très content même, car le parcours était très varié, plaisant, et assez difficile. Je retrouvais Stéphane dans l’aire d’arrivée, qui m’attendait depuis presque dix minutes, il avait encore une fois fait une belle perf, en 53’ et quelques. Je ne me faisais pas prier pour prendre une double dose de thé chaud.

  

Il ne me restait plus qu’à passer prendre le T-Shirt et le journal offerts aux arrivants, avant de parcourir encore 3km en footing de récupération jusqu’aux Quat’Moul’. Il était temps d’arriver, car le temps qui avait été clément pendant la course (comme à Lannilis) commençait à se gâter, il se mettait à venter et à tomber des cordes.


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