Régis aux 24h de Trail - 13/14 juin 2015

24h de trail, Ste-Anne du Portzic à Brest et Plouzané, 13-14 juin 2015

 

              Premier évènement important de l’année pour les Goélopeurs, et gros évènement même. Quand Eddy Uguen du team Humblezh avait annoncé en fin d’année dernière une épreuve de trail en relais sur 24h dans la vallée de Sainte-Anne du Portzic, ni une, ni deux, les Goélopeurs avaient tout de suite adhéré au concept et s’étaient massivement inscrits avec la formation de cinq équipes, soit un dixième du nombre maximal autorisé d’équipes de six relayeurs qui fut défini à cinquante. Une telle épreuve n’existait pas encore en Bretagne, et c’est un homme audacieux et novateur qui a proposé cette épreuve en profitant de l’expérience et du gros niveau des nombreux coureurs de haute volée qui composent la team Humblezh, Humblezh étant à la fois une marque de sportswear orientée trail à la sauce bretonne, et un team de coureurs dont la renommée n’est plus à faire. Le WE fatidique était enfin arrivé pour les Goélopeurs, qui s’étaient tous préparés sérieusement, avec quelques retouches au dernier moment pour remodeler des équipes, certains coureurs s’étant blessés avant l’évènement.

              Le WE commença le vendredi 12 juin au soir, avec l’aide au montage du barnum à Sainte-Anne. J’arrivais à la bourre et commençais à parcourir les campements, car toutes les tentes ou presque étaient déjà montées et je ne trouvais pas les Goélopeurs. C’est en trouvant Eddy que je sus où étaient les Goélos, tout au Sud-Ouest de l’espace en herbe à Sainte-Anne, pas loin de la plage et du bar-restau du bois. C’est Manu, initialement prévu aux 24h mais blessé, qui avait géré le barnum, un machin assez grand de 12m par 3m. La charpente et le toit étaient déjà en place, j’étais arrivé au moment où il fallait lever le toit pour placer les pieds puis fixer les toiles d’extérieur. Je ne fus donc pas complètement inutile pour aider mes Goélo’collègues. Ce qui fut très drôle fut que je retrouvais un collègue de travail installé juste à côté de nous avec Courir à Ploudal, et que 20mn plus tôt nous étions ensemble en réunion, chacun disant vers les 17h pour abréger la réunion, « Bon ben faut que j’y aille, j’ai rendez-vous ! ». Une fois le barnum prêt, il fallait penser au lendemain. Très excité, j’eus grand peine à dormir convenablement la nuit précédente et même de la semaine, aussi j’étais déjà fatigué le samedi matin quand j’embarquais avec Ronan, équipier sur les 24h qui habite tout près de chez moi, pour aller à Sainte-Anne.

              Samedi matin, les 10h30 passés, je disais bonjour à tout le monde, aidais à récupérer pour tout le monde le lot pour chaque coureur, un sac Humblezh Running conseil, idéal pour la plage et pour le vélo, dans lequel se trouvaient diverses pubs et produits, pour Apurna et Océanopolis. J’entrais progressivement dans ma bulle après avoir récupéré le dossard. Lénaïg, qui remplacait sur le fil Ellie, était là aussi. J’étais soulagé. Pour le coup je repensais à Plouvorn l’été dernier où j’avais déjà couru avec Lénaïg, j’étais rassuré, Léna, c’est une valeur sûre. Je montais aussi ma tente pour la première fois de 2015, tout près du barnum. Bien, il était temps de s’équiper. Je choisissais le maillot de 2015 et le short classique pour commencer, avec des chaussettes jaunes assorties à la tenue. La classe quoi. Je me dirigeais tout excité avec les autres vers le podium et la zone de relais pour assister au départ. Dans ma team, Léna partait en 1, je partais en 2, Stéphanie L. (Stef) en 3, Hervé (VV) en 4, Benj’ en 5, et Ronan en 6. Après quelques échanges, notre stratégie globale était de faire chacun un relais de jour à la suite, pour passer à 2 tours d’affilée la nuit, histoire que tout le monde puisse bénéficier d’un vrai sommeil, même court. A 11h30, la pression montait, c’était l’heure du briefing de course donné par Eddy. Après les remerciements, un hommage à Loïc Cotton, il était temps de dévoiler les noms de la marraine et du parrain de cette première édition, qui n’étaient autres que … Léa et Lubin ! Deux boutchous que la vie n’épargne pas, mais qui lui rendent bien la monnaie à la vie et lui font honneur. Une vraie leçon d’humilité, et tiens-donc, c’est ce que signifie Humblezh en breton. On comprend mieux le lien qui existe entre ces enfants et les coureuses et coureurs du team Humblezh, qui, avec l’association Les Joëlettes du Bout du Monde de Xavier Gourmelon, parcourent les courses ensemble, qu’elles soient locales ou que ce soit de grands évènements. Tenez, par exemple, Lubin et le team Humblezh viennent de gagner le marathon du Mont St-Michel. Un trophée de plus ! En 2013, c’est avec nous les Goélopeurs qu’il avait gagné le trail de la baie du Kernic, un bon souvenir avec son papa Stéphane, coureur aussi sur les 24h dans une équipe Pour Owen. Léa et Lubin étaient tout joyeux sur le podium, et surtout, ils forçaient le respect et l’admiration. Après une description du parcours, les consignes sur le balisage, il fallait bien que chaque équipe bénéficie d’un témoin vu que c’était un relais. J’avais amené ma clochette, ma mini-snaille pour ce faire, et n’étais pas loin du compte. Le témoin pour chaque équipe était un sifflet, et chaque premier relayeur dut aller prendre un sifflet de couleur auprès d’Eddy. Léna prit un sifflet vert. Les Cavaleurs, déguisés en Martiens avaient aussi pris un sifflet vert. Les Cavaleuses étaient déguisées en Batwomen.

              Chaque sifflet de chaque équipe allait parcourir de nombreux kilomètres pendant ces 24h. Après le briefing, tous les Goélopeurs étaient présents au départ un peu avant midi, sous un magnifique soleil, pour encourager le premier relayeur de chaque équipe. Il y avait Seb, Christophe, Wil, Lénaïg et Amandine sous l’arche de départ. Comme c’est long 24h, pour une fois je ne vais pas lister tout le monde dans chaque équipe, je vous laisse fouiller dans les classements.

              Les coureurs étaient prêts à lâcher les chevaux, quand soudain le décompte commença, façon Houston et décollage de fusée, histoire de faire monter encore un peu plus la température. Le zéro prononcé, wooosshhh ! Les premiers relayeurs partaient sur le circuit, comme des malades ! Ce premier tour promettait d’être très rapide. Parmi les spectateurs et relayeurs suivants, ça commentait déjà, « Non mais ils ne sont vraiment pas bien, y’a 24h à tenir, quand même ! », « Ce sont les patients de Bohars les gens ou quoi ? », « La vache, ils doivent avoir une sacrée envie pour aller vite comme ça ! », et j’en passe. Le circuit faisait 4.5km avec un dénivelé positif de 150m, technique comme il faut. J’avais hâte de vérifier si je l’avais reconnu correctement les semaines précédentes. Les premiers arrivaient déjà en moins de 20min. C’était mon tour, la tension montait d’un cran. Dans la zone de relais, je scrutais le temps sur le tableau d’affichage qui se décrémentait petit à petit. Seb et Christophe avaient passé le relais, le prochain devait logiquement être Denis, suivi de peu par Léna. Denis passa le relais à Pat, puis, une trentaine de secondes plus tard, Léna arrivait et me passa le sifflet que je pris dans ma main droite avec sa ficelle.

              Je commençais mon premier tour en empruntant le petit pont avant d’attaquer la longue côte du côté Ouest, un sentier terre et gravier très praticable, qui bien que raide sur 10m au tout début, est assez roulant jusqu’à la résidence du technopôle. La côte passa très bien. S’ensuivait alors une portion un peu plus technique en sous-bois avec une nette diminution de vitesse. J’essayais de conserver un bon rythme mais avais du mal à y parvenir. En plus arrivait la première vraie difficulté du parcours, une descente prononcée avec un chemin de terre creusé en V et des racines apparentes façon straps de pied de flotteur de windsurf. Hors de question de jouer au zigue là-dedans, la prudence était de mise avant d’arriver sur le chemin de balade classique en vallée de Ste-Anne où je pouvais relancer un peu pour arriver au pont à l’extrême Nord-Ouest du parcours. Après le pont, non nous ne tournions pas à gauche pour prendre le sentier un peu plus haut, nous redescendions légèrement en passant dessus un autre petit pont pour sauter une caillasse au pied d’un arbre et attaquer une première petite patate, qui finissait par tourner à gauche au bout de 20m, histoire de reprendre le sentier qui fait la transition entre les deux petites branches du Y en haut de la vallée. C’était le premier petit écart par rapport à ma reco. Cette petite côte après les ponts avait fait son effet, ça piquait les jambes et j’étais bien heureux de pouvoir réaccélérer un peu sur le chemin ombragé qui fait la transition en haut de vallée. Je regardais mon chrono, 12min, satisfait. J’arrivais alors au petit ruisseau après une brève descente assez chaotique avec cailloux et racines saillantes, de quoi se tordre le pied. Seconde surprise, il ne fallait pas redescendre toute de suite après le ruisseau comme ce que je crus bon de faire lors de ma reco, mais aller à gauche pour prendre plus loin un virage en épingle et remonter ensuite par une côte moins prononcée mais plus longue que prévu. L’effort déjà consenti sur le circuit se faisait sentir. S’ensuivait alors une descente roulante mais traitre avec de légers virages. Je n’arrivais pas à atteindre la vitesse souhaitée dans cette partie étant sur la défensive. J’arrivais alors près du gros arbre que je reconnaissais bien, la fin de la première descente était proche. La descente se terminait une centaine de mètres après le gros arbre, en continuant sur la gauche. Puis, après un peu de sentier en faux-plat montant, bam ! Il fallait attaquer la grosse patate du parcours, une belle montée en plusieurs temps en sous-bois, avec un sol de terre, d’humus et de feuilles, assez raide. Je courais au petit train et vis devant moi avec joie ce que je crus être la fin de la côte, ce ne devait pas être long. Et noonn !! Cela continuait encore, c’était juste un S qui faisait droite-gauche. Je continuais toujours avec les jambes commençant à se durcir. Enfin, la fin de la côte pensais-je une seconde fois en voyant un virage avec des spectateurs. Et ben noonn pluus !! Encore un S droite-gauche, cela montait encore. Bien transpirant et haletant, je voyais alors la troisième fin possible de la côte. Cette fois-ci c’était la bonne, pfiouu ! Je repartais sur un peu de plat avec des jambes en béton, incapable d’accélérer. Sur la droite, il y avait une petite clairière en friche encadrée par les arbres et nous pouvions apercevoir de l’autre côté de la vallée les bâtiments du technopôle comme l’Ifremer ou l’ENIB. Maintenant, il ne restait plus qu’à descendre ou presque, ce qui était rassurant. Une petite remontée pas désagréable et c’était parti pour la grande descente à partir du panneau « Attention sur 300m ». En effet, c’était sportif avec le sentier qui se dérobait sous les pieds au tout début, puis une partie raide en terre et ravinée, le tout en virage, et enfin un tracé sinueux et technique avec pierres, grosses racines et drops où il était facile de prendre en plus beaucoup de vitesse. Gare à la chute dans ce secteur vicieux. La descente technique prenait fin à un ruisseau que je franchissais sans me mouiller les pieds pour attaquer de suite un raidillon de 10m. En haut de ce dernier raidillon, la délivrance, je n’avais plus qu’à allonger la foulée pour revenir à la zone de relais et confier le sifflet à Stef.

 

              J’avais effectué ce premier tour en 28, moins rapide que Léna ! Et quand en plus je constatais que les meilleurs mettaient moins de 20’ sur ce tracé, je restais les yeux écarquillés. Gast ! Le circuit était différent de ce que j’avais fait lors de ma reco pour une bonne partie de la seconde moitié, il était plus dur avec une redoutable patate et une descente pour les vrais techniciens de surface. 28’, ce n’était pas terrible relativement à d’autres chronos et pourtant je n’eus pas l’impression de traîner en route et arriva trempé de sueur. Bien, j’allais vite mettre mon maillot à sécher avec le dossard fixé dessus et revenait en T-Shirt sec vers la zone de relais en tant que spectateur. Il restait un peu moins de 23h, déjà, le temps passait très vite, il suffisait d’encourager les coureurs sur le circuit et de discuter avec les autres coureurs en attente. La première équipe, les Sudistes, faisait grande impression et avait déjà pris quelques minutes d’avance, suivie de 8min du team Humblezh. Derrière, cela bagarrait ferme entre le team Running Conseil, le team Humblezh Joëlettes du Bout du Monde, les BLAT 1, et un peu plus loin, Courir à Ploudal 1, notre valeureuse équipe des Goélo 1, le team Hénaff, et la Joie de Courir Plabennec. Inutile de citer tous les talentueux coureurs présents, mais le niveau était très relevé et faire un top 10 était déjà une remarquable performance. Mais pour lors, nous n’en étions qu’au début et cela courait encore à toute berzingue. Stéphanie avait passé le sifflet à Hervé qui lui même avait passé le sifflet à Benj’. Les tours et le temps défilaient.

              Anne participait aux 24h comme bénévole et aidait au pointage en encourageant les Goélos un peu plus que les autres ;-). Après 2h de course et un premier classement temporaire ou nous étions avant-derniers, Léna me dit « Mais on est nuls ! ». Je lui répondais « Moais, pas sûr ça, le niveau sur l’épreuve est très élevé, et en plus après 2h, ça ne veut pas dire grand chose, il faut au moins que tous les relayeurs soient passés pour que ce soit significatif ». C’est que Lénaïg serait un peu impatiente des fois, surtout qu’elle commence à s’habituer aux performances et aux podiums. Mais ici, c’étaient des 24h, des vrais, comme en bagnole, et les surprises ou casses n’allaient sans doute pas manquer. Ronan prit son relais un peu avant 14h30. Comme prévu, le premier tour complet de six relayeurs devait durer environ trois heures à raison d’une demi-heure par tour environ, et nous prenions même un peu d’avance sur le planning établi. Ben ouais, nous n’avions pas fait les choses à moitié dans notre équipe Goélo 4, nous avions planifié comme il se doit !!

              Peu après 15h, je partais pour mon second relais après encore un tour très rapide de Léna.

Bon maintenant, vous connaissez à peu près le parcours qui fut à mes yeux divisible en sept parties bien distinctes selon le modèle suivant :

A) la grande côte facile jusqu’à la résidence du technopôle,

B) la 1ère section technique en sous-bois Nord-Ouest parcours,

C) la transition avec le chemin, sa petite patate au début et ses cailloux et racines à la fin,

D) le sentier côte et descente peu prononcées Nord-Est parcours,

E) la grosse patate en S,

F) la descente technique de dahut,

G) le retour en légère descente vers le podium avec à son début un mini-raidillon humide à sa base

              Pour être rapide (essayer d’être…), autant faire l’effort dans les portions les plus simples. Aussi, je partais comme un dingue dans la première côte, car après une « petite marche » de 3-5m, le sentier était roulant. Très satisfait de mon allure, j’étudiais ma posture et avais l’impression d’être vachement rapide, de voler même, lorsqu’à la fin de la côte, je me faisais doubler nettement par un gars de Courir à Ploudal. Ça alors, j’en étais vexé et en même temps incapable de répondre à son attaque. Tant pis, je laissais filer l’animal. J’avais l’impression de courir convenablement jusqu’au moment où je me fis doubler, que dis-je, déposer sur place par quelques têtes d’affiche. J’arrivais devant la grosse patate en S, arrivais encore à courir dedans, du moins au début, mais finis par céder à la marche après le deuxième S. Relance légère après la côte pour filer vers la descente. Ça poussait derrière, un ancien de la Joie de Courir Plabennec mettait la pression ce qui me força à prendre un peu plus de risques dans la descente. Ruisseau, raidillon, puis l’ancien de la Joie de Courir me doubla dans la dernière ligne droite avant le dernier virage, 100m avant la zone de relais. J’arrivais en 27pour passer le sifflet à Stef, c’était un peu mieux. Après ce second tour, de nouveau un changement de tenue pour faire sécher le maillot. Il était déjà 15h passés, le temps filait vite.

              Entre les allers-retours entre notre campement des Goélopeurs et la zone de relais, les discussions ici et là, le chronomètre m’avait l’air de défiler aussi vite qu’à Scaër. Après Béné et Nico venus nous voir à vélo, c’est Véro et Yohann, puis Sabine, Manu et Antonin qui sont venus nous encourager en cette fin de samedi après-midi. Les écarts se creusaient et les classements n’évoluaient guère. En tête de ces 24h, une équipe du Sud Finistère, Les Sudistes, composée de grosses cylindrées de la course à pied dans la région. A part les deux teams Humblezh, il n’y avait pas grand monde pour rivaliser. Nous étions quant à nous bien au chaud dans le fond du classement. La fin de l’après-midi approchant sous un beau soleil, je me mis en tête d’aller boire une petite bière pour le goûter, en cachette de mon équipe. Au lieu de piquer dans la cambuse des Goélopeurs, j’allais incognito à la buvette prendre une Coreff rafraîchissante. Après tout, il faisait chaud, et après deux tours, ça allait très bien.

              Les 18h approchaient, Léna partait pour son dernier relais de la journée et j’allais tranquillement m’équiper pour mon 3ème tour. Arrivé dans le sas, je n’étais pas le seul Goélopeur à patienter, Jean-Pierre était là aussi. Et peu après 18h, ce n’est pas un mais deux Goélopeurs qui se présentaient pour passer le relais. Je partais donc en compagnie de Jean-Pierre, avec un peu de pression, et décidais de faire le trou dès la première côte, servant en même temps de lièvre à Jean-Pierre. La côte passa bien encore une fois, puis, arrivé au chemin de la transition, je jetais un oeil derrière. Du jaune Goélopeur, Jean-Pierre était 150m derrière, pas très loin. Entre temps, une autre pointure me doubla et m’encouragea à son passage, c’était Gaël Lamour. Ça faisait du bien de voir que même des très bons étaient capables de ces choses là, j’en étais à la fois surpris et fier, de quoi finir le tour en faisant bonne figure. Bien, j’avais toujours la pression avec JP et faisais l’effort dans la suite jusqu’à arriver à la grosse patate en S. Devinez donc ce que j’avais en tête en y arrivant, du Patrick Bosso en réclame… Pas de stress, y’a point S ! Sauf que derrière, toujours du jaune Goélopeur ! JP s’était même sacrément rapproché, vingt dious ! Super, il fallait que je me démène encore dans la descente pour conserver une avance suffisante histoire d’arriver au relais avant JP. J’y parvins non sans quelques difficultés, et commençais à trouver le bas du tout dernier petit raidillon après le ruisseau bien humide et gras sur le bas. Il n’empêchait, ouf, j’avais résisté à Jean-Pierre et attendais le prochain relais qui devait commencer en mode nocturne avec deux tours. Ce troisième relais changea la donne, car si je m’étais senti très bien après les deux premiers relais, le troisième relais fut plus difficile et les jambes commençaient à clignoter, cela faisait presque 15km au compteur sur un terrain que M. Toulemonde ne peut déjà pas pratiquer en temps normal. A ce sujet, j’observais notre équipe féminine, toujours souriante et battante, sur qui le temps ne semblait pas avoir d’emprise après le quart de course. J’étais admiratif. Après m’être changé, j’assistais au ballet des relais près du podium, cela se calmait, même chez les meilleurs.

              Léna était rentrée, et après Stef, Hervé, Benj et Ronan, je me voyais déjà partir pour deux tours comme il était convenu dans le planning. Oui, mais, en juin le soleil se couche tard, d’une, et en plus je tombais pile poil dans la tranche du repas qui devait être servi entre 20h et 22h par M. Olivier Hélibert, grand traileur en plus d’être traiteur. D’ailleurs sur les courses, il pourrait se définir comme trailteur le monsieur. Alors que mon tour approchait déjà, Benj me dit avec clairvoyance qu’il valait mieux que je ne fasse qu’un tour vu qu’il faisait encore jour. C’était pertinent. Aussi, je me préparais juste pour un quatrième tour avant d’aller manger. Mon quatrième tour après un relais de Ronan et non plus Léna fut laborieux, car la luminosité avait tout de même sacrément diminué. En plus, la grosse patate en S se fit sentir pour de bon, avec une marche aux trois-quarts. Sur les coups de 20h30 après mon 4ème tour, je pris tout d’abord une bière et des gâteaux apéro. Et surtout j’allais au repas qui avait été annoncé en grande pompe peu avant, c’était une tartiflette ! Stupeur et consternation chez de nombreux coureurs, notamment dans le sas de relais, une tartiflette en plein mois de juin ! Je ris beaucoup avec ça jusqu’à m’en faire mal au ventre mais avais hâte de manger la tartiflette du chef Hélibert. Ce n’était pas anodin comme repas, calorique comme il fallait pour résister pendant la nuit et peu incommodant, ce n’était pas une choucroute ou un cassoulet, ni non plus du choux ou de l’artichaut. Traileur en plus d’être cuisinier, il n’avait pas choisi n’importe quoi, c’était plutôt adapté au type d’effort, quoiqu’on en disait au sas de relais ;-). Je pris deux super rations de tartiflette avec un peu de rouge pour la nuit.

              Vers 23h, je partais pour de bon pour mes deux tours d’affilée avec ma frontale. La longue côte du début était facile, encore une fois, même si je me faisais doubler magistralement sur le haut par un certain Mathieu Craff. Puis j’arrivais dans la partie B, la section en sous-bois au Nord-Ouest du parcours. Et là, craaac ! Non dé diou ! Mon pied droit, avec un trou, s’était retrouvé plié à 90 degrés d’un coup vers l’intérieur. Je crus l’entorse arriver mais heureusement non. Puis 200m plus loin, memestra dans l’autre sens, ce fut une racine saillante sur laquelle je posais l’extérieur de mon pied droit qui fit plier ce dernier vers l’extérieur. Pas de bruit de craquement cette fois-ci mais c’était bien douloureux. Boudiou ! J’arrivais encore à courir mais j’avais mal. Et surtout, je pris peur ! Je redoutais la blessure dans les portions avec cailloux et racines que je n’arrivais pas à anticiper à la frontale. Je finissais de boucler mon premier tour de nuit avec appréhension sans le faire paraître et continuais après avoir fait bonne figure en zone de relais, mais je n’étais pas fier du tout. Avec une petite douleur à la cheville et un premier tour avec peur, mon second tour fut plus calme et sur la défensive, je ne doubla personne mais me fit doubler de nombreuses fois, dont une fois par une Batwoman Cavaleuse et une autre fois par Christophe des Goélo 2 avant la descente. J’arrivais doucement au relais, et plus qu’un conseil, presqu’un ordre, j’invitais Stef à y aller le plus tranquillement du monde. Ces deux tours m’avaient fait mal, je faisais beaucoup moins le malin, et ne pensais qu’à une chose, da gousket !

              Ce ne fut pas facile pour me mettre dans le sac de couchage vers minuit et demi, j’étais perclus de crampes, aux mollets, et même aux cuisses, ischios et quadriceps compris, avec la cheville droite endolorie. Super… Après avoir mis mon réveil pour 3h de sommeil, j’attendais d’être pris dans les bras de Morphée, ce qui arriva assez vite compte-tenu de mon état. Rrron zzz… rron zzz… rron zzz…

              Réveil en fanfare à 3h30 avec mes super sonneries de « coq qui chante » et de « ping de sonar basse fréquence ». Surprise, je n’avais plus de crampes, mais j’avais toujours un peu la cheville droite endolorie. Je commençais par m’habiller avec un maillot sec, alla boire de l’eau, puis fila jusqu’en zone de relais pour voir où en étaient mes équipiers. Je vis Benj qui m’expliqua qu’ils faisaient leurs 2 tours nocturnes en alternance avec Ronan, car les faire d’affilée était dur voire trop dur. Pas faux. Benj m’expliquait qu’Hervé avait bien souffert et était arrivé bien fatigué après ses deux tours. Soit, c’était toujours très bien, car au moins, personne ne s’était blessé. Stef aussi avait fait ses deux tours après moi, sans encombre. J’en étais très content et fier d’elle. Benj m’expliqua que le mieux était de revenir à un tour chacun de toute façon, vu que le jour allait pointer le bout de son nez rapidement. J’acquiesçais son choix et me préparais à partir après Ronan. J’avais finalement bavardé pas mal en zone de relais en attendant mon tour, prêtant attention aussi aux autres équipes. Petite anecdote des 4h du mat’, un coureur des BLAT arrivait à la fin de ses 2 tours, attendant son jeune relayeur qui n’était pas là. Aïe… Il posa le sifflet et courra jusqu’à leur campement (assez génial je dois dire, et c’est pour ça que chez les Goélos nous allons peut-être devoir recruter des routiers comme dit PYG ;-) ). Je pensai d’abord à une énorme et monumentale engueulade mais non, il revint en disant simplement « Bon, ben il n’est pas prêt. », reprit le sifflet et repartit pour un troisième tour d’affilée. Cela bien sûr me fit penser à une chanson bien prise de tête du jeune Vianney… Vous l’avez ? Oui, non ? C’est facile, et c’est même la chanson que de nombreux coureurs ont redouté pendant ces 24h en arrivant au relais : « Mais t’es où ? Mais t’es pas là ! Mais t’es où ? T’es pas là ! Mais t’es où houhouhou ???!! ». C’est précisément ce qui arriva à ce coureur des BLAT et à d’autres aussi dans quelques équipes, à certains moments d’égarement en zone de relais, très amusant pour les spectateurs et coureurs en attente, même si c’est loin, mais alors très loin d’être drôle pour le coureur qui termine son effort.

              Je partais après Ronan pour mon septième tour un peu après 5h. Encore en nocturne avec la cheville toujours un peu lège, j’y allais prudemment. Je doublais d’abord une fille de Courir Pour Owen, puis sur le haut de la côte la Batwoman Cavaleuse qui m’avait doublé lors de mon second tour nocturne, et continuais le parcours jusqu’à me faire doubler à mon tour par Christophe avant la descente, exactement au même endroit que lors de son dépassement précédent, ce qu’il me fit remarquer. Je terminais mon tour, un peu laborieux, et vis que Stef était présente au relais ce qui me fit grand plaisir. Pour le coup elle m’impressionnait, nous en étions tout de même à plus de 25km cumulés. Au pointage, Anne était revenue après une courte nuit et était avec la douchette. Ça ne marchait pas tout de suite, la douchette était capricieuse. Au fur et à mesure des pointages, la vague impression d’être un article de supermarché m’était venue en tête, et après mon premier tour de la matinée, j’étais un ou des légumes. Anne aurait pu me sortir un truc du genre « Bip ! 800g de brocolis, 2 euros ! » que ça ne m’aurait pas choqué.

              Je retournais à ma tente pour faire un petit somme, enfin, somnoler. Je ressortais à 7h sans avoir réussi à dormir et un peu étonné que personne ne soit venu me sonner les choches. J’appris que Léna était en piste, le jour était levé. Hervé qui venait d’en terminer de son relais matinal avec le lever du jour était content, il avait retrouvé des sensations avec la lumière naturelle. Benj prit la suite de Léna qui arrivait, hyper motivée, prête à faire plein de relais dans la matinée. Aussi, après Benj puis Ronan, Lena allait repartir, histoire qu’elle puisse faire 3 tours en ce dimanche matin et soulager les équipiers restés sur place qui n’avaient que peu ou pas dormi. Je partais pour mon 8ème tour un peu avant 9h, et effectivement, courir de jour permettait d’être plus rapide dans les portions techniques. Par contre, la fatigue était bien présente. Arrivé au pied de la patate en S, je marchais directement. Je terminais le tour en une demi-heure environ. Je n’avais plus qu’à me couvrir et patienter en encourageant les collègues, me sentant soudainement fatigué, mais alors du genre las. Je crois que les trois dernières heures des 24h furent les plus difficiles et les plus longues pour beaucoup, on sentait clairement l’envie de terminer l’épreuve chez beaucoup de coureurs éprouvés dont je faisais partie, et en même temps il y avait un relâchement général car la fin était proche. Il restait bien quelques équipes encore en forme, comme les Cavaleuses et Cavaleurs qui avaient conservé leurs costumes depuis le départ, mais dans l’ensemble, l’ambiance était bien plus mollassonne qu’au départ.

              10h, tout était parfait pour tout le monde chez les Goélos, il ne restait plus que deux heures, quand soudain, bizarrement sur la droite, beaucoup de Goélopeurs étaient amassés près de l’ambulance. Mais qu’était-donc ce bordel ? J’allais faire mon curieux rapidement espérant que rien de grave ne soit arrivé. Sainte horreur ! Ce n’était pas une urgence vitale heureusement, mais que vis-je, Seb, notre coach et président adoré assis sur le brancard, victime d’une méchante entorse ! La m**** ! … Seb avait réussi à passer le relais et les Goélo 1 pouvaient continuer, mais nous perdions à cet instant notre moteur principal chez les Goélos. Große Scheisse !! En plus, il allait sans doute devoir subir la fameuse double peine (assez commune sur blessure au rugby par exemple…), ou en plus d’être blessé, tu te fais engueuler en rentrant à la maison parce que justement tu t’es fait mal, et qu’en plus, éventuellement, tu as loupé un évènement important. C’est dur mais c’est ainsi, et la course à pied est venue nous rappeler sur ces 24h que nous n’étions tous que de petits êtres humains fragiles.

              La course se terminait au son de percussions brésiliennes, la délivrance était proche. Après Hervé et Benj, ce fut Ronan qui prit le dernier et ultime relais. Avec toute l’équipe, nous allions nous positionner sur la fin de parcours pour accueillir notre relayeur et terminer ensemble, comme le faisaient toutes les équipes. Voilà, une bonne chose de faite. Chez les Goélopeurs, le point d’orgue de l’évènement fut l’arrivée de notre équipe 100% féminine, composée d’Amandine, Charlotte, Claire, Julie, Pauline, et Stéphanie M., qui avaient géré ces 24h avec brio et qui surtout montaient sur la 3ème marche du podium, devant les Cavaleuses. Sacré perf ! Bravo aussi aux autres filles dans les équipes mixtes, Nathalie M., Léna et Stéphanie L. Un autre point positif fut que toutes les équipes Goélos ont terminé, et hormis la blessure de Seb, il n’y eut pas d’autre grosse casse à déplorer, c’était l’essentiel.

              La tension se relâcha d’un coup à la fin de l’évènement. Manu, sachant que tout le monde était bien fatigué et songeait à rentrer rapidement, nous pressa un peu pour que nous puissions mettre notre restant d’énergie à démonter et ranger le barnum, avant d’aller assister aux remises de prix et prendre le repas du midi d’après-course. Nous assistions aux remises de prix sous le soleil avec notre super podium de filles, avant de manger de la charcuterie accompagnée d’un peu de rosé. Ce dernier, avec le soleil et la fatigue des 24h, fut radical. Nous ne restions pas au concert des Rider Tattoo, qui avaient encore assez d’énergie pour jouer après 24h d’effort (ben oui, parce qu’en plus ils les avaient aussi couru les 24h…). Il ne restait plus qu’à faire une chose, rentrer (je piquais déjà du nez dans la voiture ce qui faisait de moi un copilote inutile… Merci Ronan pour m’avoir véhiculé), et da gousket !

              Pour une première, ce fut très bien même si nous gardons l’amertume de la blessure du Prez’. Très fier de mon équipe des Goélo 4, objectif réussi, 220km environ et 7200m D+ pendant ces 24h, voilà ce que nous avons accompli à 6, et encore merci à Léna pour son dépannage à la dernière minute.

        

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